Les fameux sentiers patrimoniaux de ski nordique des Laurentides sont de plus en plus morcelés, notamment en raison de la construction d’habitations. Mais pas question de baisser les bras : des intervenants sont en train de peaufiner un plan sur 10 ans qui, espèrent-ils, devrait permettre de pérenniser une partie de ce réseau historique.

Publié le 23 février
Marie Tison
Marie Tison La Presse

Clubs de plein air, MRC, municipalités, fédérations, regroupements... ils sont plusieurs à mettre la main à la pâte.

« Il faut qu’il se passe quelque chose de façon urgente », affirme l’ancienne mairesse de Val-David Kathy Poulin, qui fait partie du noyau de passionnés travaillant sur le projet. « Il est presque trop tard, mais il y a encore moyen d’intervenir. »

Le développement des Laurentides est intimement lié à celui de ces grands sentiers de ski nordique, rappelle Daniel Bergeron, membre du conseil d’administration de Plein air Sainte-Adèle et instigateur du projet.

IMAGE FOURIE PAR PLEIN AIR SAINTE-ADÈLE

Une portion d'une carte des sentiers de ski nordique en 1948. Les lignes rouges représentent les sentiers, les lignes oranges représentent les routes.

Ces grands sentiers, comme la piste Maple Leaf, la Western et la Gillespie, reliaient des villages, des hôtels, des centres de villégiature. « Dans les années 1940, tout le réseau de ski faisait 1600 km, affirme M. Bergeron. Il est présentement en train de s’atrophier. »

Ce n’est pas d’hier que le réseau est sous pression. C’est ainsi que la construction de l’autoroute 15 a fait disparaître une grande partie du sentier Maple Leaf, qui reliait Shawbridge à Labelle. À l’heure actuelle, c’est surtout la construction immobilière qui menace des tronçons de sentier. Il y a également de nouveaux propriétaires qui interdisent subitement le passage sur leur propriété. C’est ce qui est arrivé récemment sur le sentier Gillespie. « Heureusement, un voisin sympathique à la cause a accepté que le sentier soit détourné sur son terrain, indique M. Bergeron. Mais encore une fois, nous avons été en réaction. »

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉ GOULET

La piste Maple Leaf reliait Shawbridge à Labelle. Plusieurs tronçons ont disparu avec le temps, mais d'autres font encore le bonheur des skieurs.

Les changements climatiques donnent également des maux de tête : plusieurs sentiers patrimoniaux passent sur des lacs et dans des milieux marécageux. Ces portions pourraient donc être impraticables lors d’hivers trop doux, surtout dans le sud des Laurentides.

« L’idée, ce serait d’avoir un contournement alternatif », indique André Goulet, de l’Institut des territoires, un organisme de conservation. « Mais en même temps, ça va être important de garder les routes originales parce que ce sont souvent les lacs qui permettent aux skieurs de se positionner. »

Les étapes du projet

Grâce à une subvention du ministère des Affaires municipales, les partenaires de la première heure ont embauché l’Institut des territoires et M. Goulet pour planifier le projet. La première étape consistait à éveiller l’intérêt de la population. Ça n’a pas pris de temps : une publication Facebook de l’Institut des territoires a suscité un énorme enthousiasme. Il a été lu, partagé et commenté par des dizaines de milliers de personnes.

La deuxième étape consiste à cibler une quinzaine de sentiers qui seront mis en priorité. « On travaille de façon démocratique là-dessus », précise M. Goulet.

On a créé un comité élargi pour identifier les sentiers selon des critères culturels et des critères de fonctionnalité et d’interconnectivité.

André Goulet, de l’Institut des territoires

Comme les participants à ces discussions sont souvent des gens de terrain, ils connaissent bien l’état des sentiers et peuvent cibler les tronçons qui seront plus difficiles que d’autres à pérenniser.

Les étapes suivantes porteront sur l’établissement d’un budget et la création d’une instance régionale qui pourrait chapeauter le projet. Puis, on entrera dans le vif du sujet : la pérennisation elle-même, qui nécessitera un coffre à outils bien garni. « La pérennisation va utiliser des outils urbanistiques, économiques, écologiques, culturels et politiques », énumère Daniel Bergeron. « Et même juridiques, complète Kathy Poulin, ancienne mairesse de Val-David. Il y a des propriétaires qui ne veulent vraiment pas. Il faudra peut-être aller vers une protection juridique, au même titre que des bâtiments patrimoniaux. »

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉ GOULET

L'arrivée de nouveaux propriétaires entraîne parfois la perte de tronçons.

Lorsqu’on parle d’outils culturels, on parle justement de désigner la pratique du ski de fond nordique dans les Laurentides comme faisant partie du patrimoine immatériel du Québec.

Aires protégées

Les outils écologiques comprennent notamment la création d’aires protégées. « La pérennisation linéaire ne sera pas suffisante », affirme André Goulet.

Il faudra avoir des actions pour la conservation de grandes superficies naturelles, comme Val-David l’a fait avec le parc Dufresne.

André Goulet, de l’Institut des territoires

On peut aussi penser aux dons écologiques, une solution fiscale qui peut intéresser des propriétaires qui paient beaucoup d’impôts dans d’autres facettes de leur vie. On pourrait également créer des servitudes ou carrément acheter des portions de terrain.

C’est donc un projet de longue haleine.

La pandémie a démontré l’importance d’un meilleur accès à la nature. Elle a toutefois créé une pression supplémentaire sur la construction immobilière dans les Laurentides, avec tous ces télétravailleurs qui veulent maintenant habiter la région.

Kathy Poulin voit toutefois la situation avec optimisme. « Ce qui attire ces nouveaux résidants, c’est l’accès à la nature. Il faut donc la protéger. C’est un levier formidable. »

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