Le nombre de touristes a augmenté de façon exponentielle au cours des 20 dernières années. Et certains endroits sont si populaires que leur intégrité est menacée par la masse de visiteurs. De plus en plus, la question se pose: doit-on fermer ces merveilles aux touristes pour les sauver? Voici 10 lieux touristiques victimes de leur succès.

Caroline Rodgers LA PRESSE

1 Venise

Venise est submergée de touristes. Bien qu'elle soit aussi menacée par les inondations, ce sont surtout les visiteurs qui la mettent en danger, selon le magazine National Geographic. En 2007, elle a reçu 21 millions de visiteurs, alors qu'elle ne compte que 60 000 habitants. Ils génèrent un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros par an, mais aussi beaucoup de déchets; et ils chassent les résidants, qui n'en peuvent plus (leur nombre a diminué de moitié depuis 30 ans). Venise deviendra-t-elle une ville fantôme, hantée uniquement par les touristes?

 

 

2 L'île de PâquesEn août dernier, des protestataires ont bloqué l'aéroport de la fameuse île de Pâques, qui appartient au Chili, en transportant des tentes et des camions sur la piste d'atterrissage. Ils ont demandé une réduction du nombre annuel de visiteurs, qui est actuellement de 65 000. Cet afflux génère beaucoup trop de pression sur l'environnement et les infrastructures de l'île, habitée par seulement 4500 personnes.

3 Les îles Galapagos

Ces îles volcaniques rendues célèbres par l'expédition de Darwin, au XIXe siècle, possèdent une faune et une flore uniques au monde. Des touristes accourent de partout pour voir leurs tortues centenaires et leurs iguanes géants. Cela ne va pas sans poser des problèmes pour cet écosystème fragile. L'UNESCO a inscrit l'archipel sur sa liste des sites du Patrimoine mondial en péril. L'an dernier, il a reçu plus de 170 000 visiteurs, qui ne réalisent sans doute pas que leur présence menace le joyau qu'ils rêvaient de voir.

4 Le mont Kilimandjaro

Quand Ernest Hemingway a écrit son célèbre roman, Les neiges du Kilimandjaro, il ne se doutait sûrement pas que cela aurait pour effet de donner le goût à des milliers de visiteurs d'en faire l'ascension. Aujourd'hui, environ 25 000 personnes décident chaque année de relever ce défi, contribuant à l'érosion et à la pollution de la montagne tanzanienne.

5 Le mont Everest

On pourrait croire que l'ascension de l'Everest est réservée à une élite. En fait, on surnomme parfois son camp de base «le dépotoir le plus haut du monde», tant les visiteurs y ont laissé de déchets et de pièces d'équipement depuis des années. Le gouvernement impose maintenant un dépôt aux aventuriers, remboursable uniquement s'ils rapportent tout leur équipement avec eux. Sans l'escalader, près de 700 000 visiteurs se bousculent chaque année au pied de la plus haute montagne du monde.

6 Machu Picchu

Le site archéologique de Machu Picchu est l'endroit le plus visité en Amérique du Sud. Alors qu'en 1992, moins de 10 000 visiteurs s'y rendaient chaque année, ils sont aujourd'hui 10 fois plus nombreux. Ces milliers de pieds qui foulent le sol de la citadelle inca contribuent à en fragiliser la structure, et les équipes d'entretien peinent à réparer les dommages. En 2008, l'UNESCO a lancé un avertissement au sujet du sanctuaire, soulignant les problèmes de déforestation, de glissements de terrain et d'accès illégal découlant du tourisme de masse.

7 Les tombeaux égyptiens



Dans la vallée des Rois, en Égypte, les tombeaux de Toutânkhamon, de la reine Néfertiti et de Séti souffrent gravement de l'humidité causée par la respiration des milliers de touristes qui y pénètrent chaque jour. En août dernier, le gouvernement égyptien a annoncé que les sculptures et les peintures murales des tombeaux ouverts aux visiteurs présentaient de sérieux dommages, ce qui l'a incité à adopter des mesures draconiennes. Des restrictions sur le nombre de visiteurs seront prises dans plusieurs tombeaux, et certains seront complètement fermés et remplacés par des répliques.

Photo: AFP

L'île de Pâques

8 La MéditerranéeLe tourisme n'est pas la seule menace qui plane sur la Méditerranée, qui attire annuellement 220 millions de visiteurs. On prévoit que d'ici 20 ans, ils seront 350 millions. Selon le World Wildlife Fund (WWF), le tourisme de masse est l'une des causes majeures de la dégradation des côtes et de l'écosystème marin. En développant leurs infrastructures pour accueillir ces visiteurs, les pays côtiers transforment des régions entières, ce qui menace des zones naturelles.

9 Pétra, Jordanie

L'an dernier, le gouvernement jordanien a averti que le nombre croissant de touristes menaçait le site archéologique de Pétra, classé dans le Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985. Plus de 3000 touristes le visitent chaque jour, alors que ses infrastructures d'accueil sont conçues pour en recevoir 2000. On envisage, là aussi, d'imposer de nouveaux règlements limitant le nombre de visiteurs.

10 Angkor, Cambodge

Les archéologues s'inquiètent du sort des temples anciens d'Angkor, au Cambodge, envahis chaque jour par les autobus et les taxis remplis de visiteurs. Plusieurs des temples reposent sur des plateformes érodées par les siècles, et les touristes se rassemblent à des endroits où ils ne devraient pas aller, selon les observateurs du World Monuments Fund, organisme qui se consacre à la préservation du patrimoine. Trop d'hôtels seraient construits aux alentours, et plus d'un million de personnes sont attendues sur les lieux cette année.

Photo: Reuters

Une plage de la Costa Brava en Espagne, au bord de la Méditerranée.