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Migrants à la frontière canadienne: un passeur épinglé

Le propriétaire de l'entreprise de taxi Northern Taxi... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le propriétaire de l'entreprise de taxi Northern Taxi a été épinglé par les autorités de l'État de New York pour surfacturation illégale.

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Une opération d'infiltration a permis aux autorités de l'État de New York d'épingler cette semaine un propriétaire de taxis de Plattsburgh qui gonflait ses prix illégalement pour exploiter les vagues de migrants en route vers la frontière canadienne. L'enquête a été dirigée par un procureur reconnu comme l'une des bêtes noires du président Trump.

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Le procureur général de l'État de New York Eric T. Schneiderman

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LA CIBLE

La cible principale de l'enquête était la compagnie Northern Taxi et le propriétaire de ses deux véhicules, Christopher Crowningshield. À travers plusieurs reportages de médias (dont un de La Presse que ses enquêteurs ont fait traduire par Google), le bureau du procureur général de l'État de New York, Eric T. Schneiderman, avait été sensibilisé à la situation des nombreux migrants inquiets pour leur statut aux États-Unis depuis l'élection de Donald Trump et qui traversent la frontière canadienne vers le Québec afin de demander l'asile politique, selon la preuve déposée en cour. Northern Taxi était l'une des compagnies les plus actives dans le transport de ces personnes et des informations voulaient qu'elle réclame des prix abusifs, soit jusqu'à 300 $ pour une course de 30 minutes qui devrait normalement coûter de 50 à 75 $.

LA PEUR

Selon les enquêteurs du bureau du procureur général, les migrants ont trop peur pour dénoncer de telles pratiques. « Une fois dans le taxi en mouvement, ils ont déjà reçu des services du chauffeur. S'ils se plaignent ou refusent de payer le prix demandé, ils risquent d'être déposés avant d'arriver à destination, livrés à la police ou aux autorités frontalières », explique un enquêteur dans une déclaration sous serment. « Ce n'est pas un secret qu'une peur intense s'observe dans les communautés d'immigrés de l'État de New York au cours des derniers mois. Profiter de cette peur pour des gains financiers est inadmissible », affirme le procureur Schneiderman dans un communiqué.

L'AGENT INFILTRÉ

Le 21 mars, une enquêteuse vêtue de plusieurs couches de vêtements, avec un châle sur la tête et une valise en main, s'est présentée à la station de bus de Plattsburgh. Elle a trouvé Crowningshield et s'est adressée à lui dans un mélange hésitant d'anglais et d'espagnol. Elle lui a montré un papier où étaient inscrits le numéro de Northern Taxi et les mots Roxham Road, le nom d'un chemin se terminant par un cul-de-sac très emprunté par les migrants qui fuient vers le Canada. Le chauffeur a accepté de l'emmener, mais a refusé de préciser le prix de la course. Une fois en route, il a exigé 200 $. Aucun tarif n'était affiché dans la voiture. La loi exige pourtant l'affichage et l'application du même prix à tous, sans discrimination.

DES AVEUX

Après une deuxième opération d'infiltration, Crowningshield a été convoqué pour un entretien avec les enquêteurs. Il a expliqué faire plus d'argent avec les migrants depuis deux ou trois mois : son entreprise avait fait 7000 $ au cours des six derniers mois de 2016, mais elle avait déjà fait 15 000 $ en trois mois depuis le début de 2017. Il a dit changer les prix selon les clients, ne pas avoir de tarifs fixes prédéterminés et toujours aviser les gardes frontaliers américains lorsqu'il emmenait quelqu'un vers la frontière. Cette semaine, la cour l'a condamné à 2500 $ d'amende, en plus de le forcer à afficher ses prix et à ne pas surfacturer les clientèles vulnérables. Joint par La Presse, le propriétaire n'a pas voulu commenter le jugement hier.

PEU APPRÉCIÉ DE DONALD TRUMP

Le procureur général Eric T. Schneiderman, qui a pris la peine de préciser dans les procédures que la peur qui s'empare des migrants remonte au mois de novembre (moment de l'élection du nouveau président), est bien connu pour ses accrochages avec Donald Trump.

Ancien élu démocrate de la Chambre haute de l'État de New York, il avait ensuite pris en charge la cause contre la Trump University en devenant procureur général. Il avait forcé l'entité à ne plus se décrire comme une université et à payer une pénalité de plusieurs millions. M. Trump avait répliqué en portant plainte contre le procureur qu'il accusait d'avoir voulu lui extorquer un don politique (le poste de procureur général de New York est un poste électif et les campagnes électorales sont coûteuses). Une guerre de mots s'en était suivie. Schneiderman a aussi piloté d'autres causes civiles contre des proches du nouveau président. Il était aux côtés d'Hillary Clinton lors de la soirée électorale.

« MIEUX QUE RIEN »

« C'est mieux que rien », a laissé tomber l'avocat québécois Stéphane Handfield en apprenant la décision de la cour concernant Northern Taxi. « Tous mes clients qui ont utilisé le taxi pour un voyage vers Roxham Road ont été floués de montants semblables. Ils n'ont pas une cenne, mais ils mettent tout là-dedans. Au moins, le gouvernement américain tente de faire quelque chose, mais c'est certain qu'une victime qui est rendue au Canada ne voudra pas retourner aux États-Unis pour témoigner », dit-il.




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