(Aéroport de Roissy) Défricher la « jungle de formalités » née de la pandémie : pour gagner du temps, Air France a commencé à valider en amont les documents sanitaires de ses clients, qui eux aussi espèrent ainsi perdre moins de temps à attendre dans les aéroports.

Tangi QUEMENER Agence France-Presse

« C’est pratique, il faut que ce soit fluide », approuve Yann Cottour, passager du vol AF762 vers Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), patientant dans le hall d’embarquement du terminal 2F de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, pendant que le personnel vérifie la conformité des documents d’autres voyageurs.

Pour lui, ce sera normalement bien plus rapide : comme environ un quart des passagers du gros porteur Boeing 777 ce mardi, M. Cottour, qui a transité par Brest, y a vu son certificat de test anti-COVID-19 validé par la compagnie et sa carte d’embarquement arbore « Ready to Fly » (prêt à voler).

Le programme du même nom, déployé par Air France cet été, vise à retrouver un peu de « fluidité » dans les parcours des passagers, bouleversés par les règles sanitaires en perpétuelle évolution et différentes selon les pays : « une vraie jungle de formalités », confirme Guy Zacklad, directeur du centre d’Air France à Roissy.

« On se rendait compte tous les jours qu’il y avait un certain nombre de clients qui n’avaient pas les bons documents et qui apprenaient au moment de l’embarquement qu’ils ne pouvaient pas partir, et c’était extraordinairement frustrant », témoigne-t-il.

Avec « Ready to Fly », qui reste optionnel, les clients reçoivent un courrier électronique avant le voyage pour leur rappeler de quels documents ils auront besoin, avec des liens de téléchargement. Une fois ces derniers remplis, ou les codes QR obtenus, ils peuvent les renvoyer via une page sécurisée, jusqu’à trois heures avant le vol.

« J’ai reçu un courriel un jour et demi avant, j’ai envoyé mon PCR et mon attestation pour entrer en Guadeloupe, c’était juste ça, c’était vraiment simple et rapide », confirme Olivier Comuce, qui part en famille vers les Antilles.

« Ready to Fly » ne donne en revanche pas accès à une file privilégiée.

Sérénité face au laissez-passer sanitaire

À l’autre bout du « tuyau » informatique, des employés d’Air France vérifient la conformité des documents, encore de façon relativement artisanale : les codes QR sont ainsi « flashés » sur l’écran d’un ordinateur via une tablette équipée de l’application « TousAntiCovid Verif », en attendant une meilleure intégration.

« Le document est bon, son dossier est bon, je l’accepte, le fait de confirmer génère un courriel au client et confirme qu’il est apte à partir », témoigne Sandra Delahoche, technicienne postée dans l’immense « centre du contrôle du centre », bâtiment d’Air France situé en face du 2F, de l’autre côté de la piste.

L’Association internationale du transport aérien (Iata) affirmait au printemps que la crise sanitaire avait provoqué un doublement du temps passé par les voyageurs dans les aéroports (enregistrement, sécurité, contrôle aux frontières, douane et récupération des bagages) entre 2019 et 2021, à 3 h en moyenne. Outre Air France, de nombreuses compagnies ont suivi son appel à la dématérialisation des formalités.

Validation a priori, pas de doubles contrôles, autant de temps épargné : « sur un Boeing 777 vers les Antilles on peut avoir jusqu’à 470 clients à bord, quand il faut faire le contrôle des documents papier ça nous prend une à deux minutes par client, et les embarquements deviennent tout de suite très, très longs », indique M. Zacklad.

Ce dernier se dit serein quant à l’obligation du laissez-passer sanitaire sur les liaisons intérieures françaises début août : « c’est juste une numérisation et ce sera quasiment instantané ».

Une évolution qu’approuve Vincent Dujardin, en transit depuis Lille avec son épouse Pascale, même s’ils n’ont pas réussi à transmettre leurs documents, tombant sur une page d’erreur. « À la base c’était une bonne idée, moins j’ai de papiers à sortir, mieux ça vaut », s’exclame-t-il.

Quelque 1200 dossiers « Ready to Fly » sont traités chaque jour, mais ces chiffres devraient bientôt gonfler, puisqu’après les Antilles, la Corse, le Mali et le Sénégal, le programme sera très bientôt disponible vers la Grèce, star du programme d’Air France cet été.

La compagnie souligne qu’elle respecte la réglementation européenne sur la protection des données (RGPD) et ne conserve aucun document sanitaire : « une fois que j’ai validé le dossier, tout est supprimé », confirme Mme Delahoche.