Les caméras du monde entier se sont braquées sur le désert de l'Atacama l'automne dernier quand 33 mineurs sont restés coincés au fond d'une mine, avant d'être miraculeusement secourus. Hostile, paisible et hypnotisant à la fois, cet étrange coin du globe a pourtant bien d'autres raisons d'attirer l'attention.

Violaine Ballivy LA PRESSE

Minuit, dans le désert de l'Atacama. L'air est vif. Glacial, sans bruit ni signe de vie. Ce pourrait être il y a 10 ans, 100 ans, 1000 ans. Sur la Terre ou sur la Lune. On est, ici, dans un autre monde.

À minuit dans le désert de l'Atacama, une seule chose importe : lever les yeux au ciel pour admirer le plus époustouflant des spectacles possibles. La soirée est encore jeune: 300 étoiles sont déjà visibles à l'oeil nu, mais elles se multiplient à vitesse grand V; 400, 500, hop, une étoile filante. Puis une autre et une autre encore... Avec un minimum de chance, c'est-à-dire si la lune n'est pas pleine, on en distinguera bientôt 3000 sans même l'aide d'un télescope.

Il n'y a pas à redire, le désert de l'Atacama est sans aucun doute le paradis terrestre des chasseurs d'étoiles et ce n'est pas qu'un simple constat de journaliste, plutôt de toute une communauté scientifique.

Les astronomes du monde entier viennent planter leurs pieds dans le sol aride de l'altiplano pour en scruter le ciel toujours étoilé. La pollution lumineuse n'existe pas, ici : il n'y a pas de métropole aux alentours, ni même de ville digne de ce nom pour troubler la noirceur. L'air est d'une pureté quasi irréprochable, ne connaissant pas le smog et si peu les nuages : c'est à peine s'il tombe 70 mm de pluie par année dans la région, la plus aride de la planète.

Les plus grands télescopes du monde y ont été construits: le Tololo en 1963, La Silla en 1966, Las Campanas en 1971 et, en 1999, le VLT (Very Large Telescope) qui a réussi à capter l'an dernier l'objet le plus ancien et le plus éloigné jamais observé dans l'univers ! Mieux : le désert chilien a été choisi en 2010 pour accueillir E-ELT, futur télescope géant appelé à révolutionner l'astronomie avec son miroir d'un diamètre sans précédent de 42 mètres, dont on peut voir, déjà, les premiers jalons sur les contreforts de la cordillère des Andes.

Sur la Lune

Si près des étoiles, on se sent aussi très, très loin de la planète Terre. Le désert de l'Atacama a si peu en commun avec le reste de la planète, même ses régions les plus désertiques : coincé entre la cordillère des Andes (6700 m) et la cordillère de la Sal (2700 m), lui-même perché à 2300 m d'altitude, il n'a rien pour attirer la vie. Trop chaud le jour, trop froid la nuit, chargé de lithium, de soufre, de cuivre et de sel, il est rose, mauve, jaune et orangé : ses mines ont fait la richesse du Chili, mais il reste avant tout un bel empoisonneur.

Très vite, et sans faire preuve de beaucoup d'originalité, les premiers explorateurs en surnommeront l'une de ses vallées aujourd'hui les plus célèbres « la vallée de la Lune «: son dédale de grottes et de formations rocheuses escarpées rend la comparaison évidente. On est ici dans la cordillère de Sel : il suffirait de quelques jours de pluie pour nettoyer la couche de sable recouvrant la vallée et dévoiler les immenses cristaux de sel transparent qui la composent. Mais de l'eau, il n'y en a justement pas.

La seule activité susceptible d'attirer les hommes dans la vallée de la Lune s'est longtemps limitée à la présence d'une petite mine de sel, mais elle a fermé il y a plus de 20 ans et seuls les craquements des formations rocheuses, sous l'effet de la chaleur, viennent aujourd'hui en troubler le silence sidéral. Pas la peine de préciser qu'on n'y rencontrera aucune plante, aucun insecte, aucun animal, si ce n'est qu'une chauve-souris venue s'y reposer dans une caverne ou quelques touristes tôt le matin.

Monotonie

Hostile, l'Atacama l'est sans doute plus que tout. Mais monotone ? Ça non.

Dans ce territoire d'extrêmes, chaque vallée, chaque montagne, chaque route mènent à de nouvelles formations géologiques uniques en leur genre.

Après avoir parcouru la vallée de la Lune, il faut filer vers la vallée de la Mort et ses dunes géantes que s'amusent à dévaler les sportifs sur leur planche à neige. Puis, on rejoindra à bicyclette les lagunas Cejas, série de petits étangs d'eau turquoise si saturés de sel que les nageurs y flottent sans difficulté, un peu comme dans la mer Morte.

Sur le chemin, quelques buissons épineux et touffes d'herbes rachitiques montrent qu'il y a bel et bien, à l'occasion, un peu de pluie susceptible d'alimenter de maigres cours d'eau souterrains, à peine suffisants pour assurer la survie des lamas, des alpagas et autres animaux hors du commun comme les vizcachas (petits rongeurs à mi-chemin entre le lapin, l'écureuil et le kangourou) et les vigognes (petits frères des lamas).

Le temple du soleil

Au pays de la lune et des étoiles, l'astre le plus brillant de notre galaxie n'est pas en reste : c'est le soleil qui fait la loi, ici. Un soleil omniprésent, hypnotisant, brûlant, potentiellement meurtrier. Un soleil charmeur, aussi. Les touristes sont prêts à parcourir des kilomètres pour admirer son coucher au-dessus du désert de sel de l'Atacama, troisième du monde parmi les plus grands recensés.

C'est que le soleil fait des merveilles, en fin de journée, lorsqu'il descend tranquillement vers l'horizon, transformant petit à petit des kilomètres de flocons de sel en autant de paillettes d'or. Au loin, une douzaine de sommets découpent l'horizon d'un bleu minéral. Le cône parfait du volcan du Licancabur (5900 m) semble sorti tout droit d'un livre de contes pour enfants. La noirceur tombe. Le marchand de sable passe. Le marchand d'étoiles s'en vient. Dans le désert de l'Atacama, la magie ne prend jamais de repos.