Frank Zampino aurait monnayé l'accès aux contrats de Montréal

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Frank Zampino

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Frank Zampino aurait monnayé l'accès aux contrats de la Ville de Montréal. L'ex-président du comité exécutif aurait réclamé et obtenu 100 000 $ de la part de Roche «en retour d'une certitude » que la firme de génie obtiendrait des contrats de la métropole, révèlent des documents judiciaires obtenus par La Presse.

C'est Gilles Cloutier, un ex-organisateur politique d'élections clés en main et ancien vice-président du développement des affaires chez Roche qui a révélé cette information aux enquêteurs de l'escouade Marteau de l'Unité permanente anticorruption (UPAC). M. Cloutier a rencontré la police à plusieurs reprises dans le cadre de l'enquête Joug sur le financement occulte des partis politiques.

Les déclarations de M. Cloutier sont consignées dans des documents ayant permis à l'UPAC d'obtenir un mandat de perquisition à la résidence de l'ancien ministre libéral Marc-Yvan Côté, à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix (effectué en février dernier). Le tribunal a levé partiellement aujourd'hui son ordonnance de non-publication.

On apprend ainsi qu'en septembre 2011, Gilles Cloutier a expliqué aux policiers avoir rencontré Frank Zampino en présence de Marc-Yvan Côté afin de «discuter du financement de la campagne électorale de Gérald Tremblay» qui était alors maire de Montréal. «M. Zampino leur a demandé 100 000 $ en retour d'une certitude que la firme Roche serait parmi les firmes qui obtiendraient des contrats de la Ville de Montréal», peut-on lire.

Selon M. Cloutier, Marc-Yvan Côté aurait transmis la demande à Mario Martel, la tête dirigeante de Roche. «La décision finale fut de payer Frank Zampino par diverses tranches d'argent. Marc-Yvan Côté a remis à quelques reprises les enveloppes d'argent à Gilles Cloutier qui lui, les remettait à un représentant de Frank Zampino», rapportent les enquêteurs. Cet argent était destiné au parti de Gérald Tremblay, Union Montréal.

Lors de son passage devant la commission Charbonneau, Gilles Cloutier avait mentionné cette rencontre avec Frank Zampino. À son tour, Marc-Yvan Côté a contredit les faits lors de son témoignage à la Commission. Il a confirmé la demande de M. Zampino, mais a indiqué que l'opération n'a jamais eu le feu vert de la firme Roche.  

Fausse facturation

À cette époque, Gilles Cloutier et Marc-Yvan Côté donnaient les orientations du financement des divers partis politiques dans l'ouest du Québec, pour la firme Roche. Par ailleurs, M. Côté avait également cette responsabilité pour l'est, soulignent les documents judiciaires.

Pour parvenir à verser de l'argent comptant, Gilles Cloutier a raconté à la police qu'il faisait de la fausse facturation. Il arrivait toutefois que ce soit M. Côté qui lui apporte l'enveloppe d'argent nécessaire à cette fin.

Gilles Cloutier a expliqué que le financement politique permet à Roche d'obtenir une oreille attentive dans l'appareil gouvernemental, mais surtout des informations privilégiées, avantageant ainsi la firme vis-à-vis de la concurrence.

Il semble que le prédécesseur de Gérald Tremblay à l'hôtel de ville de Montréal, Pierre Bourque, ait également bénéficié du soutien financier de Roche. Gilles Cloutier a expliqué aux enquêteurs qu'il avait été l'un des responsables de la campagne de M. Bourque et qu'à cet égard, il avait sollicité Marc-Yvan Côté pour acheter 20 billets de 500 $ chacun pour la tenue d'un cocktail de financement. M. Côté aurait payé les 10 000 $ en argent comptant.

Le Bon Dieu

La grande influence de Marc-Yvan Côté se faisait sentir pas seulement dans la métropole, mais également dans bon nombre de petits villages du Québec. L'escouade Marteau a ainsi rencontré les ex-maires Denis Bertin (St-Éloi) et Gilles D'Amours (Cacouna). Les deux hommes ont présenté des exemples concrets pour lesquels M. Côté a démontré son efficacité. Dans une déclaration écrite et assermentée, M. D'Amours affirme que M. Côté était «la grande porte» pour accéder au ministère des Affaires municipales.

L'ancien vice-président principal des infrastructures municipales au sein de la firme Roche, André Côté, va plus loin. Il a déclaré aux enquêteurs que Marc-Yvan Côté était vu comme le «Bon Dieu»  lors de son arrivée dans les rangs de Roche, en 2005. Selon M. Côté, l'ancien ministre libéral pouvait faire accélérer les choses.

M. Côté a précisé  que Roche faisait intervenir Marc-Yvan Côté dans un dossier lorsqu'un client s'impatientait, souhaitait maximiser l'aide financière gouvernementale prévue ou avait de la difficulté à obtenir un rendez-vous au ministère des Affaires municipales. Marc-Yvan Côté s'avérait utile également lorsque la firme voulait savoir quels étaient les projets de développement priorisés par les Affaires municipales ou connaître l'état d'avancement des dossiers de Roche.

La principale source de Marc-Yvan Côté était Bruno Lortie, l'ancien chef de cabinet de la ministre Nathalie Normandeau, a soutenu André Côté à la police.

Le témoignage de Paul Drouin qui était président de la firme ADS Canada apporte toutefois une autre perspective. M. Drouin a expliqué l'ingérence subie par Marc-Yvan Côté lorsque ADS obtenait des contrats. Selon ce que rapporte la police, M. Côté réclamait le partage du contrat avec Roche sous prétexte que Roche finançait davantage le PLQ. ADS a plié  l'échine à deux reprises concernant un contrat de l'hôpital des Îles-de-la-Madeleine et un contrat avec Hydro-Québec.

Par ailleurs, en décembre dernier, un témoin rencontré par l'escouade Marteau, dont le nom est demeuré caviardé, raconte que l'embauche de personnes ayant fait carrière en politique constitue un avantage pour mettre la main sur de l'information concernant les projets à venir. «Ces personnes ont une bonne connaissance des rouages du gouvernement et ont un bon réseau de contacts», peut-on lire.

Avec toutes ces informations, l'UPAC a obtenu un mandat pour perquisitionner la résidence de M. Côté, en février dernier.

Boni de 20 000$ à Marc-Yvan Côté

À son embauche par Roche, en 2005, Marc-Yvan Côté a bénéficié d'un boni de 20 000 $. Comme l'indiquent les enquêteurs à partir de documents saisis lors de précédentes perquisitions, M. Côté recevait des honoraires mensuels de 11 000 $ auxquels s'ajoutait une allocation de dépenses de 2000 $ par mois.




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