À première vue, l’idée de déconfiner les grottes et de permettre la spéléologie peut sembler un peu intrigante. Et puis, les grottes, c’est plein de chauves-souris, non ? Non, pas vraiment. En outre, nos sympathiques chauves-souris québécoises ne jouent aucun rôle dans la propagation de la COVID-19. Au contraire, il faut les protéger contre ce virus.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

« Les populations de chauves-souris sont déjà très fragilisées en raison du syndrome du museau blanc [une infection fongique meurtrière], elles sont presque en voie de disparition », rappelle Daniel Caron, vice-président du conseil d’administration de SpéléoQuébec.

Le virus responsable de la COVID-19 serait d’origine animale. Il ressemble à des virus présents chez les pangolins et les chauves-souris rhinolophes, mais on ne retrouve pas ces petits mammifères à écailles et ce type de chauves-souris en Amérique du Nord.

« On parle toujours de la transmission de l’animal à l’humain, mais dans ce cas-ci, on considère la question dans le sens inverse, poursuit M. Caron. On ne veut surtout pas introduire le virus chez les chauves-souris du Québec. »

Même si le coronavirus responsable de la COVID-19 ne semble pas entraîner la mort des chauves-souris, il ne contribuerait certainement pas à leur santé. En outre, cela pourrait créer un nouveau foyer de propagation du virus.

À la demande du ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, SpéléoQuébec a donc recommandé aux adeptes de spéléologie d’éviter les grottes fréquentées par les chauves-souris.

Ce ne sera pas bien difficile, parce qu’en fait, on retrouve peu de populations significatives de chauves-souris dans les grottes québécoises, affirme M. Caron.

PHOTO FOURNIE PAR LE U.S. FISH AND WILDLIFE SERVICE

Une chauve-souris atteinte du syndrome du museau blanc

« Au Québec, ce sont les mines abandonnées qui sont des sites importants d’hibernation des chauves-souris », précise-t-il.

En dehors de la période d’hibernation, soit pendant les saisons préférées des spéléologues, les chauves-souris se retrouvent principalement dans les bois, ou encore elles se réfugient dans les toitures de granges ou de chalets.

« Au printemps, c’est le moment où elles se mettent à la chaleur pour avoir leurs petits. »

Se distancer sous terre

La COVID-19 a d’autres implications pour les spéléologues.

« Il y a des contraintes à la pratique qu’on ne retrouve peut-être pas pour les autres activités de plein air à l’extérieur, indique M. Caron. Par définition, une grotte, c’est déjà une forme de milieu confiné. »

La première règle, c’est donc de choisir des grottes bien ventilées.

« Il y a des grottes où il y a plusieurs entrées, des grottes où il y a des volumes importants et des échanges d’air intérieur/extérieur relativement significatifs. Pour celles-là, il n’y a pas plus de problèmes que dans le milieu extérieur. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Exploration de la caverne de Boischatel, près de Québec

Il donne l’exemple de la grotte de Lusk, dans le parc de la Gatineau : dans le couloir principal, on trouve des puits vers l’extérieur et plusieurs entrées.

« Mais on n’irait pas dans les petits boyaux latéraux parce que ce sont des culs-de-sac, mal ventilés. On fait appel au jugement des pratiquants. »

Comme pour les activités extérieures, il faudra suivre les règles de distanciation. Encore là, certaines grottes se prêteront mieux que d’autres à la pratique en temps de pandémie.

SpéléoQuébec demande également aux spéléologues d’éviter les explorations difficiles.

« Il ne faut pas aller dans des grottes où il y a de grandes difficultés techniques, où les gens s’exposeraient inutilement, où un accident entraînerait une opération de sauvetage », souligne M. Caron.

On dit aux gens : c’est le fun, c’est votre loisir, on veut que vous le pratiquiez, mais pensez aux autres aussi. Allez-y mollo.

Daniel Caron, vice-président du C.A. de SpéléoQuébec

M. Caron note que les fédérations de spéléologie en France et en Belgique ont mis en place des recommandations semblables. La grande différence réside dans la mesure de la distanciation : on parle de 1 mètre pour la France et de 1,5 mètre pour la Belgique.

Au Québec, la Santé publique a d’abord autorisé la pratique libre de la spéléologie puis, jeudi dernier, les activités encadrées. Toutefois, les gestionnaires de telles activités n’ont pas encore décidé s’ils allaient les offrir cette année.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Un spéléologue explore la grotte de Saint-Léonard.

Par exemple, les règles de distanciation physique feraient en sorte qu’on ne pourrait visiter que la première salle de la grotte de Saint-Léonard. Pour aller plus loin, il faudrait emprunter un petit puits, ce qui serait problématique.

« Est-ce que ça en vaut la peine ? s’interroge M. Caron. C’est ça, la question. »

On est également en réflexion au Trou du Diable, à Saint-Casimir, dans Portneuf. Au Spéos de la fée, à La Rédemption, en Gaspésie, on est optimiste.

« Ils ont fait une évaluation au sujet de leur capacité à respecter la distanciation et ils s’alignent sur une ouverture lorsque les autorités permettront les activités encadrées », se réjouit M. Caron.

> Consultez un site de référence sur les chauves-souris du Québec et la COVID-19