L'été, le mercure dépasse souvent 30 °C, même dans le parc national d'Aiguebelle, en plein coeur de l'Abitibi, région pourtant considérée comme nordique pour bien des Québécois. Une saison idéale, donc, pour en découvrir les nombreuses beautés.

Publié le 15 août 2012
Simon Diotte LA PRESSE

À la mi-juin, il faisait si chaud que les mouches, exténuées par la chaleur, refusaient de sortir de leur tanière! Elles nous laissent donc seuls avec notre rabaska pour explorer cette merveille géologique qu'est le lac La Haie, un plan d'eau encaissé par d'immenses falaises et résultant d'une faille dans la croûte terrestre, en plein coeur du parc national d'Aiguebelle.

Bizarrement, quand on embarque dans notre immense canot - il peut accueillir jusqu'à 12 pagayeurs - afin de participer à l'activité de découverte «L'Odysée en rabaska», un vent à dépanacher les orignaux se lève. Sur le lac La Haie, un effet de corridor se produit. Le vent qui s'y engouffre gagne en puissance. Pour arpenter le lac vers le nord, pas de problème, les rafales nous pousseront dans le dos. Mais pour le retour, on craint déjà le pire.

«Une fois à l'autre bout du lac, je pourrais appeler un garde-parc afin qu'il vienne nous chercher avec son bateau à moteur», précise Marie-Claude Provost, responsable de la conservation de ce territoire, qui se charge également de diriger l'embarcation et de raconter la longue histoire de ce plan d'eau. Les quelques pagayeurs que nous sommes s'en trouvent rassurés. Même si cette promesse ne se concrétisera jamais...

C'est qu'au fil de l'eau, les efforts déployés pour faire avancer le rabaska sont vite récompensés par la beauté des paysages. Le lac La Haie trône sans aucun doute dans la courte liste des plus beaux lacs du Québec, avec ses escarpements vertigineux, ses cônes d'éboulis (traces de l'érosion au pied des falaises) et sa passerelle suspendue, de 70 m de longueur, qui survole ses eaux. Les douleurs musculaires prennent rapidement le bord!

Un plan d'eau pas comme les autres

Pendant l'excursion, Marie-Claude raconte l'histoire de ce plan d'eau pas comme les autres. Ses arbres nains, mais centenaires, ses poissons à la génétique singulière, le couple de faucons pèlerins - une espèce menacée - qui y niche (il faut garder le silence lorsqu'on s'en approche pour ne pas le déranger pendant la phase de nidification), et la présence, visible, de coussins volcaniques, preuves d'une ancienne activité volcanique sous-marine.

L'aviron nous mène jusqu'à la rivière à l'Ours, à l'autre bout du lac, où l'on accoste pour faire une excursion à pied dans le sentier L'aventurier, qui monte pour nous permettre de marcher sur les escarpements rocheux dominant ce lac de faille. On frôle les précipices, on se gave de la vue sur les collines Abijévis (les plus hauts sommets de l'Abitibi), tout en marchant à travers une végétation riche en fleurs sauvages. Kalmia, thé du Labrador et rhododendrons tapissent le sol.

Cette activité guidée constitue une belle entrée en matière pour découvrir ce parc national, un territoire protégé méconnu des Québécois, qui renferme pourtant un concentré des plus beaux paysages de l'Abibiti, au dire des Abitibiens eux-mêmes. Son exploration mérite amplement les 600 km de route à partir de Montréal. Vrai, les randonneurs n'y trouvent pas de sommets grandioses à conquérir - la plus haute montagne, le mont Dominant, atteint 570 m d'altitude -, mais ils vont à la rencontre de phénomènes géologiques complexes, qui sont le fruit de 2,7 milliards d'années d'histoire. Ici, impossible de ne pas s'incliner devant les forces de la nature.

Il y a bien sûr La traverse, un sentier qui nous mène à la passerelle suspendue à 22 m au-dessus du lac La Haie; le sentier bien nommé Les paysages, qui recèle de magnifiques panoramas sur le lac Sault, autre lac de faille, tout en nous menant vers un impressionnant escalier hélicoïdal de 62 marches.

Il y aussi L'élan, courte balade panoramique avec vue sur des lacs¿E à orignaux; La tour du garde-feu, où l'on invite les braves à monter dans une échelle pour accéder au point de vue des anciens garde-feu, ou encore Les marmites, sentier autoguidé où on explique les phénomènes géomorphologiques facilement observables. Pour les activités nautiques, deux mondes s'offrent aux visiteurs: canotage sur les lacs La Haie et Sault, des lacs de faille, ou kayak sur le lac Loïs, un plan d'eau tout en immensité, aux îles disséminées et aux contours alambiqués, typique de la plaine argileuse de l'Abitibi. Pour prolonger le plaisir, on peut camper sur ses rives et y taquiner le grand brochet du Nord.

Quelques jours là-bas, en camping, en chalet ou en camp rustique, et c'est le coup de foudre assuré.