Delorme aurait refusé d'enquêter sur une tentative de fraude

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L'ex-chef de police de Montréal, Yvan Delorme, aurait refusé de déclencher une enquête sur une tentative de fraude orchestrée par Bernard Trépanier, estimant qu'il n'y avait pas eu de crime commis, a affirmé l'ex-maire Gérald Tremblay devant la commission Charbonneau.

Les révélations se multiplient à la première journée de témoignage de Gérald Tremblay. L'ex-maire a confirmé avoir congédié Bernard Trépanier, alors directeur du financement d'Union Montréal, après avoir reçu une information troublante à son sujet. La présidente de Smart Centres, branche immobilière de Walmart, lui aurait confirmé  qu'on aurait demandé 1 million de dollars pour qu'un projet de centre commercial dans une carrière de St-Michel aille de l'avant. 

Tremblay dit avoir aussitôt averti Frank Zampino qu'il allait congédier Bernard Trépanier. Or durant son témoignage, l'ancien président du comité exécutif a nié avoir été prévenu du motif derrière le départ de son ami. 

Plus troublant encore, Tremblay dit s'être ouvert sur cet épisode au chef de police de l'époque, Yvan Delorme, à deux reprises. Or, celui-ci n'a pas cru bon mettre ses enquêteurs sur l'affaire. «Dans les jours qui ont suivi, peut-être les 48 ou 72 heures, j'ai rencontré Yvan Delorme, le chef de police. Je lui ai conté cet événement. Yvan Delorme m'a dit de façon très claire "Il n'y a pas eu d'acte de commis, donc il n'y a pas matière à enquête".»

Tremblay dit être revenu à la charge peu après. «Vous êtes certain que vous ne pouvez pas faire une enquête ?» Même résultat.

Homme trahi

L'ex-maire Gérald Tremblay s'est présenté en homme trahi ce matin devant la commission Charbonneau. Trahi par son bras droit qui lui a caché ses amitiés avec d'importants entrepreneurs. Trahi par les firmes de génie dont aucune n'a dénoncé le système de collusion.

Gérald Tremblay en veut particulièrement à celui qu'il a choisi en 2001 pour diriger le comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, pour lui avoir caché ses amitiés avec des entrepreneurs décrochant d'importants contrats. «Si j'avais su qu'il avait des liens privilégiés avec des firmes de génie-conseil et en plus avec Antonio Accurso, un grand fournisseur à la Ville de Montréal, je n'aurais pas nommé Frank Zampino président du comité exécutif», a assuré.

Il en veut aussi à l'ingénieur François Perreault, ancien de Génivar, qui a eu l'occasion de dénoncer le système de collusion entre les firmes de génie lors d'une rencontre en sa présence. «Il avait une occasion unique, mais personne ne l'a fait. Ça faisait leur affaire, par cupidité», a déploré le maire.

Tremblay dit avoir agi chaque fois qu'il a été informé de manquements éthiques. Il a notamment révélé avoir décidé de mettre fin au contrat de l'ex-directeur général Robert Abdalalh après avoir découvert que celui-ci mangeait fréquemment dans un restaurant avec l'entrepreneur Tony Accurso. L'ex-maire dit avoir trouvé inacceptable que son plus haut fonctionnaire soit aussi près d'un homme d'affaires convoitant le plus important contrat de l'histoire de Montréal, les compteurs d'eau, évalué à 400 millions $.

Le témoin dit ne pas avoir informé son ex-directeur général des véritables motifs derrière son départ pour éviter que celui-ci conteste son congédiement. Il reconnaît aussi avoir caché les véritables motifs à son bras droit, Frank Zampino, en qui il avait pourtant encore confiance à l'époque. L'ex-maire n'a pas exposé à la Commission pour le moment pourquoi il lui a caché ses motifs, disant simplement qu'il se méfiait de Bernard Trépanier.

Par ailleurs, Gérald Tremblay dit qu'il n'a pas été informé à l'époque du départ de Robert Abdalalh que Frank Zampino aussi était près d'Accurso. Le trio Accurso, Zampino et Abdallah a d'ailleurs été à cette époque à Las Vegas où les trois ont été photographiés lors d'un tour d'hélicoptère au-dessus du Grand Canyon.

Zampino ne l'a pas non plus averti au moment de sa démission en mai 2008 de ses amitiés pour Accurso et Rosaire Sauriol. Ni en décembre 2008 quand il lui a annoncé qu'il avait accepté un poste chez la firme de génie Dessau. Tremblay dit avoir tenté de le dissuader, alors que la Ville venait d'octroyer un contrat de 400 millions à un consortium formé des compagnies de Sauriol et Accurso.

Considérant qu'il s'agissait «d'une grave erreur», l'ex-maire dit alors avoir appelé Jean-Pierre Sauriol, président de Dessau, pour lui demander de ne pas embaucher son ancien bras droit. Celui-ci aurait catégoriquement refusé. «J'ai des comptes à rendre à personne», lui aurait-il répondu.

