Il n’y a pas que les sentiers de randonnée qui disparaissent lorsqu’il y a perte de droit d’accès : des parois peuvent aussi s’effacer des guides d’escalade. Les raisons de ces pertes d’accès sont multiples, mais elles sont souvent liées à un comportement répréhensible de la part de certains usagers.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

C’est ainsi qu’un des sites les plus populaires de la région de Québec, Val-Bélair, a récemment dû cesser d’accueillir les grimpeurs. C’est une déconvenue qui pourrait se répéter ailleurs dans la province, à moins d’en tirer les leçons.

« Val-Bélair était un site très apprécié tant par sa proximité que par ses niveaux de difficulté », affirme Charles St-Louis, directeur des sites extérieurs à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME). « Il est situé à une quinzaine de minutes de voiture du centre-ville de Québec. C’était très pratique après le travail, quand il faisait clair jusqu’à 21 h 30. Ça allait chercher des grimpeurs débutants tout comme des grimpeurs expérimentés. Il y avait de l’initiation, il pouvait y avoir des familles avec des enfants. »

Or, la Ville de Québec vient de constater que le site ne respecte pas le règlement de zonage, qui ne permet pas la tenue d’activités récréatives à cet endroit. La FQME a donc dû démanteler les installations en place et fermer le site le 30 septembre dernier.

Pourtant, cela faisait au moins 30 ans qu’il y avait de l’escalade à cet endroit. Cela faisait 15 ans que le site faisait partie du réseau de la FQME. « La Ville savait qu’on grimpait là », note M. St-Louis.

Comportements inadéquats

Mais voilà, les plaintes des résidants se sont multipliées avec les années, surtout récemment avec un achalandage accru. « Il y a eu l’impact de la COVID-19, la fermeture des gyms, l’engouement de l’escalade, énumère M. St-Louis. Il y a eu plus de pratiquants qui venaient de milieux différents, avec une expérience différente. Ils ont considéré ça comme un gym, avec des comportements pas adéquats, et on en est là. »

Certains sont allés jusqu’à faire des feux au bas de la paroi, ont fait jouer de la musique.

Il y a des gens qui criaient beaucoup. Il y a eu des intrusions sur le terrain de certains voisins, il y a eu des excréments en pleine nature, qui ne respectaient pas les principes Sans Traces.

Charles St-Louis, directeur des sites extérieurs à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade

« Il y a eu trop de trafic sur la petite route d’accès, des stationnements qui débordaient, des voitures stationnées sur le bord des routes, ajoute-t-il. C’est un mélange de tout ça. »

La FQME a voulu faire de l’éducation en apposant des affiches sur le site et en postant un employé pendant les fins de semaine, mais la situation ne s’est pas suffisamment améliorée. La Ville a étudié le dossier et a finalement constaté que le site n’était pas conforme au règlement de zonage.

La FQME ne perd pas espoir. Mais avant de réclamer un changement de zonage, elle veut s’assurer de monter un projet qui ne risque pas de tomber dans les mêmes ornières. « On laisse retomber la poussière, indique M. St-Louis. On espère éventuellement des négociations afin de trouver des compromis qui vont permettre d’avoir un site accessible, sous des conditions qui pourront rendre tout le monde heureux. »

Pas qu’à Val-Bélair

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

L’escalade connaît un nouvel engouement. Il y a toutefois de l’éducation à faire pour que tous adoptent un comportement adéquat.

La fermeture de Val-Bélair est une autre déveine pour les grimpeurs de Québec, qui sont notamment privés du site du Vieux-Stoneham depuis deux ans en raison d’un problème d’accès et de stationnement.

« Les gens de Québec sont très froissés, déclare M. St-Louis. On essaie de leur donner de l’amour, on travaille sur de bonnes nouvelles », dit-il, en soulignant que le Club de montagne et d’escalade de Québec travaille aussi très fort.

Les problèmes d’accès ne se limitent toutefois pas à la région de Québec. Il y a aussi des situations problématiques dans le Bas-Saint-Laurent, avec de nouveaux sites. « On travaille avec des propriétaires de terres agricoles, qui ont une dynamique différente. Il faut faire attention. »

Dans les Laurentides, le site de Baldy, près de Sainte-Adèle, a aussi donné lieu à un grand nombre de plaintes dans le passé.

En général, les droits d’accès sont fragiles, on se doit de faire attention sur tous les sites.

Charles St-Louis, directeur des sites extérieurs à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade

Les problèmes ne sont pas nécessairement toujours liés au comportement des grimpeurs, mais au simple fait qu’on n’avait pas prévu une telle croissance de la pratique. Par exemple, dans bien des cas, les stationnements sont devenus insuffisants.

Il y a toutefois de bonnes nouvelles : de nouveaux sites qui font leur apparition, comme celui de Saint-Alphonse-Rodriguez, dans Lanaudière. « Cette région est choyée ! », s’exclame Charles St-Louis.

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