Au fil de leurs recherches, Roxanne Arsenault et Caroline Dubuc ont rapidement découvert qu'elles étaient loin d'être les seules à nourrir une passion pour le patrimoine kitsch. C'est pourquoi elles ont eu l'idée de créer une carte interactive afin de permettre un recensement de tous ces endroits sur le territoire québécois.

MARIO GIRARD LA PRESSE

«On connaît quelques lieux au Québec, mais on a voulu créer cette carte pour permettre aux gens de nous dire ce qu'on retrouve dans leur milieu, explique Caroline Dubuc. On veut aussi inscrire les lieux qui ont déjà existé ou qui ont subi des transformations*. Idéalement, on voudrait tous les recenser.»

Mise en ligne au début de l'année avec une petite poignée d'exemples, la carte Patrimoine Kitsch Québec s'est rapidement retrouvée avec plusieurs dizaines de lieux suggérés par des citoyens. «On y retrouve plusieurs exemples d'architecture mimétique [lieux qui épousent une forme connue]. Il y a aussi des exemples polynésiens, suisses, etc.», dit Caroline Dubuc.

Les créatrices espèrent que cette carte fera découvrir aux néophytes la valeur et l'intérêt du patrimoine kitsch.

«Juste accoler le mot patrimoine à kitsch change la perception des gens. La chose que tu trouvais ridicule ou laide, tout à coup, tu la vois autrement», explique Roxanne Arsenault.

Le succès que remporte la carte jusqu'à maintenant démontre bien que beaucoup de gens s'intéressent au phénomène du kitsch. «Au début, le site crashait souvent, dit Roxanne Arsenault. On recevait jusqu'à 3000 visites par jour. Les gens inscrivent sans cesse des lieux. C'est fascinant!»

Depuis le lancement de leur carte, Roxanne Arsenault et Caroline Dubuc entendent régulièrement dire que des gens veulent l'utiliser pour organiser un road trip. «Quand on regarde la carte, on se rend compte que les routes plus anciennes sont celles qui sont les plus riches en patrimoine kitsch. Je pense à la 132, ou à la 155 qui monte vers La Tuque.»

* Les marqueurs blancs sur la carte indiquent les lieux qui existent toujours. Les marqueurs noirs se rapportent aux lieux qui n'existent plus.

Le top 3 du patrimoine kitsch du Québec

Alpenhaus (Montréal)

«Quand tu entres dans ce restaurant, tu es tout de suite imprégné de l'ambiance des chalets suisses, dit Roxanne Arsenault. Tout est en crépi blanc avec de grosses poutres en bois. Il y a bien sûr un foyer. L'un des attraits de ce restaurant est la présence du bar qui se trouvait dans le pavillon suisse d'Expo 67.»

1279, rue Saint-Marc, Montréal

Photo tirée du site du restaurant

Le bar du restaurant Alpenhaus, à Montréal

Hôtel-Motel Coconut (Trois-Rivières)

«Il faut absolument y aller pour voir le style polynésien de son bar et de la partie du motel, dit Caroline Dubuc. Ses chambres ont toutefois été refaites. Dans le Tiki Road Trip: A Guide to Tiki Culture in North America, l'endroit est très bien coté. Des gens de partout au monde viennent le visiter.»

7531, rue Notre-Dame Ouest, Trois-Rivières

Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse

L'Hôtel-Motel Coconot à Trois-Rivières

Architecture mimétique

«Cette architecture imite une forme connue, dit Caroline Dubuc. Dans le Grand Montréal, nous avons l'Orange Julep, mais il y a aussi le restaurant Chez Dan, à Saint-Jean-sur-Richelieu [autrefois Saint-Luc]. Ce casse-croûte a aussi la forme d'une orange.»

Photo Robert Skinner, Archives La Presse

Le mythique Orange Julep, à Montréal