Manifestations et actions surprises partout au Québec

Des groupes de défense des locataires, des groupes... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Des groupes de défense des locataires, des groupes de femmes et d'autres groupes communautaires ont manifesté au square Phillips, au centre-ville de Montréal, vendredi matin.

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne

Le 1er mai a pris une couleur particulière au Québec cette année et, plutôt qu'une traditionnelle grande marche pour les travailleurs, ce sont de nombreuses manifestations de plus petits groupes et des gestes d'éclat qui ont été organisés à Montréal, à Québec et dans toutes les régions.

Et cette Journée internationale des travailleurs déborde des seules questions de conditions de travail pour aborder plus largement les questions de justice sociale, de choix politiques et de ce que les nombreux manifestants ont qualifié de «politiques d'austérité du gouvernement Couillard».

À Montréal, ces «actions surprises» ont été entre autres l'occupation d'une tour de la Banque Nationale dès 8 h au centre-ville.

Et avant cela, c'est le chantier de construction du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) qui avait reçu la visite de manifestants.

Peu après 8 h, un autre groupe de manifestants a bloqué les nombreuses entrées du Centre de commerce mondial, dans lequel plusieurs ministères ont des bureaux. Les policiers se sont vite placés devant ces entrées pour en libérer l'accès pour ceux qui voulaient entrer au travail.

Un autre groupe est allé manifester devant le siège social de Québecor, toujours au centre-ville de Montréal.

Un peu plus loin, à 9 h, des groupes de défense des locataires, des groupes de femmes et d'autres groupes communautaires manifestaient au square Phillips, au centre-ville de Montréal. Un peu plus loin, un autre groupe marchait sur René-Lévesque plus près du Complexe Desjardins. Encore en après-midi, le Complexe Desjardins avait verrouillé une quinzaine de ses portes donnant sur les principales artères et un surveillant guettait les gens qui entraient par les seules portes qui demeuraient ouvertes.

Ces nombreuses manifestations par groupes de plusieurs dizaines ou une centaine de personnes, voire quelques centaines dans au moins un cas, ont causé des embouteillages au centre-ville, de nombreux ralentissements, mais temporaires, tout au cours de l'avant-midi.

Mais tout s'est fait dans le calme, voire dans la bonne humeur, les sifflets et les sirènes. D'ailleurs, des dirigeants syndicaux accompagnaient certains groupes de manifestants et s'assuraient du déroulement pacifique des marches.

Des automobilistes et camionneurs klaxonnaient, même, en appui aux manifestants.

On a pu voir de nombreux véhicules de police, certains escortant les marcheurs lorsque ceux-ci dépassaient la centaine.

Cette nouvelle façon de célébrer le 1er mai, Journée internationale des travailleurs, avait justement pour but de surprendre, puisque bien d'autres manifestations ont réuni des milliers de personnes depuis l'automne dernier.

«Les régions voulaient dans leur coin respectif organiser quelque chose» plutôt que d'être toutes contraintes de se déplacer vers Montréal pour la traditionnelle grande marche, a expliqué en entrevue le président de la FTQ, Daniel Boyer. «Nous, on a dit OK, mais il faut que ce soit suffisamment gros pour que ça ait le même impact, sinon un impact plus grand qu'une manif nationale», a-t-il justifié.

Le président de la plus grande centrale syndicale du Québec - 600 000 membres - ne croit pas que les revendications des travailleurs seront ainsi noyées parce qu'elles sont incluses dans une journée de protestation plus large contre «l'austérité». «Les préoccupations des travailleurs, ce sont les préoccupations de tout le monde aujourd'hui. Les luttes des autres, c'est nos luttes. Et nos luttes, c'est les luttes des autres aujourd'hui, parce qu'on est tous touchés par ces mesures d'austérité là», a ajouté M. Boyer.

