Le dossier noir de MetCap

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Katia Gagnon
La Presse

C'est l'un des plus gros gestionnaires immobiliers du Canada: près de 23 000 logements dans l'est du pays, dont 2000 à Montréal. L'immense complexe administré par l'entreprise MetCap dans l'arrondissement de Saint-Laurent occupe un pan complet du quartier. Devant les problèmes d'insalubrité qui s'y multiplient, l'arrondissement entamera dans les prochaines semaines une opération d'inspection massive de plusieurs dizaines d'immeubles. Petite visite au pays de MetCap.

Depuis des mois, Julia attendait que MetCap lui octroie un nouveau logement. Le sien était infesté de coquerelles et rongé par la moisissure. Pour obtenir enfin ce nouvel appartement, Julia a fini par amener son fils en pleine crise d'asthme au bureau des gestionnaires de l'entreprise.

«Mon fils était malade depuis très longtemps. Otites, maux de gorge, il était devenu un grand consommateur d'antibiotiques. Puis, il a fait une crise d'asthme sévère. À deux ans et demi. Il a développé des allergies, il avait des boutons sur tout le corps, il vomissait. J'ai pris mon enfant, je l'ai amené chez MetCap. Le gestionnaire a d'abord refusé de me recevoir. Quand il a finalement vu mon fils, il a eu peur.»

Le gestionnaire est allé avec Julia voir son appartement. «Il n'a pas pu rentrer. L'odeur des moisissures était trop forte. Ça l'a pris à la gorge.»

Malgré tout, il a fallu trois mois avant que l'entreprise MetCap trouve un nouveau logement à la femme et son enfant. «Les logements qu'on m'a fait visiter, ce n'était pas habitable.»

Pendant ce temps, Julia restait dans cet appartement plein de moisissures et de vermine. «Parfois, je me réveillais la nuit et le lit grouillait de coquerelles.» Le pédiatre de son fils lui a remis un document ordonnant un déménagement. «À la fin, j'avais une tente à oxygène à la maison pour les crises d'asthme.»

Aujourd'hui, Julia est dans un autre appartement du complexe MetCap. Ce logement n'est pas contaminé par les moisissures, mais est infesté de punaises. Malgré plusieurs exterminations, le problème demeure.

«Je suis traumatisée par MetCap», dit Julia.

Dès sa descente de l'avion il y a deux ans - elle est originaire du Cameroun - Julia a débarqué dans un logement de MetCap. «C'est un membre de ma famille qui a loué le logement. Il a versé deux mois de loyer pour le réserver.»

Six mois à pleurer

Quand elle a vu son nouveau logement, quelques heures à peine après être descendue de l'avion qui l'avait amenée avec sa famille de la Guinée au Canada, Mariam a tout de suite su que ça n'irait pas.

«Le lendemain de notre arrivée, on a découvert des excréments de rats dans un trou au mur. Je m'en souviens très bien: c'était un samedi.»

L'appartement avait été réservé par un ami, moyennant un dépôt. Le lundi, la petite famille, qui compte cinq enfants, s'est rendue aux bureaux des gestionnaires pour signer le bail. «La dame connaissait notre situation. Elle a sorti le contrat. Il fallait prendre cet appartement. C'était ça ou rien.»

Mariam s'est fâchée. Pour elle, il était impensable de loger une famille dans un tel taudis. «Mon mari m'a calmée. Il m'a dit: il neige dehors, on ne connaît personne ici. On a des tonnes de démarches à faire.»

La famille s'est installée dans ce logement qui ne lui convenait pas. «On est tout de suite allés à la maintenance. Ils nous ont dit qu'ils allaient arranger tout ça. Ils ne sont jamais venus, raconte Mariam. J'ai passé six mois à pleurer.»

Mariam étale devant elle les 11 feuilles roses de réclamation pour des travaux déposés aux locaux des gestionnaires de MetCap: rats, punaises, carreaux de la salle de bains qui tombaient l'un après l'autre. Puis, une série de dégâts d'eau se sont produits, dont l'un dans la salle de bains.

Un jour, son fils a essuyé cette eau qui provenait des toilettes de l'appartement du dessus. «Le lendemain, de drôles de boutons sont sortis. Il en avait plein le dos. Le médecin a dit que c'était des champignons.»

Mariam quittera finalement les logements MetCap au début de juillet. Un mois avant le déménagement, elle ne savait toujours pas où sa petite famille allait s'installer.

Le cauchemar

Depuis quatre mois, Foreman n'a plus de lavabo dans sa salle de bains. Enfin oui, il y en a un. Mais il est arraché, et gît sur le côté, par terre, laissant un trou béant sur le mur.

Quand ses enfants veulent se brosser les dents, Foreman utilise un poteau de métal, qu'il ajuste sous le lavabo afin qu'il tienne temporairement.

Il y a quatre mois, les concierges de MetCap sont venus faire des travaux dans la salle de bains de l'homme d'origine camerounaise, pour réparer un dégât d'eau qui provenait de l'appartement du haut. Ils ont percé un trou dans le mur et ont couché le lavabo sur le côté. Ils sont partis, disant qu'ils reviendraient terminer les travaux le lendemain.

