Journaliste qui a filmé la fusillade: «Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur»

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Attentat à Ottawa

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Attentat à Ottawa

Le 22 octobre 2014, des coups de feu ont été tirés sur la colline parlementaire, à Ottawa. »

(Ottawa) La vidéo saisissante de la fusillade au parlement qu'a tournée le journaliste Josh Wingrove, du quotidien The Globe and Mail, à l'aide de son appareil BlackBerry, a fait le tour du monde.

Cette vidéo a déjà été vue plus de quatre millions de fois sur YouTube. Mais M. Wingrove ne tient pas à la revoir pour le moment. Plus de 48 heures après les événements de mercredi, il ferme les yeux et tente de penser à autre chose lorsque la scène est diffusée à la télévision.

«J'ai de plus en plus de misère à la regarder», a affirmé à La Presse hier le journaliste du Globe and Mail, qui a passé la journée de jeudi à accorder des entrevues à des médias canadiens et étrangers.

Rompant avec son habitude, M. Wingrove s'est rendu sur la colline parlementaire mercredi matin afin d'interroger les députés et ministres au début de la réunion du caucus conservateur, vers 9h30. Normalement, il s'y rend après la fin de la réunion, vers 11h.

Il a ainsi pu interroger le ministre de la Justice Peter MacKay, avec d'autres journalistes, sur les intentions du gouvernement Harper concernant les 90 Canadiens soupçonnés d'entretenir de la sympathie envers des groupes terroristes qui font l'objet d'une surveillance.

Après la mêlée de presse, M. Wingrove a décidé de transcrire les propos du ministre. Il était 9h45. Il s'est assis sur un banc situé dans l'alcôve du couloir qui mène à la Chambre des communes, à environ 30 mètres du hall d'honneur. Neuf minutes plus tard, le premier coup de feu a retenti à l'intérieur de l'édifice.

Première réaction

Il avait ses écouteurs. «Sur le coup, je pensais que c'était une bibliothèque qui tombait par terre. J'ai gardé mes écouteurs et j'ai entendu d'autres coups de feu, des cris et des hurlements. Je me suis avancé la tête pour jeter un coup d'oeil. Je pouvais voir la fumée et sentir la poudre des balles. J'ai vu un garde dégainer son arme. J'ai bien compris que ce n'était pas une bibliothèque qui tombait.»

Il a immédiatement envoyé un gazouillis. «Gunfire in pariament», a-t-il écrit, les mains tremblantes. «J'ai fait une faute d'orthographe. C'est un peu embarrassant, mais je ne crois pas que mes patrons vont me le reprocher.»

Il s'est de nouveau retiré brièvement dans l'alcôve pour lancer l'application de la caméra vidéo de son BlackBerry.

«Étant donné que j'avais mes écouteurs et que je me trouvais dans l'alcôve, je n'ai pas vraiment été frappé par la peur. J'étais plutôt curieux de savoir ce qui se passait. Si je m'étais trouvé dans le hall d'honneur, j'aurais peut-être eu une autre réaction», a-t-il dit.

Avec son appareil, il a filmé les policiers qui partaient aux trousses du tireur, Michael Zehaf Bibeau, et on peut entendre distinctement les nombreux coups de feu qui ont été tirés. Il s'est réfugié derrière l'un des piliers de la rotonde pour se protéger.

«Les choses se sont passées tellement rapidement! Je n'ai pas vraiment eu le temps d'avoir peur», a-t-il raconté. «Avec le recul, je comprends que les choses auraient pu mal tourner. Mais les gens qui se trouvaient dans le couloir étaient plus en danger que moi. Ils auraient pu être atteints à la tête même s'ils portaient un gilet pare-balles.

«J'ai pu voir qu'ils avaient abattu le suspect. J'ai vu les policiers vérifier le corps du suspect et c'est à ce moment qu'ils ont commencé à dégager l'endroit. J'ai quand même pu prendre une photo de cela avant d'être poussé par un policier.»

Après la fusillade, M. Wingrove s'est rendu au foyer de la Chambre des communes. Des membres de l'escouade tactique de la GRC sont alors entrés. Ils ont pointé leur fusil dans leur direction et leur ont demandé de lever les mains.

Après avoir passé quelques heures près de l'entrée ouest de l'édifice du parlement, il a été escorté jusqu'à une autre pièce du parlement où il est resté jusqu'à 22h30. Les policiers l'ont ensuite interrogé pendant 30 minutes. Tout au long de son confinement, il a pu envoyer plusieurs gazouillis pour rassurer ses proches et communiquer de l'information.

«Ma fiancée m'a donné son appui. Ma mère aussi, mais elle était un peu frustrée de voir que j'avais filmé la scène. Je pense que je vais être correct.»

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