Saint-Bruno veut ralentir le développement sur son territoire

Deux secteurs étaient particulièrement visés par les promoteurs,... (Photo archives La Presse)

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Deux secteurs étaient particulièrement visés par les promoteurs, le sud-116 et le bois des Hirondelles (photo).

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Un nouveau plan de conservation des milieux humides à Saint-Bruno, sur la Rive-Sud de Montréal, risque fort de freiner les ardeurs des promoteurs immobiliers qui ont des projets en vue dans cette banlieue cossue. Mais une bataille se dessine avec le sénateur Paul Massicotte, promoteur d'un projet résidentiel dans le bois des Hirondelles.

Pour consulter le plan de conservation de la Ville de Saint-Bruno (Web)

 

Le plan rendu public ce matin entend protéger 91% des milieux humides sur le territoire de la Ville. Un total de 89 hectares serait ainsi protégé. Deux secteurs étaient particulièrement visés par les promoteurs, le sud-116 et le bois des Hirondelles. Dans ce dernier cas, la Ville admet qu'elle devra s'entendre avec son promoteur, le sénateur Paul Massicotte. Celui-ci rappelle d'ailleurs qu'il a déjà dépensé « plusieurs millions de dollars » dans ce dossier et qu'il s'attend à ce que la Ville respecte ses « obligations contractuelles ».Dans le cas du sud-116, la nouvelle administration du maire Martin Murray annonce d'avance ses couleurs. Il n'y aura pas de développement dans ce secteur, qui abrite notamment une espèce menacée, la rainette faux-grillon. Une décision qui réjouit les groupes environnementaux, d'autant plus que l'espèce subit des pertes importantes plus à l'Ouest, à La Prairie, où un projet domiciliaire de 300 millions de dollars menace les derniers habitats de la rainette.

«Quand on regarde ce qu'il nous reste comme milieux naturels, on est rendu là, affirme Isabelle Bérubé, conseillère municipale et responsable de l'environnement. Nous sommes chanceux, nous avons le mont Saint-Bruno, mais si on isole ce milieu en développant partout ailleurs, on va l'étouffer.»

Une décision « courageuse » 

Quatre des sept secteurs identifiés par le nouveau plan seront entièrement conservés. « Nous avons dû faire des choix », signale Isabelle Bérubé. Le secteur des Promenades Saint-Bruno pourra notamment être développé, mais des mesures de compensation seront exigées pour les milieux humides détruits. Des développements sont aussi envisagés dans le secteur industriel.

La nouvelle réjouit Philippe Blais, président du Conseil régional de l'environnement de la Montérégie. « Je n'ai pas encore lu ce plan, vous me l'apprenez, mais on ne peut pas se plaindre quand une ville prend de telles décisions, surtout quand tout le monde fait le contraire. »

Tommy Montpetit, chargé de projet du Centre d'information en environnement de Longueuil, salue la décision de Saint-Bruno. « Ça prend du courage pour protéger des milieux humides dans des zones fortement urbanisées où les pressions des promoteurs sont énormes. » 

Toujours l'incertitude pour le bois des Hirondelles 

Même si elle annonce son intention de protéger le bois des Hirondelles, Saint-Bruno reconnaît que ses moyens d'action sont plus limités dans ce dossier. Des ententes ont été conclues entre l'ancienne administration du maire Claude Benjamin et le promoteur, Paul Massicotte. Cependant, le projet attend toujours le feu vert du ministère de l'Environnement. « On attend la décision du Ministère depuis 18 mois maintenant, signale Bruno Bergeron, représentant de Paul Massicotte dans ce dossier. Mais Monsieur Massicotte a signé un contrat avec la Ville pour la réalisation d'un projet de 30 maisons. Il a déjà dépensé plusieurs millions de dollars dans ce dossier. Ce contrat est toujours valide. » 

La Ville a demandé une rencontre avec Paul Massicotte. Selon Bruno Bergeron, celui-ci se dit prêt à rencontrer le nouveau maire. « Monsieur Massicotte attend les propositions de la Ville dans ce dossier. » La conseillère Isabelle Bérubé dit espérer que le promoteur « fera preuve d'ouverture » sur cette question.

Une soirée d'information avec le public est prévue le 4 juin prochain. La Ville tiendra également une consultation publique le 17 juin où elle recevra les mémoires et avis de toutes les parties intéressées dans ce dossier. Le plan final devrait être adopté à l'automne prochain.

Des milieux humides de plus en plus rares 

Le plan de conservation des milieux humides de Saint-Bruno s'inscrit dans une tendance nouvelle dans le monde municipal où certaines villes décident de freiner le développement résidentiel. « Les villes ont tous les pouvoirs pour protéger les milieux boisés et les milieux humides sur leur territoire », affirme Jean-François Girard, avocat spécialisé en droit de l'environnement. Selon lui, plusieurs décisions rendues par les tribunaux dans les dernières années sont venues confirmer ces pouvoirs pour les municipalités.

Par ailleurs, la question des milieux humides est particulièrement préoccupante dans le sud de la province. Ceux-ci disparaissent à grande vitesse en raison de l'étalement urbain. Une récente étude commandée par le ministère québécois de l'Environnement confirmait que les mesures actuelles ne permettent pas de freiner leur destruction. Dans le secteur de l'immobilier, 99% des autorisations accordées par le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) ont abouti à une destruction sans aucune compensation.

Pour consulter le plan de conservation de la Ville de Saint-Bruno : http://www.stbruno.ca/consultation-sur-les-milieux-humides-a-saint-bruno-de-montarville




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