Cette première année de pandémie a été difficile, mais face au confinement, à l’isolement et à la perte de repères, de nombreuses personnes ont trouvé refuge dans les activités de plein air. Elles ont pris d’assaut les pistes cyclables, les terrains de camping, les sentiers pédestres et les sentiers de ski de fond.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Il y a eu un engouement pour le plein air pendant la pandémie, certainement lié au fait que les gens ne pouvaient plus voyager à l’étranger et qu’à un moment donné, avec le confinement, ils avaient besoin de s’aérer l’esprit, déclare Simon Boivin, porte-parole de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). Les destinations plein air sont devenues une échappatoire, une soupape, pour évacuer ce que le confinement nous imposait. »

La fréquentation a carrément été historique dans les parcs gérés par la SEPAQ, soit une augmentation de 14 % pour la période estivale. Les Québécois se sont rués sur la carte annuelle donnant accès à tous les parcs de la SEPAQ, offerte à moitié prix. Les 141 000 cartes offertes ont trouvé preneur en moins de 72 heures.

« Selon une étude que nous avons menée auprès des visiteurs, 15 % des détenteurs de cette carte n’avaient jamais fréquenté un parc national auparavant », note M. Boivin.

En outre, 87 % des détenteurs de la carte annuelle ont affirmé que leur visite dans un parc avait contribué à améliorer leur santé mentale.

Des dizaines de milliers de familles québécoises ont vécu des vacances presque normales et ont découvert les effets positifs du contact avec la nature.

Simon Boivin, de la SEPAQ

Cet afflux de visiteurs dans les parcs nationaux et régionaux a toutefois entraîné son lot de difficultés. « C’est devenu une occasion d’améliorer nos façons de faire et de mettre en place des pratiques qui vont rester, comme le système d’achat de droits d’accès en ligne, comment M. Boivin C’est un outil très utile pour gérer l’achalandage. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Du vélo et du camping en été, du ski de fond et de la raquette en hiver : de nombreux Québécois se sont réfugiés dans les activités de plein air pendant la pandémie.

Ce nouvel intérêt pour les activités de plein air a eu des impacts importants chez les détaillants : on a assisté à une pénurie d’équipement de plein air. Au printemps et à l’été, ce sont les vélos qui ont disparu des boutiques. Puis, il a été difficile de mettre la main sur des tentes ou des réchauds. Avec l’arrivée de l’hiver, ce sont les raquettes et les skis de fond qui ont commencé à se faire rares.

« Il y a eu une pénurie parce que oui, il y a eu une énorme demande, mais en plus, il y a eu des retards chez les manufacturiers, explique Emmanuelle Ouimet, présidente-directrice générale de La Cordée. Il y a eu des arrêts des usines, des retards de production, des délais dans l’envoi de conteneurs d’Asie ou d’Europe. »

Comme les autres détaillants, La Cordée a dû fermer temporairement ses boutiques en mars. Or, elle venait tout juste de se placer sous la protection de la loi sur la faillite. L’engouement pour le plein air l’a toutefois aidée à passer à travers. « Ça nous a donné le temps de refaire un plan d’affaires et de trouver un acquéreur, indique Mme Ouimet. Ça nous a également permis de faire des ventes extraordinaires au printemps dernier. Ça nous a donné beaucoup de jeu pour nous remettre sur pied. »

À la recherche de conseils

La fermeture des boutiques de plein air au printemps 2020, puis au début de l’hiver 2021, a eu d’autres conséquences. Bien des gens ont commandé de l’équipement en ligne sans avoir la chance de se faire conseiller par un vendeur. Comme il s’agissait souvent de débutants, ils ont dû se tourner du côté des médias sociaux pour poser des questions.

Les moniteurs de ski ont dû prendre leur mal en patience et attendre les allègements des restrictions pour pouvoir enfin donner des formations.

Dans le domaine de l’escalade, un sport technique qui peut devenir dangereux s’il est mal pratiqué, cette question a pris un aspect plus pressant, notamment au printemps dernier. Comme les centres d’escalade intérieurs étaient fermés, plusieurs néophytes se sont tournés vers l’escalade extérieure.

« Beaucoup de monde n’a pas eu la formation adéquate et il y a eu plus d’accidents », déplore Léopold Laliberté-Guy, propriétaire de l’école d’escalade La Liberté Nord-Sud. Heureusement, le déconfinement estival a permis à l’école de rouvrir ses portes et d’offrir des formations. « Nos groupes étaient pleins », se réjouit-il.

Le nouveau confinement de l’hiver 2020-2021 a interrompu les formations d’escalade de glace, mais celles-ci ont pu reprendre au cours des dernières semaines, dans le respect des restrictions encore en place. « Honnêtement, ça n’a pas été une mauvaise année : on n’a pas eu trop de demandes de remboursement [les clients ont accepté de reporter leurs formations] et nous avons bénéficié des programmes d’aide, comme le Fonds d’urgence des entreprises canadiennes. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

L'été dernier, ce sont le camping, la randonnée et les sports nautiques qui ont eu la cote. Ici, les familles Lebeau et Michaud s’apprêtent à retouner sur l’eau au lac Wapizagonke, dans le parc de la Mauricie.

L’engouement pour le plein air devrait se poursuivre en 2021. « À l’ouverture des réservations pour le camping pour la saison estivale, nous avons eu le double de réservations par rapport à l’année précédente », commente Simon Boivin, de la SEPAQ. S’il reste des disponibilités, il faut oublier les longues fins de semaine et celles de la construction.

De son côté, la patronne de La Cordée, Emmanuelle Ouimet, craint encore certaines pénuries pour l’été prochain, notamment en ce qui concerne les vélos, « Il ne faudra pas attendre pour acheter ce qu’on recherche », conseille-t-elle.

Suggestion de vidéo : l’hiver sous terre

Cette superbe vidéo de la cinéaste québécoise Nathalie Lasselin nous amène au Trou du diable, à Saint-Casimir, en hiver.

> Voyez la vidéo au complet

Chiffre de la semaine : 290 kilomètres

C’est la longueur de la très belle rivière Magpie, que le Conseil des Innus d’Ekuanitshit et la MRC de Minganie cherchent à protéger contre des projets de barrages hydroélectriques.