L'échange: voilà une chose que bien des voyageurs recherchent au cours de leurs déplacements, qu'il soit humain, culturel ou linguistique. Nadia Bertrand et Sébastien Dubois, eux, vont (littéralement) plus loin en pratiquant toutes sortes de trocs le long de leur route, échangeant leurs talents artistiques contre gîte, couvert... et vélos. Tel a été leur mode de vie pendant quatre ans sur les routes du monde. Entrevue en tandem.

Publié le 31 janv. 2019
SYLVAIN SARRAZIN LA PRESSE

Sébastien: «Quand j'ai rencontré Nadia, elle m'a suggéré de quitter mon emploi de portier-chasseur dans un hôtel de Québec. Elle m'a dit: "T'es pas heureux là-dedans, tu n'aimes pas ça." Alors j'ai laissé mon travail, vendu ma voiture, mis quelques effets personnels en entreposage et on est partis ensemble sur notre tandem, direction la Floride, jusqu'à Key West.

«On avait un budget très limité et, rendus à New York, on avait les poches complètement vides. J'ai un peu paniqué! Mais Nadia avait beaucoup voyagé en faisant du troc et on s'est retrouvés sur Times Square, à faire des échanges d'oeuvres d'art avec des commerçants. Jusqu'en Floride, on n'a presque pas dépensé un sou!

«À Perry, petite ville du nord-ouest de l'État, un restaurant italien nous a commandé une murale en échange de l'hébergement et de la nourriture. La Ville nous a ensuite approchés pour peindre l'hôtel de ville, le poste de police, puis des entreprises pour leurs enseignes. Ça affluait, et finalement, on est restés là six mois.

«Comme je suis organiste, je donnais des concerts, toujours sous forme d'échange, contre des contributions volontaires. En Malaisie, un hôtel quatre étoiles où on trouvait un piano dans le hall nous a logés et nourris pendant un mois contre mes services de musicien.

«On a ensuite renfloué nos coffres en peignant une murale dans un café à Singapour, puis on a fait des circuits à vélo en Australie et en Nouvelle-Zélande, toujours en faisant des échanges.»

«On a réussi à voyager ainsi durant tout notre périple, même pour l'achat ou la location de vélos!»

«En Europe, on a pédalé au moins 8000 km à travers l'Angleterre, la France, l'Espagne, le Portugal, les Alpes et l'Italie, et on a passé l'hiver en Sicile, avant de regagner Halifax et de rentrer à vélo jusqu'à La Malbaie.»

Nadia: «Je suis artiste peintre et ça faisait plusieurs années que je voyageais comme ça, en me promenant avec mes pinceaux et ma peinture pour faire du troc avec mes oeuvres d'art. Quand j'ai rencontré Sébastien dans une auberge de La Malbaie, je l'ai vu jouer du piano et j'ai trouvé qu'il avait du talent. C'est l'art, le plein air et la découverte qui nous ont réunis et qu'on partage.

«En voyageant comme ça, on a réalisé qu'il y avait des personnes merveilleuses partout dans le monde, même si ce n'est pas toujours évident à cause de la langue. On a passé 10 jours au Japon, à Tokyo, pour voir les cerisiers en fleurs, mais ç'a été plus compliqué en ce qui concerne le troc. On était un peu déstabilisés, peu de gens parlaient anglais ou français. En fait, on n'a même pas essayé! L'accès aux orgues à tuyaux pour les concerts de Sébastien était aussi plus difficile. C'est sûr qu'on ne peut pas voyager avec un orgue, encore moins à vélo ! Mais on s'est dit : "Ah, en Europe, il y a plein d'orgues, allons-y!"

«On a vraiment fait toutes sortes de trocs. En France, on a ramassé des châtaignes et des noix sur le chemin de Compostelle et on les échangeait dans des boulangeries. En Nouvelle-Zélande, on a obtenu la location d'un tandem pour deux mois en échange d'une peinture... mais, surprise, c'était une voiture qu'il fallait repeindre au pinceau!

«En Géorgie, un homme dont le fils était autiste nous a contactés pour acheter notre tandem. Nous le lui avons vendu et le petit garçon, qui ne communiquait presque pas, était complètement calme et joyeux quand il montait sur le vélo. On est restés en contact avec eux. Ils ont acheté un nouveau tandem et sont prêts à nous redonner l'ancien.

«Il y a vraiment du beau monde. Mais on a aussi été conscientisés sur beaucoup de choses, comme le piètre état de notre planète.»

Photo fournie par Sébastien Dubois et Nadia Bertrand

L'une des murales réalisées par le couple à Perry, en Floride. Elle a dû être peinte de nuit, sous la lumière de projecteurs, pour échapper à la canicule.