Ils ne sont jamais revenus.

«MetCap, c'est la négligence et l'inaction. Les locataires sont complètement laissés à eux-mêmes. Vivre ici, c'est cauchemardesque», dit Foreman, qui a préféré ne pas donner son nom de famille.

Son lavabo a été mis hors service par un dégât d'eau: pas surprenant, dit Foreman. «De l'eau, il y en a partout ici. Souvent, les lumières du plafond brûlent parce que de l'eau s'infiltre dans les ampoules.» Il y a quelques mois, le plafond de sa salle de bains a failli s'effondrer à cause d'une nouvelle infiltration d'eau.

C'est sans parler des coquerelles, qui grouillent partout. Pourtant, l'appartement de Foreman brille comme un sou neuf. «J'entretiens tout méticuleusement. Je lave tout!»

Foreman et sa famille - trois enfants - habitent ce logement depuis plusieurs années. Ils ont bien essayé de trouver autre chose, mais leurs enfants sont inscrits à l'école Enfant-Soleil, tout près du complexe MetCap.

«Plusieurs locataires sont un peu pris au piège de MetCap parce que leurs enfants vont à cette école et ne veulent pas quitter. On ne veut pas déraciner nos enfants une deuxième fois...»

Le président dit qu'il ferait tout pour satisfaire ses locataires

Le président de MetCap, Brent Merrill, a tenu à répondre lui-même à nos questions. Il a insisté pour que nous publiions son numéro de cellulaire, le 416 409-6150, et il invite tout locataire mécontent des services de son entreprise à le contacter directement.

Plusieurs locataires de logements que vous possédez dans Saint-Laurent se plaignent d'inaction de votre part quant à la vermine, aux moisissures et aux refoulements d'égouts. Que leur répondez-vous?

«Nos locataires sont nos clients. Ils sont très importants pour nous. Nous ferions tout pour les satisfaire. Nous avons dépensé beaucoup d'argent pour nos logements dans Saint-Laurent. Au total, nous avons dépensé plus de six millions sur ces immeubles. C'est beaucoup plus que ce que nous avons dépensé pour d'autres groupes d'immeubles, ailleurs au Canada.

Seulement en exterminations, nous avons dépensé 540 000$. En matière de vermine, pour nous, c'est tolérance zéro. Nous faisons tout ce que nous pouvons. Mais il suffit d'un seul résidant qui ne collabore pas pour que le problème se répercute sur d'autres logements. Or, il y a trois ou quatre cas de locataires récalcitrants dans nos immeubles.

Dans le complexe de Saint-Laurent, nous avons inspecté chaque logement et nous traiterons chacun d'eux jusqu'à ce que nous venions à bout du problème de vermine. Nous avons même fait appel à des chiens renifleurs pour repérer les punaises. C'est très efficace. Mais il faut comprendre que les traitements doivent être entrecoupés de pauses de deux semaines. Les locataires trouvent que c'est long. Mais on ne peut pas aller plus vite.

Quant aux refoulements d'égouts, à notre arrivée, nous avons constaté que plusieurs drains étaient en très mauvais état. Ces immeubles ont été bâtis il y a 50 ans et les drains n'avaient pas été convenablement entretenus. Nous avons refait plusieurs drains et nous les inspectons désormais tous les ans.»

Les locataires se plaignent de l'extrême lenteur de votre service d'entretien. Que leur dites-vous?

«Dans chaque immeuble, il y a une ligne avec un numéro que les locataires peuvent composer. Juste pour faire poser ces affiches dans tous les immeubles, ça nous a coûté 40 000$. Le service fonctionne sept jours par semaine. On vérifie par la suite que chaque appel a bien été pris en charge. Je ne sais vraiment pas ce que je pourrais faire de plus.»

La Ville s'impatiente face à votre entreprise. Elle va mettre en branle une inspection massive de vos immeubles. Comment réagissez-vous à cela?

«Le maire est quelqu'un de bien, mais il ne connaît pas tous les détails du dossier. Lors de la première rencontre que nous avons eue, il m'a dit: je comprends qu'on ne résoudra jamais totalement le problème de vermine. J'ai répondu: comment ça? Oui, nous allons le régler, ce problème!

Dans une rencontre récente, la responsable de l'habitation dans l'arrondissement a admis que nous faisions du très bon travail au chapitre de l'extermination. Elle nous a dit que la situation était meilleure qu'elle ne l'a jamais été dans ce complexe. Cela dit, ils peuvent faire une inspection massive, s'ils le désirent.»

Le comité logement Saint-Laurent vous attribue des pratiques de location contestables. On affirme que certains locataires n'avaient pas visité le logement avant de signer un bail, seulement un logement-témoin. Est-ce acceptable?

«Non. Jamais on ne fait signer un bail si la personne n'a pas vu le logement. Cela dit, si le résidant n'a pas quitté les lieux, on doit prendre rendez-vous. Même s'il est parti, il faut lui donner un avis avant. C'est la loi. Si un de mes employés ne fait pas visiter les appartements avant de les louer, il sera congédié. Ce n'est pas acceptable. Ça va complètement contre notre politique.»




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