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Commission Charbonneau: Sylvain Lussier a représenté un géant de l'asphalte

Le procureur-chef de la commission Charbonneau, Me Sylvain... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Le procureur-chef de la commission Charbonneau, Me Sylvain Lussier, a représenté un géant de l'asphalte cité dans le rapport Duchesneau sur les dépassements de coûts dans l'industrie de la construction.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Fabrice de Pierrebourg, Vincent Larouche
La Presse

Le procureur-chef de la commission Charbonneau, Me Sylvain Lussier, a représenté dans sa pratique privée les intérêts d'un géant de l'asphalte qui est cité dans les documents déposés par Jacques Duchesneau à cette même commission.

La société Asphalte Desjardins et l'une de ses sociétés soeurs, Campeau, font partie des 25 firmes de construction ayant réclamé au gouvernement les plus importantes sommes supplémentaires par rapport aux contrats initiaux, entre 2005 et 2011. Cette liste fait partie des pièces déposées par M. Duchesneau lors de son témoignage en juin.

Asphalte Desjardins obtient de nombreux contrats publics dans les municipalités des Laurentides, notamment à Saint-Jérôme.

Me Lussier a représenté l'entreprise en 2008 dans le cadre d'un litige en Cour supérieure opposant une partie des administrateurs à la suite d'une cession de parts à Tony Accurso.

Or, il ne s'agit pas du seul défi posé par les clients du procureur-vedette chargé de faire la lumière sur l'attribution des contrats dans l'industrie de la construction.

En effet, jusqu'à mercredi soir, le nom de Me Sylvain Lussier apparaissait toujours comme membre de «l'équipe Plan Nord» sur le site de son cabinet d'avocats, Osler, Hoskin et Harcourt. L'équipe propose à ses clients de «rester à l'avant-plan du développement du Plan Nord» en mettant notamment la main sur «les contrats d'ingénierie, d'approvisionnement et de construction».

«Réseau libéral»

En entrevue au Devoir, récemment, Jacques Duchesneau a indiqué que la commission Charbonneau a «tout en main» au sujet d'un «réseau libéral» du «Québec inc.» qui se bousculerait aux portes du Plan Nord.

«Faites le calcul seulement pour les services professionnels et vous comprendrez les intérêts en jeu: 10% de 80 milliards», a-t-il dit.

Déjà, peu après sa nomination comme procureur-chef en novembre, La Presse avait interrogé Me Lussier sur les risques d'apparence de conflit d'intérêts, puisque celui-ci représentait en parallèle la Ville de Montréal dans son litige contre le vérificateur général Jacques Bergeron. Le dossier était susceptible de se retrouver devant la commission Charbonneau, ce qui aurait placé Me Lussier dans une position délicate.

Me Lussier, surpris, avait indiqué à La Presse qu'il n'avait pas eu le temps d'étudier la question. Quatre mois plus tard, il avait finalement décidé de rompre ses liens avec la Ville. «On a convenu, la Ville de Montréal et moi, que je ne serais plus dans ces deux dossiers», avait-il confié. Il avait précisé ne pas avoir d'entente d'exclusivité avec la Commission, mais s'était engagé à y consacrer «l'essentiel de [son] temps».

Mercredi, La Presse a demandé à la Commission comment, à la lumière de ces nouvelles informations, Me Lussier allait gérer les dossiers concernant le Plan Nord et l'asphalte pendant les audiences publiques.

Le procureur-chef, impliqué dans une guerre de mots avec le chef de la Coalition avenir Québec et son candidat Jacques Duchesneau cette semaine, n'a pas souhaité faire de commentaires.

Or, dans les heures suivantes, son nom et sa photo ont été retirés de la page de «l'équipe Plan Nord» de sa firme d'avocats.

Trois experts de l'éthique juridique et des commissions d'enquête joints par La Presse ont refusé de se prononcer sur le sujet, en prétextant notamment «le caractère explosif» de la commission Charbonneau, son «importance» pour le Québec et le besoin d'étudier la question plus en profondeur.

Apparence de conflit d'intérêts

Mais selon le criminaliste et universitaire Me Jean-Claude Hébert, la Commission n'aura pas le choix de se pencher sur les risques d'apparence de conflit d'intérêts pendant ses travaux.

«Quand la Commission va entrer dans le vif du sujet, ce sera inévitable: les grandes entreprises de construction et de génie, il n'y en a pas tant que ça, et elles sont représentées souvent par les grands cabinets d'avocats, qui ne sont pas si nombreux. Il va y avoir des chassés-croisés. Ça ne veut pas dire qu'il y a conflit d'intérêts, mais il faudra juger au cas par cas», dit-il.

En entrevue au 98,5 FM mercredi, l'ex-ministre de la Justice Marc Bellemare s'en est pris à Me Lussier qui, selon lui, «appartient à la filière libérale». Le procureur-chef de la Commission a «manqué de jugement de façon très significative en attaquant la crédibilité» de Jacques Duchesneau en pleine campagne électorale, «appuyant par le fait même le PLQ», a-t-il dit. Marc Bellemare a aussi fait remarquer qu'une collègue de Me Lussier chez Osler, Me Suzanne Côté, était l'avocate du gouvernement lors de la commission Bastarache. «Je me demande comment il va pouvoir continuer à opérer», a-t-il ajouté en faisant aussi référence à ses activités liées au Plan Nord.




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