Sur leur téléphone ou devant leur télévision, dans Candy Crush ou Call of Duty, seul ou en famille, 61 % des Canadiens se considèrent comme des « joueurs » vidéo. Selon le rapport de l'Association canadienne du logiciel de divertissement (ALD) qui sera rendu public aujourd'hui, cet engouement fait du Canada le pays où le jeu vidéo est le plus populaire par habitant. Explications.

Karim Benessaieh LA PRESSE

Un saut spectaculaire

Depuis plus d'une décennie, l'ALD, qui regroupe les principaux studios de jeux vidéo du Canada, constate une tendance constante à la hausse du nombre de joueurs dans la population. Le plus récent coup de sonde, cet automne, a cependant surpris les analystes : le nombre de Canadiens se décrivant spontanément comme « joueurs » a augmenté de 24 % depuis le sondage précédent en 2016. Il s'établit maintenant à 23 millions, soit 61 % des Canadiens. Aucune donnée pour le Québec n'est disponible. À titre de comparaison, en Corée du Sud, où le jeu vidéo est une institution, la proportion de joueurs est de 56 %. Les États-Unis et le Japon suivent avec respectivement 54 % et 53 %.

« Tout le monde joue »

Il s'agit évidemment d'une bonne nouvelle pour le jeu vidéo au Canada, et plus particulièrement au Québec où se trouvent 231 studios au dernier décompte en 2016, soit 53 % de l'industrie. Pourquoi cette popularité ? « Votre hypothèse vaut la mienne, on ne le sait pas », admet en entrevue le PDG de l'ALD, Jayson Hilchie. C'est surtout l'extraordinaire diversité de profils des joueurs qui illustre la santé de ce secteur, estime-t-il. « Tout le monde joue, et de façon différente. On constate qu'il y a un marché massif et en augmentation pour le jeu vidéo au Canada et que notre industrie est en mesure d'y répondre. »

La parité

Pour la première fois depuis que l'ALD publie son rapport, les joueurs se divisent également selon le sexe : 50 % sont des hommes et 50 %, des femmes. L'âge moyen est en hausse, à 39 ans, et on estime qu'ils consacrent en moyenne 10 heures par semaine à jouer.

Le mobile explose

Marginale en 2012, à moins de 6 %, l'utilisation du téléphone intelligent et de la tablette pour le jeu vidéo est aujourd'hui la façon la plus populaire de s'y adonner. Ainsi, 46 % des joueurs utilisent ce média « le plus souvent », loin devant les consoles en deuxième position, avec 26 %. L'ordinateur est en perte de vitesse constante, passant de 36 % en 2012 à 22 % en 2018.

Ces statistiques globales cachent cependant de grandes différences selon les catégories. Les hommes baby-boomers sont de grands adeptes de l'ordinateur, la plateforme préférée de 46 % d'entre eux. Les hommes de la génération Y, eux, vont opter pour la console dans 31 % des cas. Les femmes de la génération X, elles, vont préférer les appareils mobiles dans 61 % des cas.

Quels jeux ?

Entre le Solitaire sur son téléphone et le plus récent Assassin's Creed sur Xbox, il y a évidemment un large éventail de jeux qu'adoptent les Canadiens. Encore là, le portrait est différent selon l'âge et le sexe. À 73 %, les femmes baby-boomers jouent principalement à des jeux de casse-tête comme Candy Crush. Les hommes baby-boomers, eux, choisissent les jeux de cartes sur leur téléphone dans 31 % des cas.

Une activité « sociale »

Le portrait que dresse cette étude de l'ALD des joueurs déboulonne joyeusement un mythe, celui du geek solitaire. Ainsi, 71 % des parents ont déclaré jouer à des jeux vidéo avec leurs enfants au moins une fois par semaine. Et 44 % des joueurs de cartes aiment jouer avec leur conjoint. Quant aux joueurs plus intenses, les « hardcore gamers » dans le jargon, ceux qui sont adeptes des jeux de stratégie vont y jouer dans 81 % des cas avec leurs amis.

Photo fournie par l’ALD

Jayson Hilchie, PDG de l'Association canadienne du logiciel de divertissement