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Radicalisation: des parcours qui sèment la consternation

Omar Mateen, 29 ans, auteur de la fusillade... (PHOTO TIRÉE DU SITE MYSPACE.COM)

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Omar Mateen, 29 ans, auteur de la fusillade à Orlando.

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Pourquoi des jeunes dont les parents ont choisi de venir s'installer en Occident, comme c'est le cas du tireur du club Pulse à Orlando, en viennent-ils à la violence au nom de groupes djihadistes ? Les experts interrogés par La Presse avancent plusieurs pistes.

Des études ont démontré que les immigrants de deuxième génération, dont Omar Mateen faisait partie, « peuvent être à risque d'épouser des idéologies supportant la violence », note Jocelyn Bélanger, ancien chercheur au centre contre la radicalisation de Montréal et professeur adjoint à l'Université de New York à Abou Dhabi.

Bien que ce soit l'exception, plusieurs exemples d'immigrants de deuxième génération qui ont complètement dérogé des valeurs de leur famille pour adhérer au terrorisme peuvent être observés.

Les frères Salah et Brahim Abdeslam, l'un cerveau des attentats de Paris, l'autre mort en déclenchant sa ceinture d'explosifs, ont grandi en Belgique dans la commune de Molenbeek dans une famille ouverte. Nés de parents marocains immigrés en France, puis en Belgique, ils ont eu une adolescence parsemée de petits larcins avant d'embrasser l'idéologie de l'EI à l'insu de leurs proches.

Plus près de chez nous, mais dans une moindre mesure, il y a l'histoire d'Ismael Habib, jeune Montréalais accusé d'avoir voulu partir faire le djihad en Syrie et qui a été arrêté en mars à Gatineau après avoir menacé sa conjointe de la « faire exploser ». Il est fils d'une mère québécoise et d'un père afghan qui a lui-même fui la guerre et qui se considère comme une personne « pas religieuse », comme il l'a confié en entrevue à La Presse il y a quelques mois.

Il y a aussi la jeune Maha Zibara, ex-élève du collège de Maisonneuve, arrêtée l'an dernier avec une dizaine de jeunes alors qu'elle s'apprêtait à quitter le Canada. Son père, un entrepreneur d'origine libanaise, était démoli. M. Zibara et sa famille sont de confession chiite, un courant minoritaire au sein de l'islam. Un jour, Maha Zibara a rejeté complètement la voie de ses parents. « Elle est venue me dire que les chiites sont des mécréants », avait-il raconté à l'époque.

QUÊTE IDENTITAIRE

Pourquoi, alors, des jeunes nés ici et élevés dans des familles qui n'adhèrent pas aux valeurs islamistes se radicalisent-ils ?

Certains enfants issus de l'immigration récente sont perdus, hantés par une ambigüité identitaire, répond Mounia Ait Kabboura, chargée de cours à l'Université du Québec à Montréal et experte du radicalisme islamique. « Ils ne se retrouvent nulle part. Ils sont dans la culture religieuse et dans la culture occidentale, et c'est difficile de mélanger les deux », dit la chercheuse, qui a étudié la question auprès de jeunes établis au Québec.

«L'un des défis des immigrants de deuxième génération est d'intégrer de façon cohérente deux identités collectives simultanément. D'un côté l'héritage culturel de leurs parents ainsi que l'héritage culturel de la société d'accueil.»

Jocelyn Bélanger,
ancien chercheur au centre contre la radicalisation de Montréal

Bien que cette intégration se fasse généralement bien, dit-il, certains adolescents n'arrivent tout simplement pas à acquérir un sentiment d'appartenance au pays où ils vivent.

Commence alors une quête identitaire qui les rend particulièrement vulnérables.

DÈS LE SECONDAIRE

Lorsqu'ils entrent au secondaire, ces jeunes se regroupent et créent de petites diasporas ethniques dans lesquelles ils évoluent presque exclusivement, même une fois au cégep, explique Mounia Ait Kabboura.

« Ils se voient en dehors de l'école et font des activités entre eux. Ils se font des appels à l'ordre dans le groupe. Ça devient mal de fumer ou de boire de l'alcool. Les filles qui se voilent se font féliciter par les autres et gagnent le respect des garçons. »

Ensemble, ces jeunes, qui ne se sentent pas tout à fait québécois (ou canadiens ou américains), mais pas tout à fait marocains, algériens ou afghans non plus, se forgent une identité « imaginaire », explique l'experte. Une identité basée sur ce qu'ils entendent ici et là par rapport à ce que devrait être leur culture ou de ce qu'elle a déjà été. Une identité à un pays « qui n'existe pas ».

« Tout ce qu'ils apprennent, ils l'apprennent des autres. Ils deviennent stricts. »

APPARTENIR À QUELQUE CHOSE

Comme tous les jeunes de leur âge, ces adolescents cherchent à tout prix un sentiment d'appartenance.

« Pour certains individus, explique Jocelyn Bélanger, cela se traduit par un intérêt accru envers l'islam et la lecture du Coran et des hadiths [paroles du prophète]. Cela n'est pas un problème en soi. »

«Toutefois, si cette exploration est mal encadrée, par exemple si la personne ne consulte pas une école reconnue ou encore consulte, sans le savoir clairement, des sites internet faisant la promotion du djihad, la personne devient à risque d'épouser des croyances qui peuvent mener à l'adoption de la violence.»

Jocelyn Bélanger,
professeur adjoint à l'Université de New York à Abou Dhabi

Sans oublier la présence d'agents de radicalisation actifs sur l'internet ou infiltrés dans les communautés et qui profitent de la malléabilité de ces jeunes.

« Ils sont prêts. Il faut juste leur dire la bonne chose. Pour ces jeunes, tout est noir ou blanc. Il n'y a pas de nuance », dit Mme Ait Kabboura.

La propagande d'organisations comme le groupe État islamique paraît séduisante. On parle d'héroïsme et de bravoure. On promet aux hommes qui mourront en martyrs le paradis automatique, où les attendront 70 « houris », des femmes à la beauté inégalable.

« Tous les jeunes ont déjà voulu changer le monde. Pour eux, c'est ça, la manière de le changer », dit l'experte.

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