ANALYSE

Mutinerie évitée au Caquistan

En conférence de presse sur les enjeux de... (PHOTO LA PRESSE CANADIENNE)

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En conférence de presse sur les enjeux de la région de Québec, François Legault a refusé d'endosser plusieurs projets d'infrastructures chers au tout-puissant maire Régis Labeaume.

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(Québec) Le Caquistan est un pays étrange, où la capitale couvre tout le territoire.

Vous aurez reconnu Québec et son fameux mystère. On y trouve la plus forte concentration d'appuis à la Coalition avenir Québec (CAQ). Les conservateurs y ont aussi eu de beaux jours. On y observe l'appui le plus faible pour la souveraineté et le taux de chômage le plus bas de la province.

En septembre 2012, Québec a envoyé cinq députés de la CAQ à l'Assemblée nationale. Et deux autres se trouvent juste de l'autre côté du fleuve. Au Caquistan, on ne trouve qu'une seule péquiste: Agnès Maltais.

Or, il y a quelques jours, un vent de mutinerie a flotté sur les caquistes de la capitale. On n'a pas déposé le chef, personne n'a tiré publiquement le coup de feu, mais François Legault a eu à choisir entre le plan de match de son état-major montréalais et l'orientation de ses élus de Québec. Et quand vous ne pouvez compter que sur une poignée de soldats, les trouvailles de vos généraux ne pèsent plus très lourd dans la balance.

Réduire les dépenses

La position publique a surpris. En conférence de presse sur les enjeux de la région de Québec, François Legault a refusé d'endosser plusieurs projets d'infrastructures chers au tout-puissant maire Régis Labeaume. Le petit manuel du chef en campagne aurait plutôt suggéré de ne pas se colleter au politicien qui a obtenu 75 % d'appuis aux élections de novembre 2013. Mais les députés caquistes de Québec tenaient à ce que leur article premier à eux soit respecté intégralement: il faut réduire les dépenses publiques.

Legault n'a pas tenté de faire changer de cap à ses députés; il n'avait pas davantage tenté d'intervenir quand ces derniers avaient échafaudé un pacte boiteux de non-agression avec les libéraux, la véritable menace pour la CAQ à Québec.

Legault dit non à Robert Lepage, ont joué des médias montréalais en machette - l'homme de théâtre étant probablement la seule référence précise au projet du Diamant en dehors de la capitale.

Les factures de Régis Labeaume, il faut le dire, sont costaudes: 90 millions pour un anneau de glace couvert, 30 millions pour le «Diamant», un projet de salle de spectacle avant-gardiste, finalement 20 millions pour sécuriser les anciennes casernes du régime français qui menacent de s'écrouler.

Legault a été forcé de désavouer publiquement ces dépenses de fonds publics. Ses députés de Québec ne lui ont pas donné le choix. Il a dû mettre de côté la recommandation de ses conseillers montréalais, Michel Nadeau, Pascal Mailhot et Maud Cohen, qui lui conseillaient plutôt de ne pas montrer de désaccord avec le maire Labeaume.

«Un hybride bancal»

Cette collision entre les députés de Québec et les stratèges de la CAQ illustre une fois de plus la faiblesse du lien entre les anciens membres de l'Action démocratique du Québec et les troupes de la Coalition avenir Québec. La greffe n'a jamais réellement pris, en dépit du mariage de convenance de février 2012, à quelques mois des élections. «C'est un hybride bancal», a résumé sans ironie un témoin privilégié de toute cette saga.

Ce clivage est récent, mais il n'est pas le premier. La jeune Coalition a déjà failli éclater dès ses premières heures, quand le transfuge péquiste François Rebello avait dit publiquement que l'élection de la CAQ favoriserait la souveraineté du Québec. Au Caquistan, on n'a pas apprécié - Gérard Deltell est viscéralement fédéraliste, son fait d'armes dans Chauveau a été de faire renommer un boulevard pour rendre hommage aux soldats canadiens.

Même réaction, épidermique, quand la CAQ a l'air de pencher sur sa gauche.

Les anciens adéquistes ont failli s'étouffer quand ils ont vu, en conférence de presse, leur chef François Legault pourfendre les petites centrales électriques aux côtés... d'Amir Khadir! Pour la coalition, c'était un «wedge issue», mais interne!

Mais toutes ces tensions internes seront chose du passé après le 7 avril.

Au sein même de la CAQ, on a compris le message codé de François Legault quand il s'est engagé à ramer quatre ans dans l'opposition s'il est élu dans L'Assomption. Il n'a guère de chance de battre le péquiste Pierre Paquette sur ce champ de bataille nationaliste.

Plus de tensions, puisque la CAQ sera réduite à sa plus simple expression, exactement 20 ans après que Mario Dumont eut regroupé la mouvance de droite autour d'un nouveau parti, l'Action démocratique du Québec.




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