Tremblay dit qu'il aurait annulé le contrat des compteurs d'eau aussitôt s'il avait su pour les amitiés de Zampino en mai ou décembre 2008. Or c'est seulement en septembre 2009, après le dépôt d'un rapport dévastateur du vérificateur général, que le contrat sera annulé.

Pas de 3%

Combatif, l'ex-maire Gérald Tremblay a commencé son témoignage devant la commission Charbonneau en démentant catégoriquement tout système de ristourne sous son administration. «Il y a jamais eu de 3% à Union Montréal. C'est impossible. On n'avait pas besoin de ça. On aurait fait quoi de cet argent?»

Celui qui a dirigé Montréal de 2001 à 2012 a pris les devants de la Commission en assurant qu'il était impensable que son parti ait bénéficié d'un pourcentage des contrats municipaux. Même s'il dit ne s'être jamais occupé de financement, Gérald Tremblay assure que son parti a toujours été irréprochable. Il en veut pour preuve que le Directeur général des élections n'a jamais rien trouvé à redire sur ses états financiers.

La juge France Charbonneau, qui préside la commission d'enquête, lui a souligné que l'absence de sanctions ne signifie rien. «Ça ne veut pas dire que ce qui était fait, était fait honnêtement.» D'ailleurs, les enquêteurs de la Commission ont découvert en quelques heures à peine huit prête-noms parmi les contributeurs d'Union Montréal.

Rapidement, l'interrogatoire de l'ex-maire a porté sur les critiques d'aveuglement volontaire que plusieurs ont porté contre lui. «Où étiez-vous en tant que maire?» lui a lancé la procureure Sonia LeBel.

«Je n'ai jamais fait d'aveuglement volontaire», a-t-il assuré.

«Avez-vous été naïf?», l'a relancé la procureure.

«Non, je suis quelqu'un qui fait confiance.»

Gérald Tremblay se défend d'avoir fermé les yeux. Il dit avoir été informé dès son arrivée à la Ville de Montréal de rumeurs sur des enveloppes brunes circulant dans l'hôtel de ville. Il dit toutefois qu'aucune preuve ne lui a toutefois jamais été apportée sur un système établi. Il assure que chaque fois que des indices lui ont été rapportés, des actions ont été prises, citant en exemple le congédiement de Robert Marcil, après son voyage en Italie aux frais d'un entrepreneur.

La procureure Sonia LeBel a questionné l'ex-maire sur les débuts de sa relation avec Frank Zampino. Il dit que son nom lui a été suggéré par Georges Bossé, ex-maire de Verdun, qui voyait en lui quelqu'un de très crédible. Tremblay dit l'avoir rencontré pendant 3 heures en 2001 pour le questionner sur ses valeurs familiales. «Je ne me suis pas associé à Zampino pour sa facilité à collecter des fonds», a assuré l'ex-maire.

Gérald Tremblay dit avoir choisi Zampino comme président du comité exécutif parce qu'il cherchait un comptable pour l'aider à redresser les finances de la métropole. «J'allais là pour sauver la Ville de Montréal. La Ville était en péril» a-t-il témoigné à propos de sa campagne à la mairie de 2001.

«Si je n'avais pas eu la complicité de Frank Zampino, je n'y serais pas allé. C'était mission impossible», a ajouté M. Tremblay.

Début de témoignage tendu

Visiblement mal à l'aise de se trouver comme témoin d'une enquête publique, l'ex-maire affichait un visage long au moment de prêter serment. Il a longuement fixé le plancher pendant l'appel des présences des avocats participant à la Commission. Avant de s'asseoir pour commencer son témoignage, Gérald Tremblay a fait un grand signe de croix sur sa poitrine. Celui-ci n'a jamais caché être un fervent catholique.

Soulignant les fortes valeurs enseignées par ses parents, Gérald Tremblay a amorcé son témoignage en assurant avoir toujours voulu faire de la politique, pour servir la population. Il a dit avoir étudié en droit pour se préparer à servir. Avant de se lancer en politique, il a oeuvré dans le secteur bancaire en redressement d'entreprise.

Il a joint le gouvernement de Robert Bourassa comme ministre au début des années 1990 avec l'intention «de redresser l'économie québécoise».

Quand le Parti libéral est confiné aux bancs de l'opposition, un rôle qu'il n'apprécie pas, Tremblay retourne au privé. À la fin des années 1990, il rédige un rapport sur le déficit démocratique à Montréal. Selon lui, si l'ex-maire Pierre Bourque l'avait mis en oeuvre, celui-ci serait toujours à la mairie.

Gérald Tremblay dit qu'à l'époque, il n'avait jamais pensé devenir maire de Montréal. Après tout, il était résident d'Outremont et les fusions n'étaient pas encore dans la mire.

Il fait finalement le saut à la suggestion de Georges Bossé qui le sollicite pour se présenter. «Je suis un passionné de Montréal. Je voulais apporter ma contribution pour le redressement de Montréal. Elle était techniquement en faillite.»

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