Charte: «Il y a un danger», dit Janette Bertrand

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Bernard Dranville et Janette Bertrand

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(LAVAL) Après un discours lors d'un rassemblement péquiste samedi soir, Janette Bertrand est venue prêter main-forte de nouveau à Pauline Marois dimanche. «Il y a un danger» intégriste au Québec qui menace l'égalité entre les hommes et les femmes, a-t-elle soutenu.

La chef péquiste se défend quant à elle de mener une campagne de peur, tout en reconnaissant qu'«on ne sent pas de façon significative» cette menace intégriste.

À l'occasion d'un brunch militant à Laval, Janette Bertrand a fait un plaidoyer en faveur de la charte des valeurs que Pauline Marois tente de remettre à l'avant-plan. «Si je suis ici, c'est parce qu'il faut voter pour Mme Marois, le Parti québécois, parce que sinon on n'aura pas la Charte», a dit l'auteure de 89 ans devant quelques dizaines de militants. «Je suis ici avec Mme Marois pour une seule raison: il ne faut pas qu'on recule» en matière d'égalité entre les hommes et les femmes.

Selon la féministe, il ne faut pas «attendre une crise pour agir». «On nous dit en médecine qu'il faut faire de la prévention. Alors on fait de la prévention. On pense qu'il y a un danger qui est là, qui existe, on peut nommer des noms, on ne le fera pas. C'est dangereux, alors prévenons en ayant une charte», a-t-elle expliqué.

Puis elle a souligné qu'un Algérien, «un monsieur très respectable», lui a dit que les intégristes musulmans, «les Frères musulmans si on veut aller plus loin», «font dans tous les pays des petites demandes, des petites demandes, des petites demandes» pour obtenir des accommodements religieux. Elle a poursuivi en racontant son vécu. «J'habite un building où il y a une piscine. Je vais me baigner une fois par semaine pour faire de l'aqua-gym. Et puis arrivent deux hommes, et ils sont déçus parce qu'il y a deux femmes - je suis avec mon amie. Ils s'en retournent. Bon, imaginons qu'ils partent, qu'ils vont voir le propriétaire, qui est très heureux d'avoir beaucoup des étudiants de McGill riches qui sont là. Et puis ils demandent: bon, on veut avoir une journée. Et puis là, dans quelques mois, c'est eux qui ont la piscine tout le temps. C'est ça, le grugeage, c'est ça dont on a peur, et c'est ça qui va arriver si on n'a pas de charte», a-t-elle affirmé.

Pas d'obligation pour le privé, reconnaît Marois

Plus tard, en conférence de presse, Pauline Marois reconnaît que la charte n'introduirait pas «d'obligations» pour le secteur privé et n'interdirait donc pas la décision que craint Mme Bertrand. La charte s'appliquerait aux secteurs public et parapublic seulement, mais ses balises en matière d'accommodement pourraient «inspirer le secteur privé», a noté la chef péquiste. Une personne pourrait toutefois porter plainte auprès de la Commission des droits de la personne si elle juge que l'égalité entre les hommes et les femmes n'est pas respectée.

Philippe Couillard a tenu à rappeler que les quatre partis étaient d'accord pour baliser les accommodements raisonnables, affirmer la neutralité de l'État et de l'égalité homme - femme ainsi que d'interdire le voile intégral dans les services publics. Le seul enjeu qui divise, c'est le port de signes religieux ostentatoires, ce dont il n'est pas question dans l'exemple de Mme Bertrand. «Si Mme Marois dans ce dossier délicat avait voulu faire oeuvre d'État et assembler les gens, (la Charte de la laïcité) serait déjà en place», a-t-il commenté. Il s'engage à déposer rapidement, avant l'été, un projet de loi sur la laïcité et la lutte à l'intégrisme. 

Prévention contre l'intégrisme, propose Marois

Selon Mme Marois, le danger intégriste, «nous ne le sentons pas de façon significative actuellement, mais ce n'est pas parce qu'on ne sent pas de façon significative qu'on ne doit pas faire de la prévention».

Elle se défend de mener une campagne de peur, elle qui accuse Philippe Couillard d'en faire une au sujet d'un référendum sur la souveraineté. «Il y a eu la commission Bouchard-Taylor, il y a eu à différents moments des phénomènes qui sont apparus où on a voulu faire adopter des accommodements raisonnables dans nos institutions, dans nos écoles, dans nos hôpitaux, je n'ai pas rêvé ça moi. Ça fait 5, 6, 7 ans qu'on travaille sur ces enjeux, il doit bien y avoir un problème quelque part! Alors nous on pense qu'il faut le prendre à bras-le-corps», a-t-elle plaidé. Elle a également rappelé le débat autour de l'instauration de tribunaux islamiques au Canada. 

Lors de son allocution, Janette Bertrand est revenue sur les circonstances qui ont mené à la création du mouvement des Janette dont elle est la présidente. «Quand j'ai vu qu'à la télévision, ce qu'on voyait, c'était des femmes, des jeunes femmes voilées qui se disaient féministes, je me suis dit: il faut que je fasse quelque chose», a-t-elle dit. «On a fouillé. On se conte-tu des histoires? C'est-tu vrai qu'il y a un danger? Et là on a compris qu'il fallait faire quelque chose.»

Elle a décidé de faire une sortie publique après le débat des chefs jeudi soir. «Je me suis dit: ça n'a pas de sens, la Charte risque de ne pas passer!» a-t-elle lancé.

Lors du «brunch sur la laïcité», la candidate locale et essayiste Djemila Benhabib a soutenu que «les droits des femmes ne sont pas acquis» et que la charte des valeurs est une nécessité. Le porteur du dossier, Bernard Drainville, a affirmé que la charte est «la loi 101 des valeurs» et que ce serait un des «fondements de la société québécoise».

De son côté, Pauline Marois a accusé son adversaire libéral Philippe Couillard de ne pas avoir une position claire sur la laïcité. Elle a dénoncé les propos de la députée sortante et candidate dans Hull, la libérale Maryse Gaudreault, selon lesquels une policière pourrait porter le hijab sous un gouvernement libéral.

- Avec Paul Journet




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