Il y a 40 ans, la rivière des Mille Îles ne payait pas de mine. Les égouts se déversaient directement dans ses eaux, les amateurs de plein air ne se bousculaient pas pour y naviguer et la faune n’était pas particulièrement vigoureuse.

Publié le 2 déc. 2021
Marie Tison
Marie Tison La Presse

« En 1985, quand je suis arrivé là, les petits canards branchus, ils étaient deux, lance Jean Lauzon, cofondateur du parc de la Rivière-des-Mille-Îles. C’était exceptionnel d’en voir. Depuis, la faune et la flore ont repris vie. La rivière est maintenant un joyau patrimonial, on ne peut pas perdre ça. »

C’est pour reconnaître le rôle de Jean Lauzon dans la préservation et la mise en valeur de la rivière des Mille Îles que le lieutenant-gouverneur Michel Doyon lui a remis récemment la médaille du Mérite exceptionnel.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Jean Lauzon, cofondateur du parc de la Rivière-des-Mille-Îles, prend sa retraite, mais il ne restera jamais bien loin de sa rivière.

« Oui, j’ai fait de bonnes choses, reconnaît M. Lauzon. J’étais un genre de leader, mais cette médaille-là, je l’ai reçue au nom de tous ceux qui m’ont aidé et qui m’ont fait grandir. »

La grande aventure du parc de la Rivière-des-Mille-Îles a commencé modestement, avec des jeunes qui voulaient organiser des séjours de camping pour les enfants dans l’île Kennedy.

« On était allés voir Claude-Ulysse Lefebvre, qui était maire de Laval, raconte Jean Lauzon. Il nous avait dit : “C’est un beau projet. Je vous donne 45 000 $, partez ça. Si ça marche, ça marche, si ça ne marche pas, on arrête ça.” »

Ça a marché. Éco-Nature, un organisme issu de l’Association de la conservation et de l’aménagement du plein air de Laval, a commencé à gérer le projet. Celui-ci a englobé la location d’embarcations et est devenu le parc de la Rivière-des-Mille-Îles.

Épurer les eaux

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le grand héron est un visiteur assidu du parc de la Rivière-des-Mille-Îles.

Parallèlement, dans les années 1990, les autorités se sont lancées dans un vaste programme d’épuration des eaux.

« La rivière a repris une qualité d’eau acceptable, indique M. Lauzon. Nous, on a travaillé fort sur la protection du milieu naturel. À cette époque-là, c’était assez avant-gardiste. »

Je suis allé voir des propriétaires, on a acheté de petits terrains, on s’est fait donner des îles. On a donné le goût aux gens de retourner sur cette rivière, qui est à tout le moins magnifique.

Jean Lauzon, cofondateur du parc de la Rivière-des-Mille-Îles

Ça n’a pas toujours été facile, notamment pendant l’administration du maire de Laval Gilles Vaillancourt. « Ça n’a pas été simple. Vaillancourt étant Vaillancourt… c’était un promoteur, on n’avait pas les mêmes atomes. »

Ce qui a aidé le parc, c’est son énorme popularité auprès des citoyens. « Il y avait beaucoup de monde qui venait chez nous. Pour un politicien, c’était plus compliqué de tasser ça. »

Maintenant, le parc de la Rivière-des-Mille-Îles accueille 150 000 visiteurs par année. Il emploie 150 personnes et peut compter sur un budget annuel de 4,5 millions de dollars.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

La tortue peinte est une des espèces de tortues qu’on voit le plus souvent au parc de la Rivière-des-Mille-Îles.

Il reste encore bien du travail de protection à faire, mais il y a des signes positifs : la municipalité de Laval a annoncé récemment son intention d’acquérir l’île Locas, un important territoire situé au centre du parc de la Rivière-des-Mille-Îles, pour assurer sa protection. Et il y a quelques mois, un regroupement de citoyens a fait dérailler un énorme projet résidentiel de 900 millions de dollars dans l’île Gagnon (qui a déjà été la propriété de la chanteuse Céline Dion) et sur la rive adjacente.

« Il y a 2500 personnes qui se sont regroupées sous la bannière Vigile Mille-Îles, se réjouit Jean Lauzon. Ça m’a jeté à terre de voir qu’il y avait autant de gens qui avaient à cœur la protection de la rivière. »

Des projets à venir

Après près de 40 ans au sein d’Éco-Nature, Jean Lauzon prend sa retraite. Mais il n’a pas l’intention de rester bien loin du parc de la Rivière-des-Mille-Îles. « Je vais continuer à m’impliquer pour que les projets se poursuivent. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Au printemps, la crue des eaux permet de visiter des secteurs particulièrement intéressants de la rivière des Mille Îles.

On parle notamment de faire passer de 26 à près de 700 hectares l’aire protégée du parc de la Rivière-des-Mille-Îles. M. Lauzon a également piloté Erre écomobilité, un projet de transport récréatif et utilitaire qui permettra de relier neuf municipalités tout au long de la rivière grâce notamment à la location d’embarcations et de vélos. Déjà, le parc de la Rivière-des-Mille-Îles a ouvert quatre nouveaux bureaux de location d’embarcations au cours de l’été 2021. « Ça fait 10 ans que j’en parle. Ça va se faire ! », lance-t-il.

Jean Lauzon a d’autres rêves, notamment de ramener la baignade dans la rivière des Mille Îles. « En ayant cet objectif, on s’assure que la qualité de l’eau est bonne et on fait en sorte que la flore, la faune et l’homme en profitent. »

Jean Lauzon espère finalement qu’un jour, on ne retrouvera plus de bateaux à moteur à essence sur la rivière. « Il pourrait y avoir des canots, des kayaks, des bateaux électriques… Je pense que ce serait logique. Avec tout ce qu’on a mis comme argent sur la dépollution et les usines d’épuration, il serait temps d’arrêter de polluer la rivière », dit-il.

Consultez le site web du parc de la Rivière-des-Mille-Îles

Suggestion de vidéo

Mariage épique

Certaines vidéos de mariages sont plus intéressantes que d’autres. Celle-ci implique des passionnés d’escalade à Seneca Rocks, en Virginie-Occidentale.

Chiffre de la semaine

22 %

C’est la proportion de la superficie du Québec qui est couverte d’eau.