Accessible et offert en location à des prix abordables, le scooter peut s’avérer un formidable moyen de transport pour partir à la quête de trésors urbains méconnus, y compris à Montréal et dans ses environs. Cette semaine, la journaliste Silvia Galipeau roule à travers la ville en suivant l’itinéraire urbain et archi-diversifié préparé par son collègue Sylvain Sarrazin.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Non, mais quoi de mieux pour se sentir libre qu’une bécane, une journée ensoleillée et un parcours mystère ? Seule au monde, pour un simili tour du monde ? Après l’année qu’on vient tous de se taper, soyons francs, cette assignation ne pouvait pas mieux tomber. Une véritable thérapie pour oublier la pandémie. Et retrouver nos ailes.

Le trajet concocté par le collègue Sylvain commence sur le boulevard Saint-Laurent, qu’on se fait une joie de remonter doucement, en traversant ses quartiers colorés, et en savourant la renaissance de ses activités. Les terrasses bourgeonnent enfin, après de trop longs mois d’hibernation. Impossible de se retenir de sourire. Ça sent le retour à la vie à plein nez. Il était temps.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le trajet concocté par le collègue Sylvain commence sur le boulevard Saint-Laurent.

Après un bref passage par ce qui ressemble au Portugal, nous voilà enfin en Italie. Comme si on y était. Même les automobilistes conduisent ici plus raide, ne peut-on s’empêcher de noter. À deux roues, ça paraît. Premier arrêt : dans un café qui offre l’un des plus authentiques espressos en ville, dit-on, le Caffe San Simeon. Authenticité vérifiée quand, en prime, le barista à l’accent délicieux se dit « content qu’on soit satisfaite », disons que ça part la journée sur des roulettes (et ça change drôlement du virtuel).

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Premier arrêt, au Caffe San Simeon, rue Dante

Après un détour à un coin de rue de là (par le Café San Gennaro, pour une pizza à la burrata et aux anchois al taglio, dont on se délecte sur la terrasse fraîchement inaugurée), on se dirige vers une nouvelle escale dictée, au parc Dante.

Parenthèse : notez, comme nous, la joie de se déplacer ici en un rien de temps, et surtout de se garer aussi allègrement, sur l’envie du moment. Quelle liberté, avouez !

  • Après un bref passage par ce qui ressemble au Portugal, nous voilà enfin en Italie. Comme si on y était.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Après un bref passage par ce qui ressemble au Portugal, nous voilà enfin en Italie. Comme si on y était.

  • Les terrasses bourgeonnent enfin.

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    Les terrasses bourgeonnent enfin.

  • La pizza romaine, dite al taglio, spécialité du Café San Gennaro, rue Saint-Zotique

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    La pizza romaine, dite al taglio, spécialité du Café San Gennaro, rue Saint-Zotique

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Au parc, à nouveau, l’immersion est totale. Il faut dire que ça ne parle qu’italien, partout. On le sait, mais ça surprend à tous coups. Et dans la fameuse église Notre-Dame-de-la-Défense, on l’avait déjà entendu, c’est désormais vérifié : la fresque arborant Mussolini fièrement dressé sur son cheval est bel et bien toujours là, comme insinué par Sylvain. Curieux vestige d’un passé pas si lointain. Mais passons. Et poursuivons, surtout ! L’horaire est chargé !

Cap sur le nord

Une fois ravitaillée, cap en effet sur le boulevard Gouin, via le boulevard Lajeunesse. Bordée d’une large piste cyclable, la route est fort agréable, légèrement ombragée, ce qui n’est pas un luxe en cette première journée de canicule. Précisons d’ailleurs que la crème solaire est bienvenue.

On part ici dans un coin qui nous est méconnu, à toute allure, les cheveux au vent, et le sentiment de liberté est à son apogée. Adieu, GPS, place au flair (et au zigonnage !). Liberté décuplée en atterrissant en prime en terres étrangères, carrément historiques. De nombreuses maisons (aux noms impossibles) valent le coup d’œil : la maison François-Dagenais Père (dite maison de l’Ancêtre), tout juste après la magnifique église de La Visitation de la Bienheureuse-Vierge-Marie, sans oublier la maison de l’échevin Pesant.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le boulevard Gouin regorge de maisons historiques, comme la maison François-Dagenais Père (dite maison de l’Ancêtre), classée patrimoine national.

Ce retour dans notre passé collectif (beaucoup d’adresses sont classées patrimoine national) précède un petit arrêt nature. Le parc de l’Île-de-la-Visitation, dont l’entrée cachée (tout au bout d’Iberville) suggérée par notre collègue est une réelle découverte, nous attend. Il faut se promener (à pied !) dans ses sentiers, écouter les oiseaux chanter, apprécier ses nombreux points de vue, pour réaliser une fois de plus qu’effectivement, la ville est une île. Un vrai bonheur que cette pause fraîcheur, quoique de courte durée.

