(Gualeguaychu) Ils étaient partis pour 6 mois, le voyage d’une vie, ils reviennent 22 ans plus tard, après une vie de voyage, quatre enfants nés en route : une famille argentine boucle dimanche à Buenos Aires un périple rare et un peu fou, avec la conviction ancrée que « l’humanité est merveilleuse ».

Publié le 14 mars
Liliana SAMUEL Agence France-Presse

À Gualeguaychu au nord-ouest de Buenos Aires, une des dernières étapes à quelques heures et 230 km de la fin du voyage, Herman Zapp se demande s’il doit se dire « mon rêve est fini » ou « j’ai réalisé mon rêve ». Peu importe au bout du compte. « Tout était plus beau qu’on l’avait imaginé.»

Au commencement était un couple de personnes de 29 et 31 ans, gagnant bien leur vie, une maison en banlieue de Buenos Aires, des envies de parentalité. Mais juste avant, il y avait ce vieux rêve à deux : un trip routard de six mois, de l'Argentine en Alaska, avec 4000 $ en poche. Et puis…

Et puis quelqu’un leur proposa cette vieille voiture de collection fatiguée en vente, un improbable moyen de locomotion : une Graham-Paige 1928, jantes en bois, « qui ne démarrait même pas », mais dont ils tombèrent amoureux. Le voyage se ferait donc en antiquité.

Ah, la Graham-Paige… Presque autant que les Zapp — « Family driving around the world », comme le proclame un autocollant sur le véhicule —, c’est elle la vedette du voyage des 102 pays traversés, 362 000 km parcourus. Même si elle ne roulait que quelques heures par étape, et pas tous les jours, par égard pour son grand âge.

La voiture qui ouvre portes et sourires

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Herman Zapp et sa femme Candelaria en 2002

« Elle n’a pas les meilleurs sièges, pas les meilleurs amortisseurs, et pas de clim. C’est une voiture qui t’oblige à être en alerte […] Mais elle a été merveilleuse », résume Herman à l’AFP. Une « machine à ouvrir les portes », les sourires, les coups de main.

Elle a changé, bien sûr, depuis les premiers kilomètres — elle n’en fit que 50 le premier jour, le 25 janvier 2000, avant la première panne… Il fallut se mettre à la mécanique, voire au gros d’œuvre : agrandir la voiture, lui « rajouter » 40 cm, à mesure que la famille s’agrandissait. Pampa, aujourd’hui 19 ans, né aux États-Unis, Tehue (16 ans) lors d’un retour en Argentine, Paloma (14 ans) au Canada, et Wallaby (12 ans) en Australie. Sans oublier Timon le chien et Hakuna la chatte.

Souvent, la voiture a été « résidence principale », avec les enfants dormant dans une tente sur le toit, les parents à l’intérieur, le tout entouré d’une vaste bâche pour l’intimité. « La maison est petite, mais le jardin est immense, avec des plages, des montagnes, des lacs. Et s’il ne te plaît pas, tu peux changer ! », plaisante Herman.

Mais à vrai dire, les Zapp ont surtout dormi chez l’habitant, invités dans plus de 2000 foyers dans le monde entier, estiment-ils.

« On n’aurait jamais imaginé que les gens puissent être si beaux dans le monde. Cette humanité dans laquelle nous vivons est incroyable », n’en revient toujours pas Candelaria, 51 ans. Un repas, un logis, un dépannage gratuit… « Beaucoup nous ont aidés parce qu’ils voulaient faire partie d’un rêve.»

La découverte, c’est les gens

PHOTO JUAN MABROMATA, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Elle n’a pas les meilleurs sièges, pas les meilleurs amortisseurs, et pas de clim. C’est une voiture qui t’oblige à être en alerte […] Mais elle a été merveilleuse », résume Herman à l’AFP. Une « machine à ouvrir les portes », les sourires, les coups de main.

Bien sûr, tout n’a pas été rose. Déviés plusieurs fois par un conflit, une crise, ils ont vécu l’Asie avec la grippe aviaire, l’Afrique pendant Ebola, l’Amérique centrale avec la dengue, Herman a attrapé le paludisme…

Tous les trois ans, ils s’autorisaient un séjour de deux-trois mois en Argentine pour revoir la famille. Puis repartaient, attirés en réalité par autre chose que les paysages, de la Namibie à l’Everest, de l’Égypte au Pérou : « Ce que nous avons découvert, ce sont les gens.»

Difficile d’envisager l’avenir, après deux décennies si pleines, qui remplirent trois livres — Attrape ton rêve, vendus à 100 000 exemplaires — qui ont en partie financé l’aventure.

Herman parle de « milliers d’options », évoque un tour du monde à la voile. Les jeunes enfants ne sont guère enthousiastes à l’idée d’un collège en présentiel, après des années d’enseignement par correspondance, ou par leur mère. Mais avec des cours de géographie inégalables.

Un décalage est peut-être à prévoir, avec la sédentarisation dans un monde qui semble aller de crise en crise. Pour Herman, cela ne doit rien changer à la boussole. « On sort de la COVID-19, on entre dans une guerre énorme. Si on attend le moment adéquat, il y aura toujours une raison pour ne pas réaliser nos rêves.»