Droits de scolarité: le caucus libéral divisé

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Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

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Le premier ministre Jean Charest a tenté de reprendre le contrôle de l'agenda grâce à l'annonce de vendredi.

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Denis Lessard
La Presse

(Québec) Après plus de 70 jours d'affrontement avec le mouvement étudiant, Jean Charest est à la tête d'une armée divisée. Cette semaine, derrière les portes closes, le caucus libéral s'est fracturé. Un net clivage est apparu quant à la voie à suivre.

Les députés de Montréal, très inquiets des débordements de violence, ont presque unanimement exhorté Jean Charest à mettre de l'eau dans son vin. Au même moment, les élus des régions, ceux de Québec en particulier, prônaient la ligne dure devant les «enfants gâtés». Des élus comme Patrick Huot, de Vanier, ont souligné qu'en deux mois, aucun électeur de leur circonscription n'avait revendiqué de concessions de Québec. Norbert Morin, de Montmagny, a plaidé dans le même sens; la population ne saurait voir l'ouverture du gouvernement contre le dogmatisme des étudiants. Pour les députés des régions, même l'étalement de la hausse sur sept ans au lieu de cinq paraissait un recul. Tôt vendredi, tous ont été convoqués en téléconférence pour s'assurer que les violons seraient accordés pour la fin de semaine.

Fermeté... ou entêtement? Ce n'est pas la première crise qui survient parce que le premier ministre Charest reste campé sur ses positions. La centrale du Suroît, la privatisation d'Orford et l'agonie autour de la décision sur le déclenchement de la commission Charbonneau sont autant de cas où, inflexible, le gouvernement Charest a donné prise à des affrontements, avant de céder. Ce n'est pas la première crise, mais c'est de loin la plus grave.

«M. Charest est plus tough que son monde», entend-on dans les coulisses du «bunker», le bureau du premier ministre. Line Beauchamp, sans une once de vanité, était disposée dès le début à marcher sur la peinture qu'on lui avait demandé de répandre. Cela fait un mois qu'elle est prête à jeter du lest, mais «autour de Jean Charest», on insiste pour maintenir le cap.

Jean Charest a navigué à vue. Encore jeudi soir, on changeait de cap «aux 15 minutes» sur la marche à suivre. L'offre «globale» faite conjointement avec la ministre Beauchamp a été retenue, mais des scénarios où M. Charest, seul, aurait fait une déclaration à la population au début de la semaine prochaine ont aussi été évoqués. Mercredi, Mme Beauchamp avait pris prétexte d'accrochages mineurs pour rompre les négociations avec les étudiants. Un constat: au bout d'une semaine de ces discussions, rien n'aurait avancé. Aussi bien «casser l'élastique» tout de suite, pour tenter de reprendre le contrôle de l'agenda grâce à l'annonce de vendredi.

En 11 semaines, M. Charest n'aura pas souvent fait mouche. Québec a mésestimé l'ascendant de la CLASSE sur l'ensemble du mouvement étudiant et sous-évalué la solidarité des associations. On s'attendait à ce que le mouvement s'étiole de lui-même après les vacances de Pâques. Québec s'est trompé en pensant que les tribunaux forceraient le retour en classe. On pensait pouvoir diaboliser le jeune Gabriel Nadeau-Dubois. Autant de déconvenues pour Québec.

L'attitude de Jean Charest vendredi en disait long sur son exaspération. Dans un bien rare moment d'impatience, il a sauté les plombs quand une journaliste a insisté pour qu'il dise carrément qu'il ne déclencherait pas d'élections avant l'été, pour inviter les Québécois à trancher dans ce débat. C'est «grotesque», a-t-il répondu, de penser qu'on puisse appeler les électeurs aux urnes dans ce contexte de crise. Mme Marois a été «ignoble» de laisser entendre que le gouvernement pourrait tenter de tirer profit de cette crise, a-t-il dit. «Si vous n'avez pas compris ma réponse, vous ne la comprendrez jamais!», a-t-il lancé, irrité. Il a dû s'excuser deux heures plus tard.

C'était le Jean Charest des mauvais jours, l'impatient de la campagne de 2007, où il avait failli échapper le pouvoir. En fond de scène, il faut savoir que des tensions subsistent à la permanence du Parti libéral du Québec (PLQ), si bien qu'on a demandé à des vétérans d'annoncer qu'ils solliciteraient un autre mandat, simplement pour faire disparaître l'impression de départs massifs. De plus, le «contenu» d'un programme électoral du PLQ n'est pas très avancé. Le PQ, quant à lui, a soumis le sien à son comité de direction vendredi soir.

Le conflit qui dure depuis plus de 70 jours aura fermé la porte à toute velléité de scrutin. Les sondages indiquent qu'une très nette majorité des électeurs sont favorables à la position du gouvernement. Mais M. Charest n'osera pas lancer les dés. Car les gens ne se demandent plus qui, d'entre les étudiants ou le gouvernement, a raison. Ils se demandent pourquoi, après 11 semaines, c'est encore la pagaille sur les campus.

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