  • Une pause fraîcheur bien méritée au parc de l’Île-de-la-Visitation

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Une pause fraîcheur bien méritée au parc de l’Île-de-la-Visitation

  • Le point de vue sur le barrage, au parc de l’Île-de-la-Visitation

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Le point de vue sur le barrage, au parc de l’Île-de-la-Visitation

  • Les jolies berges du parc de l’Île-de-la-Visitation

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Les jolies berges du parc de l’Île-de-la-Visitation

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Au centre de la Terre

Ce n’était pas une blague. La veille de notre balade, le collègue nous avait prévenue : le trajet nécessitera des vêtements chauds, et de quoi se changer, surtout. On y croyait moyennement et c’est pourtant bien vrai. Son parcours nous impose un détour par le centre de la Terre, « le plus gros nid-de-poule de Montréal » (dixit Sylvain), à la caverne de Saint-Léonard. Quoi, une caverne, mais pourquoi tant de haine ? La semi-claustrophobe en nous rigole à peine.

Le trajet pour s’y rendre est plus ou moins intéressant (via Henri-Bourassa et Lacordaire), quoique, le printemps et ses lilas aidant, l’intérêt du scooter prend ici tout son sens. Le doux parfum des arbres en fleurs pardonne tout. Et nous voilà, après une incursion dans un tout autre genre de quartier italien, au lieu-dit : le site cavernicole. Sans l’adresse, impossible de deviner que se trouve ici, au cœur de la métropole, une caverne datant de la dernière glaciation, comme nous l’explique gentiment notre guide, en pénétrant avec nous (à pied, il va sans dire !) dans l’antre de la Terre. On apprend qu’une nouvelle section a été découverte il y a quelques années, laquelle, une fois aménagée, permettra au visiteur, en plus des 35 m actuels, d’étirer l’exploration quelque 350 m plus loin, stalagmites et stalactites en sus, sans parler de l’expérience du noir total (on en frissonne encore). Mais quelle aventure ! À refaire avec les plus courageux (et salissants) de nos enfants, assurément (sur réservation, à partir de 6 ans, nous dit-on).

  • Sans l’adresse, impossible de deviner que se trouve ici, au cœur de la métropole, dans le quartier Saint-Léonard, une caverne.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

    Sans l’adresse, impossible de deviner que se trouve ici, au cœur de la métropole, dans le quartier Saint-Léonard, une caverne.

  • La caverne de Saint-Léonard plonge sur plusieurs mètres de profondeur.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

    La caverne de Saint-Léonard plonge sur plusieurs mètres de profondeur.

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Une petite heure plus tard, il nous faut de nouveau repartir, sauter sur notre bécane, pour notre ultime destination : le parc Frédéric-Back, jonché de ses énormes boules aux airs d’œufs d’autruche géants. Non, Sylvain, ce ne sont pas des ovnis, encore moins des œufs de diplodocus. Mais une réussite écologique, assurément. On vous invite à y jeter un coup d’œil. Quant à nous, basta, on se pose un instant, comblée, en s’imaginant plutôt sur Mars, pour nous remémorer notre riche journée et anticiper déjà la prochaine.

  • Le parc Frédéric-Back

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Le parc Frédéric-Back

  • La journaliste se pose au parc Frédéric-Back.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    La journaliste se pose au parc Frédéric-Back.

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Le mot de l’auteur du circuit

Le circuit préparé pour Silvia a emprunté de nombreuses voies, dont celle de l’incongruité. D’abord, impossible de penser Vespa sans l’envoyer écumer la Petite Italie, à travers un trajet pensé avec mon coéquipier footballistique Eugenio, natif de Rome et Montréalais depuis son jeune âge. Ensuite, je l’ai envoyée au vert du côté de l’Île-de-la-Visitation, point de passage agréable pour transiter vers Saint-Léonard, autre quartier italien – mais inattendu ! – où elle a directement foncé dans le plus gros nid-de-poule en ville. Enfin, sa course devait se terminer vers Saint-Michel, où des phénomènes étranges se produisent…

Sylvain Sarrazin, La Presse

Le bonheur est dans le prêt

Pour louer un scooter, rien de plus facile. Il vous faut avoir 18 ans, un permis de conduire (pour un scooter à essence) ou une pièce d’identité (pour un scooter électrique). Les prix tournent autour de 100 $ la journée (un peu moins pour l’option électrique). Voici deux bonnes adresses à Montréal où trouver véhicule à votre pied. Notez qu’ailleurs au Québec, beaucoup d’entreprises ont cessé leurs activités en raison de la pandémie.

Consultez le site de Montréal Scooter (véhicules à essence seulement) Consultez le site de Dyad (véhicules électriques seulement)

Notre démarche

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Pierre-Marc Durivage, Silvia Galipeau et Sylvain Sarrazin, s'apprêtant à explorent les itinéraires proposés par leurs collègues.

Nos trois journalistes ont concocté un itinéraire sur mesure destiné à leur collègue choisi. Au matin du départ, ils se sont réunis pour prendre connaissance de leurs parcours respectifs et nous font maintenant part de leurs trouvailles. Suivez-les dans cette série qui se poursuivra lors des deux prochains week-ends.