Avez-vous déjà eu le fantasme, comme moi, de vous débarrasser de vos bagages? De voyager de par le monde avec une brosse à dents, les vêtements que vous avez sur le dos et un passeport dans la poche?

Mis à jour le 30 juill. 2008
Bruno Blanchet COLLABORATION SPéCIALE

Parti avec à peu près 20 kilos de stock (le fou!), je tente depuis quelques années de réduire le poids de mon sac. Avant chaque nouveau départ, même après avoir fait une révision de ce qui est vraiment essentiel et donné le superflu, je n'ai jamais réussi à descendre sous les 4,5 kilos. C'est pas beaucoup, direz-vous, mais à ces 10 livres viennent de s'ajouter le poids d'un sac ordinateur et d'une caméra vidéo, et là, franchement, ça va pas du tout.

Alors, j'ai fait une folie.

Incapable de trouver l'équipement nécessaire pour ma participation à l'émission télé 3600 secondes d'extase, j'ai quitté l'Éthiopie. À l'aéroport, on m'a rendu mon dépôt de 1741 $ à peine une heure avant le départ de l'avion... en birrs éthiopiens! J'ai couru à la banque de l'aéroport, où on a poliment décliné l'échange en dollars: il n'y avait que 175 billets verts dans la caisse.

Je vous épargne les détails de ma crise cardiaque, mais finalement, j'ai rattrapé David mon chauffeur de taxi, et je lui ai filé le fric; le lendemain, il l'a déposé dans un compte de banque à Addis Abeba. Pour la suite, je ne sais pas. Mais je sais, par contre, que David est un honnête homme et un ami pour la vie.

Et je suis parti donc, la tête en paix, magasiner du côté de Dubaï, où se tenait justement le Festival du shopping. Je vous jure! On n'y avait pas pensé, à celui-là, à la maison, hein? C'est vrai que, dans le genre, il y a déjà Noël, la Saint-Valentin, la fête des Pères...

Bref, à Dubaï, j'ai mis la main sur les fils qui me manquaient et je me suis acheté un joli PowerBook, pour pouvoir assembler les capsules que vous verrez à la télévision.

Je me suis aussitôt procuré un billet d'avion pour une nouvelle destination (plus loin dans l'article, lâchez pas!) parce que Dubaï ne m'inspirait guère; et le matin du départ, alors que je marchais pour aller prendre l'autobus en direction de l'aéroport, j'ai pété une fuse. Il faisait chaud, les sacs me pesaient, et je n'osais pas m'imaginer en train de me balader avec tout ce fatras en Inde ou aux Philippines (vous ai-je mentionné que je prévois parcourir 13 pays en 13 semaines?)

C'était le moment ou jamais.

Dans mon sac à main, je tiens toujours un minimum de pilules contre la malaria, quelques antibiotiques, un savon et une brosse à dents. Et j'ai, dans ma pochette, mon argent et mes documents.

— That's it, Bruno?

— Oui.

Je n'ai pas pris le temps de réfléchir: j'aurais changé d'idée! J'ai bifurqué dans une ruelle, je me suis dirigé à toute vitesse vers la première poubelle de restaurant que j'ai aperçue, et j'ai fait un slam dunk avec mon vieux sac à dos.

Un fantasme de moins sur la liste!

Je vous reparlerai des conséquences...

Je vous écris aujourd'hui de ma chambre d'hôtel, sur mon ordinateur. Vous l'ignoriez peut-être, mais ceci est le premier article que je ne compose pas dans un café internet bruyant et enfumé.

Et c'est génial! Il y a le football à la télé, je peux me lever et réfléchir en faisant les cent pas et relire mon texte à voix haute sans me soucier de passer pour un demeuré. Le confort total! J'aurais sans doute dû y penser avant...

Et où suis-je?

Hum. À Sanaa, au Yémen.

— Encore?!?

Oui, encore! Comprenez... Avec l'occasion qui m'est offerte d'être diffusé à la télé, je m'en serais voulu de ne pas vous montrer, en images animées, ce pays que j'adore. Et puis, le visa est facile à obtenir: 30 $, no questions asked, en arrivant à l'aéroport. Je ne peux pas toujours avoir que des problèmes dans la vie...

Et enfin, vous en saurez plus ce fameux qat, cette herbe du diable dont je vous ai tant parlé!

Stone, le monde est stone...