Aussi en entrevue, le président de la CSN, Jacques Létourneau, croit que l'austérité ne peut être distinguée des conditions dans lesquelles les gens travaillent. «L'austérité, c'est aussi les services publics, les programmes sociaux, les étudiants, les hommes, les femmes. La question du travail reste quand même quelque chose d'assez central, dans la mesure où l'austérité, ça se traduit par plus de ralentissement économique, donc peut-être pas par de la création d'emplois de qualité; c'est même le contraire. Et l'austérité dans le secteur public, c'est la charge de travail, ce sont des augmentations de salaire qui frisent le ridicule», a opiné M. Létourneau.

Les cégépiens étaient aux côtés des travailleurs en ce 1er mai. Comme les professeurs de cégep qui avaient choisi de débrayer durant une journée, le 1er mai, se sont fait dire par la Commission des relations du travail que cela serait illégal, les étudiants ont trouvé un moyen de leur faciliter la tâche.

«Dans plusieurs de nos cégeps, à la FECQ mais aussi à travers le Québec, aucun cours ne sera donné aujourd'hui. Dans certains cégeps, ce sont les étudiants qui ont voté une journée de grève, dans d'autres ce sont les professeurs et les étudiants qui sont là par solidarité, pour les aider à faire respecter leur grève. Dans tous les cas, chez les étudiants, nous sommes complètement solidaires envers les professeurs, envers les travailleurs», a plaidé Alexis Tremblay, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), au cours d'une rencontre avec la presse.

Selon M. Tremblay, 45 000 étudiants ont adopté un mandat d'une journée de grève, le 1er mai.

«Nous sommes solidaires envers tous ceux qui aujourd'hui se mobilisent dans l'espoir que ce gouvernement cesse de bousculer les Québécois et cesse de mépriser nos acquis et notre qualité de vie», a ajouté le jeune représentant étudiant.

Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec, a évoqué des routes en partie bloquées près de Sept-Îles et en Gaspésie et une manifestation près du casino en Outaouais. «Il y a diverses actions symboliques, très fortes pour porter le message que les politiques économiques doivent être au service des citoyens», a-t-elle résumé.

De son côté, la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services publics s'est réunie au square Phillips, d'où elle a lancé sa marche, avec ses groupes membres défendant des locataires, des groupes en alphabétisation, des maisons de jeunes, des groupes d'éducation populaire. Des groupes de femmes étaient aussi présents.

Ce sont 856 organisations sociales qui sont en grève le 1er mai, a précisé Véronique Laflamme, une des deux porte-parole de la coalition. «C'est du jamais vu dans l'histoire des groupes communautaires», a-t-elle relevé.

«Ça démontre bien le ras-le-bol de ces personnes qui travaillent au quotidien et qui voient les compressions toucher le développement local et régional, couper l'aide sociale, couper le logement social, diminuer les services en santé et services sociaux. Les gens craignent la privatisation des services publics. Le saccage social ne peut pas continuer», a tonné Mme Laflamme.

Le secteur privé était aussi touché par des manifestations. Des syndicats d'Unifor au Québec manifestaient devant les bureaux d'Air Canada à Montréal, en appui aux travailleurs à l'emploi du transporteur, contre le recours à la sous-traitance.

Couillard réplique

De passage à Saguenay pour participer à une annonce avec le ministre fédéral Denis Lebel, le premier ministre Philippe Couillard n'a nullement été ébranlé par toutes ces manifestations.

«Je m'adresse, moi, à l'ensemble des Québécois qui travaillent, qui paient des impôts et des taxes et qui s'attendent à ce que le gouvernement les gère bien et ne dépense pas plus qu'il gagne», a-t-il répliqué aux manifestants.

Le premier ministre a dit «respecter le droit d'opinion et d'expression de tous et chacun», mais a prévenu qu'il ne changera pas de cap pour autant dans sa gestion serrée des finances publiques.

«Est-ce qu'il y aura des changements dans l'équilibre budgétaire, l'allégement de la dette et du fardeau fiscal? Non, il n'y aura pas de changement. On continue sur la même trajectoire», a-t-il tranché.

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