(Montréal) Frontières ouvertes ou fermées ? Quarantaine obligatoire ou non ? À l’aube de la saison estivale, les règles encadrant les voyages interprovinciaux demeurent floues, déplore l’industrie touristique, qui exhorte Ottawa et les provinces, dont le Québec, à clarifier les règles du jeu et à ouvrir les frontières.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Autrement, les cicatrices risquent d’être vives pour ce secteur complètement paralysé par la pandémie de COVID-19, souligne le regroupement la Table ronde sur le tourisme dans une lettre de six pages envoyée au premier ministre François Legault ainsi qu’à ses homologues des autres provinces.

« Des mesures urgentes sont donc nécessaires afin de prévenir les effets sur l’économie et les emplois qui s’avéreront permanents si la situation n’est pas corrigée », fait valoir le regroupement dans sa missive.

Les 30 signataires, parmi lesquels figurent les dirigeants de transporteurs aériens comme Air Canada, du voyagiste Transat A. T., des chaînes hôtelières Marriott et Germain ainsi que d’associations patronales et touristiques comme Tourisme Montréal, ont également interpellé le gouvernement Trudeau la semaine dernière.

Puisque les touristes internationaux ainsi que la clientèle d’affaires ne seront vraisemblablement pas au rendez-vous cette année, l’industrie souhaite un cadre clair à l’égard des déplacements interprovinciaux dans l’espoir de pouvoir profiter des mois de juillet et août afin de se préparer à un automne qui s’annonce déjà difficile.

« Il faut que l’on soit en mesure d’aller chercher toute la clientèle possible. Cela va être crucial », a expliqué au cours d’une entrevue téléphonique, mardi, la cofondatrice et coprésidente de la chaîne Germain Hôtels, Christiane Germain, qui figure parmi les signataires de la lettre.

Selon les plus récentes données de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec, le secteur comptait 402 000 travailleurs et environ 30 160 entreprises. Parallèlement à la lettre envoyée à M. Legault, l’industrie sollicite également un plan d’aide de la part de l’État québécois.

Pour traverser la crise

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

« Le tourisme a été nettement sous-estimé dans la relance, déplore le président-directeur général de Tourisme Montréal, Yves Lalumière.

Une plus grande « cohérence » pourrait à la fois permettre de « sauver la saison touristique » et donner le temps à l’industrie de se préparer afin de s’assurer que les protocoles de sécurité seront respectés, fait valoir la lettre.

« Le tourisme a été nettement sous-estimé dans la relance, a déploré le président-directeur général de Tourisme Montréal, Yves Lalumière, au bout du fil. Chaque jour compte pour l’industrie. Aujourd’hui, ce n’est pas clair si tu peux aller à Toronto. On ne parle pas de tourisme et nous sommes rendus à la mi-juin. »

Actuellement, certaines provinces ont des règles très strictes. Même si les contrôles frontaliers seront assouplis au Nouveau-Brunswick à compter du 19 juin afin de laisser entrer les propriétaires et ceux qui ont de la famille dans la province, une quarantaine de 14 jours sera obligatoire.

Au Groupe Germain, les activités se sont poursuivies dans 13 des 18 hôtels de la chaîne en dépit de la pandémie. Lentement, le taux d’occupation se rapproche de la barre des 10 %, selon Mme Germain. Il ne manque donc pas de chambres pour accueillir des visiteurs des autres provinces.

En ce qui a trait aux enjeux sanitaires, Mme Germain a fait valoir qu’étant donné que la propreté fait partie des « cartes de visite » du secteur, les hôtels sont déjà bien préparés.

« Il y a de nouvelles procédures sanitaires, mais ce n’est pas du chinois pour nous, a lancé la dirigeante du Groupe Germain. En temps normal, nous avons déjà du personnel dédié à l’entretien dans nos établissements. »

L’an dernier, Montréal a attiré plus de 11 millions de touristes, selon les données de Tourisme Montréal, qui prévoit que la pandémie privera la métropole d’environ 10 millions de visiteurs. L’absence d’un cadre clair pourrait également continuer à avoir des effets sur le tourisme d’affaires jusqu’en 2021 puisque plusieurs entreprises seront réticentes à effectuer des réservations à l’avance, prévient le regroupement.

À la fin avril, 70 des quelque 140 conférences prévues à Montréal d’ici à la fin du mois avaient été annulées en raison de la pandémie, avait fait savoir Tourisme Montréal.

Le tourisme d’affaires ratisse large, puisqu’il englobe par exemple les congrès réunissant des professionnels ainsi que des rendez-vous comme le repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH) — qui devait avoir lieu plus tard ce mois-ci dans la métropole, mais qui a été reporté.