Forcés de remettre à plus tard leurs aventures à l’étranger et à demeurer au Québec, bien des amateurs de plein air ont fait de belles découvertes l’été dernier. Les zones d’exploitation contrôlée (zecs), par exemple. De plus en plus de zecs vont au-delà des traditionnelles activités de chasse et pêche et offrent maintenant des activités de plein air comme la randonnée pédestre et le canot-camping.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Le réseau des zecs est un secret encore bien gardé », déclare Benjamin Lavallée, conseiller aux communications-partenariat et développement à la Fédération québécoise des gestionnaires de zecs. « Il y a un énorme tournant qu’on ressent en ce qui concerne le plein air. »

Plusieurs zecs ont fait le pari de la diversification.

« Les zecs n’ont pas le choix de s’adapter, explique M. Lavallée. On a conscience de ça parce que la chasse et la pêche sont un peu en déclin. Il y a une nouvelle clientèle aujourd’hui qui ne viendra pas uniquement chasser ou pêcher mais qui veut être polyvalente : une journée de pêche, une journée de randonnée, une journée de fatbike, puis une autre journée de pêche. »

Les 63 zones d’exploitation contrôlée ont pris naissance avec ce que M. Lavallée appelle le « déclubage ».

Avant l’époque de René Lévesque, la majorité des beaux territoires québécois appartenaient à des clubs privés, qui étaient souvent des clubs américains. René Lévesque est arrivé au pouvoir et a décidé de décluber tout ça pour donner aux Québécois un accès aux territoires québécois. Les zecs font partie de ce déclubage.

Benjamin Lavallée

Il affirme que la gestion des zecs est unique : on a confié la gestion de ces terres publiques à des organismes à but non lucratif.

« Tous les profits sont remis pour la conservation et l’accessibilité du territoire public. C’est un gros projet démocratique. »

Des gens du milieu peuvent ainsi s’impliquer en se faisant élire au conseil d’administration. Dans plusieurs régions, la zec est un moteur économique important. On parle de chasse et de pêche mais aussi d’exploitation forestière et d’acériculture.

« C’est un projet partagé par beaucoup d’intervenants mais ça reste de beaux joyaux partout au Québec », affirme M. Lavallée.

PHOTO FOURNIE PAR RÉSEAU ZEC

Des zecs mettent sur pied d’intéressants circuits de canot-camping.

On y retrouve plus de liberté que dans les parcs gérés par la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), c’est moins coûteux qu’une pourvoirie, mais on n’y retrouve pas le même niveau de services. En gros, il faut être autonome.

« Quelqu’un qui veut un service d’accompagnement, un kit tout inclus, va peut-être moins trouver son compte dans le réseau des zecs. Par contre, il pourra au moins louer un chalet et être informé à l’accueil. »

L’hébergement se développe

L’hébergement fait justement partie de la diversification qu’ont amorcée plusieurs zecs.

« On parle de yourtes, de tipis, de chalets, de refuges, indique M. Lavallée. On a ajouté à ça des activités comme le canot-camping, le vélo de montagne, la randonnée. Mais toutes les zecs ne sont pas au même niveau : il y a des zecs un peu plus proactives dans le développement d’activités comme ça. »

Il mentionne notamment la zec des Passes, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui travaille notamment sur des circuits de canot-camping, et la zec Lavigne, dans Lanaudière, qui offre de très beaux sentiers de randonnée pédestre.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le mont Gosford, une des plus hautes montagnes du sud du Québec située dans la zec Louise-Gosford, attire de plus en plus de randonneurs, comme Anne, Béatrice et Filou.

La zec Louise-Gosford, en Estrie, a fait œuvre de pionnier. Cela fait une quinzaine d’années qu’on y trouve un bon réseau de sentiers de randonnée.

« Les premières années, c’était moins exploité mais maintenant, c’est de plus en plus populaire, déclare Steeve Edwards, président du conseil d’administration de la zec. Ce sont Les Sentiers frontaliers qui sont sur notre territoire et qui entretiennent les sentiers. Ils font un bel ouvrage. »

Le mont Gosford, une des montagnes les plus hautes du sud du Québec, est de plus en plus prisé. Les amateurs de plein air peuvent également faire du camping sauvage à la zec Louise-Gosford. En hiver, c’est la raquette qui est à l’honneur.

De son côté, cela fait quatre ans que la zec des Martres, dans Charlevoix, aménage des sentiers de randonnée pédestre et développe des circuits de canot-camping. Elle vient également d’aménager 12 kilomètres de sentiers de vélo de montagne, une distance qu’elle doublera l’année prochaine. Elle commence aussi à mettre en place un nouveau type d’hébergement, des dômes avec un toit transparent.

« Les gens vont avoir accès à des nuits de Perséides, à des nuits de belles étoiles », s’enthousiasme le président du conseil d’administration de la zec des Martres, Harold Castonguay.

La zec, qui a toujours fermé pour la saison hivernale, travaille sur des projets de randonnée en raquettes, de ski de fond et de vélo à pneus surdimensionnés pour la saison 2021-2022.

D’abord le plein air

La chasse et la pêche demeurent des activités importantes pour la zec des Martres mais il a quand même fallu qu’elle s’adapte à une nouvelle réalité.

« Les goûts ont changé, affirme M. Castonguay. La nouvelle génération n’est plus aussi axée sur la chasse et la pêche : elle aime plus le plein air, la randonnée, les soirées autour d’un feu de camp sur le bord du lac. »

PHOTO FOURNIE PAR RÉSEAU ZEC

Une piste d’hébertisme attend les amateurs de plein air dans certaines zecs.

Au cours de l’été, les Québécois ont afflué dans leurs parcs nationaux. Très souvent, les autorités du parc des Grands-Jardins ont dû refuser des visiteurs parce qu’il y avait déjà trop de gens dans les sentiers. Elles les ont alors dirigés vers la zec des Martres, tout près.

« Nous avons une bonne relation avec les gens de la SEPAQ, ça nous a beaucoup aidés, commente Harold Castonguay. Ça a fait découvrir les zecs à un paquet de monde qui ne savait même pas ce qu’était une zec. Chez nous, le nombre de visiteurs a carrément triplé. »

Évidemment, avec la deuxième vague de la pandémie, les déplacements entre les régions ne sont pas recommandés. Il faudra attendre un peu avant d’aller visiter des zecs d’autres régions. En outre, pendant la saison de la chasse, les zones d’exploitation contrôlée ne représentent pas nécessairement le meilleur endroit où aller se balader. Notamment pendant la période de la chasse à l’orignal.

« On ne voudrait pas que les chasseurs vous prennent pour un orignal, lance M. Lavallée. Mais c’est aussi pour éviter les conflits. »

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