Avec le temps, les grimpeurs ont adapté leur pratique à la présence de faucons pèlerins sur les sites d’escalade. Ces derniers semblent avoir bénéficié de cette sollicitude : année après année, plusieurs fauconneaux ont éclos, ont grandi et ont pris leur envol.

Publié le 25 mai
Marie Tison
Marie Tison La Presse

« On fait sûrement bien les choses parce qu’on a des bébés fauconneaux malgré le fait qu’on garde ouvertes des portions de site », observe Nicolas Rodrigue, bénévole à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME) dans l’aménagement de sites et dans le suivi des faucons. Il est notamment responsable du site de Gros Morne, dans Chaudière-Appalaches. « C’est le meilleur indicateur de rendement qui soit, la preuve que la cohabitation fonctionne. »

Le faucon pèlerin est une espèce vulnérable au Québec, bien que sa population soit en bonne voie de rétablissement. Lorsque vient le temps de nidifier, il affectionne particulièrement les falaises. En 2010, la FQME et le Regroupement Québec oiseaux ont publié un Guide de gestion des parois d’escalade pour la protection des oiseaux de proie. « La FQME a été avant-gardiste », affirme M. Rogrigue, inspecteur en environnement de profession.

Le juste équilibre

L’idée, c’était de trouver un juste équilibre : ne pas déranger le faucon pendant la délicate période de la nidification tout en poursuivant des activités d’escalade. Au fil des ans, on a réalisé qu’il n’était pas nécessaire de fermer tout un site lorsqu’un couple de faucons se faisait la cour et cherchait un lieu de nidification.

« À force de ramasser des données, on finit par avoir une idée des endroits où ils vont nicher, indique M. Rodrigue. Il y a toujours un ou deux sites qu’ils gardent année après année. On se met donc en mode observation pour voir quel secteur on va fermer en conséquence. »

PHOTO SUZIE BERGERON, TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LA FQME

Un faucon pèlerin veille au-dessus d’une paroi d’escalade.

Il faut considérer le dérangement visuel et le dérangement auditif. À une certaine distance, il est minime. En outre, un repli de falaise peut très bien constituer un écran visuel et sonore. Des études ont également montré que le faucon était davantage irrité par ce qui était au-dessus du nid. Pour ces oiseaux, les menaces viennent surtout du ciel : d’autres rapaces, ou des corbeaux toujours prêts à mettre le bec sur un œuf ou un fauconneau.

Un belvédère au sommet d’une paroi pourrait être plus problématique que l’escalade en dessous du nid.

Nicolas Rodrigue, bénévole à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade

Les gestionnaires de site prennent tout cela en considération. C’est ainsi qu’au site d’escalade de Weir, dans les Laurentides, on a décidé cette année de permettre de grimper sur certaines voies qu’on avait tendance à fermer totalement pendant la période de nidification. Par contre, on limite la hauteur permise : à un certain point, hop, il faut redescendre.

« Si on fermait entièrement une paroi, ça se pourrait qu’on ait plus de personnes qui ne respecteraient pas à 100 % les consignes, estime M. Rodrigue. Tandis que là, on ferme un secteur pendant un certain temps. Lorsqu’il rouvre, c’est cool, les gens vont faire les voies. »

Les gestionnaires ont également développé des secteurs peu prisés par les faucons pour offrir des options supplémentaires.

Informer les grimpeurs

Nicolas Rodrigue note que les propriétaires de site n’ont pas tous la même vision face à l’escalade et au dérangement qu’elle pourrait occasionner. La Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) a une mission différente de celle d’une réserve privée de conservation, un propriétaire privé a une autre perspective. Et puis, les faucons eux-mêmes ont des différences individuelles en fait de tolérance. Certains faucons s’installent dans des carrières et ne semblent pas trop dérangés par le vacarme et l’activité de ces sites.

Les gestionnaires de site cherchent à informer les grimpeurs au maximum avec des affiches sur place et des messages sur les réseaux sociaux. Il y a aussi une forme de surveillance mutuelle entre les grimpeurs. « Il y a beaucoup de bénévoles impliqués sur les sites. S’ils disent aux gens de respecter les consignes, le message passe très bien parce que ce sont des gens du milieu, pas quelqu’un du ministère des Ressources naturelles ou un policier. »

La FQME et les clubs locaux se font également un devoir d’informer les grimpeurs lorsque les fauconneaux finissent par prendre leur envol, généralement en juillet ou en août. C’est une façon d’encourager les troupes pour la saison suivante.

Les grimpeurs pourraient peut-être être mis à contribution pour trouver des noms pour les fauconneaux : un petit faucon nommé Mousqueton, ce serait mignon, non ?

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Chiffre de la semaine

5020

C’est la distance en kilomètres entre Cap Spear, à Terre-Neuve, le point le plus à l’est du Canada, et Vancouver. Cap Spear est plus proche de Paris (4000 km seulement).