Une nouvelle loi 101 dans les trois premiers mois, promet le PQ

Pauline Marois, accompagnée de candidats du PQ, a... (Photo: PC)

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Pauline Marois, accompagnée de candidats du PQ, a annoncé vouloir déposer une réforme de la Charte de la langue française si son parti est élu.

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Paul Journet
La Presse

(Montréal) C'est dans les 100 premiers jours d'un premier mandat que le Parti québécois voudrait déposer sa réforme de la Charte de la langue française. La chef du PQ, Pauline Marois, s'est donné cet échéancier serré ce matin en conférence de presse à Montréal.

Elle veut donner «un message clair»: «au Québec, la langue commune est le français».

Les grandes lignes de sa nouvelle Loi 101 sont déjà connues: l'appliquer aux entreprises de 11 à 50 employés, plutôt que seulement celles de 50 employés et plus comme c'est le cas actuellement. Cela touchera environ 54 000 entreprises, particulièrement dans le commerce de détail.

Aussi, l'appliquer aux cégeps anglophones, aux écoles professionnelles et à l'école aux adultes. Quelque 8000 nouveaux inscrits dans les cégeps anglophones -soit la moitié- n'ont pas l'anglais comme langue maternelle. Ils iraient donc au cégep en français.

Comment gérer cette transition sans pénaliser les cégeps anglophones? Mme Marois répond qu'elle établirait un «groupe de travail» qui prendrait son temps. «On ne fera pas ça dans les six premiers mois», a-t-elle dit. Il faudra attendre «quelques années», mais «pas une décennie», a-t-elle avancé.

Alors qu'il présidait la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), l'actuel candidat péquiste Léo Bureau-Blouin s'opposait à l'application de la Loi 101 aux cégeps.

Jean Charest, de passage dans Portneuf dimanche après-midi, a vivement réagi. «Elle (Pauline Marois) veut enlever aux adultes québécois le droit d'étudier dans la langue de leur choix. On est en 2012. Je pense qu'on peut faire confiance aux Québécois quant à leurs choix», a commenté le premier ministre, avant de conclure: «Et notre engagement envers notre langue, elle est forte, elle est déterminée (sic).»

Ménage chez Bombardier et cie

Le PQ veut aussi «revoir» les ententes particulières avec certaines grandes entreprises. Ces ententes conclues avec l'Office québécois de la langue française (OQLF) leur permettent d'utiliser l'anglais comme langue de travail si leur clientèle est internationale. Bombardier ainsi qu'une soixantaine d'autres entreprises disposent de telles ententes, a déjà révélé La Presse.

«Qu'un employé dans une entreprise qui fait affaire avec le monde entier ait à parler l'anglais ou une troisième langue au téléphone, ça fait partie de son travail. Il faut le permettre, ça va de soi. Mais quand il raccroche, dans son entreprise, au Québec, ça doit se faire au français», a-t-elle expliqué.

Elle s'est aussi inquiétée de la place du français dans de grandes entreprises comme la Banque Nationale.

Ce travail ne se fera pas rapidement, a-t-elle toutefois prévenu. «On va prendre le temps qu'il faut pour le faire. On ne va pas agir dans la précipitation.» Mais le PQ agira néanmoins avec «détermination», en «étant très systématique».

Fin aux écoles passerelles

Le PQ interdira le recours aux écoles passerelles. Pour ce, Mme Marois a indiqué qu'elle n'hésiterait pas, si nécessaire, à utiliser la clause dérogatoire. «Nous sommes prêts à le faire sans réserve», a-t-elle annoncé.

Le PQ dit vouloir revenir au «consensus» québécois. En 2002, libéraux et péquistes avaient adopté à l'unanimité une loi pour interdire le recours aux écoles passerelles. Le terme réfère aux francophones ou allophones qui achètent pour eux, leur fratrie et leur descendance le droit à l'éducation publique en anglais après un bref passage dans le privé.

Cette loi avait été renversée par la Cour suprême. Pour y répondre, le gouvernement Charest a adopté une loi controversée l'automne dernier.

Courtiser les anglophones

Mme Marois accuse la Coalition avenir Québec de ne pas protéger assez le français pour des raisons électoralistes. «Il courtise le vote anglophone, on le sent ramollir», a-t-elle affirmé.

Mais le PQ a lancé lui aussi un appel aux «fédéralistes fatigués» et aux anglophones cette semaine. Comment le PQ peut-il demander l'appui des anglophones tout en renforçant la loi L01? Mme Marois répond que le PQ a «toujours respecté les droits» de cette communauté. Elle donne l'exemple des commissions scolaires. C'est elle qui avait obtenu à la fin des années 90 un amendement constitutionnel pour déconfessionnaliser les commissions scolaires, ce qui a permis aux anglophones de gérer leur propre réseau scolaire. «Voter pour le PQ, c'est aussi voter pour le respect de la communauté anglophone et de ses droits», a-t-elle assuré.

Pas une police de la langue

Mme Marois accuse les libéraux de ne «jamais faire plus que des déclarations» pour protéger le français.

Il faut renforcer les lois. Et il faut aussi mieux les appliquer, soutient-elle. Le PQ assure qu'il ne met pas en place «une police de la langue». Il voudrait néanmoins augmenter «de plusieurs millions $» le budget de l'OQLF. On ne fournit pas de chiffre plus précis.

Le PQ déplorait cet automne que l'OQLF, de son propre aveu, utilise «très peu» son pouvoir d'enquête. Elle se contentait d'attendre de recevoir des plaintes. Elle a depuis annoncé qu'elle prendrait l'initiative.

En mars, le gouvernement Charest annonçait la «création» de 43 postes à l'Office. Mais avec les récentes politiques d'attrition, il s'agissait néanmoins d'une perte nette.

Français menacé?

Les dernières statistiques sur le français inquiètent le PQ. L'année dernière, l'OQLF dévoilait cinq études. On y apprenait que d'ici 20 ans, les francophones pourraient devenir minoritaires (47%) sur l'île de Montréal. Le poids des anglophones sera alors de 23%, et celui des allophones de 29%.

Par contre, les transferts vers le français dépassent pour la première fois ceux vers l'anglais. Les allophones qui délaissent leur langue maternelle le font plus souvent pour le français (51%) que l'anglais (49%). Moins de deux allophones sur cinq font toutefois un transfert linguistique.

L'Office a déposé d'autres études ce printemps. On y apprenait que près d'un commerce sur cinq (18%) ne respecte pas l'affichage avec prédominance en français. C'est une légère amélioration par rapport à 2010 (23%).

Par contre, le service en français recule. Entre 2010 et 2012, la proportion de commerces qui accueillaient leurs clients en français a baissé de 89% à 74%, a rappelé ce matin Mme Marois.

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