Les concepteurs chinois de jeux en ligne sont très actifs sur Facebook malgré le blocage du premier réseau social du monde par la censure, notamment parce que le géant américain les rémunère mieux que ses concurrents locaux, selon des témoignages recueillis par l'AFP.

Joan Feng AGENCE FRANCE-PRESSE

Avec son studio à Shanghai baptisé Five Minutes, Ellison Gao, 27 ans, a créé son premier jeu social en ligne il y a deux ans. Il a déjà réussi à attirer plusieurs millions de dollars d'investissements, dont des fonds alloués par la société américaine de capital-risque Draper Fisher Jurvetson.

«Il est tout aussi impensable pour les concepteurs chinois que pour les autres d'ignorer le marché de Facebook», a déclaré Gao à l'AFP, à l'occasion d'un forum professionnel qui s'est tenu la semaine dernière à Shanghai.

Plus d'un million d'internautes à travers le monde utilisent chaque jour sur Facebook les jeux développés par Five Minutes, qui sont aussi présents sur d'autres plates-formes au Brésil, au Japon et en Corée du Sud.

En Chine, Facebook est bloqué depuis l'été 2009, les autorités soupçonnant le site d'avoir servi à organiser des émeutiers au Xinjiang (nord-ouest), une région frontalière à la population majoritairement musulmane où des violences avaient fait quelque 200 morts.

Certains Chinois parviennent toutefois à déjouer la censure en utilisant des réseaux privés virtuels (VPN) ou des serveurs proxy.

Les jeux sur Facebook sont financés par les revenus de la publicité et les biens virtuels vendus aux internautes, le réseau social reversant ensuite 30% des recettes aux concepteurs, un pourcentage plus important que celui des plates-formes chinoises.

Avec ses 500 millions d'utilisateurs, Facebook offre aussi aux professionnels un marché d'une taille inégalée, même par rapport à la Chine avec ses 420 millions d'internautes.

Five Minutes n'est pas la seule entreprise chinoise à prospérer sur Facebook. Les jeux du studio pékinois Happy Elements comptent plus de 2,2 millions de visites journalières et ceux de son rival ELEX en totalisent à peu près 1,3 million, selon le cabinet d'études Inside Network.

«Il n'est pas surprenant que les petites sociétés chinoises soient celles qui prennent le risque de travailler pour le marché occidental», explique Andrew Mo, responsable du studio pékinois du réalisateur de jeux sociaux en ligne Playfish, une entreprise basée à Londres.

En effet, «en Chine, à moins d'avoir une grande société, il est difficile d'établir avec les réseaux sociaux (chinois) une relation permettant d'obtenir un bon partage des revenus», explique M. Mo.

Les grands acteurs chinois de jeux en ligne, comme Tencent et Shanda, n'ont pas de présence significative sur Facebook, mais ils ont cloné beaucoup de jeux parmi les plus populaires dont dispose la plate-forme américaine.

Tencent, dont le service de messagerie instantanée qq.com compte plus de 600 millions de comptes ouverts, dispose de sa propre plate-forme permettant à des concepteurs extérieurs de créer des jeux, mais l'entreprise en fabrique aussi en interne.

«Si vous avez vos propres jeux, vous allez vouloir assurer leur promotion... même s'ils ne sont pas les meilleurs pour les utilisateurs», regrette Arthur Chow, PDG de l'éditeur de jeux sociaux hongkongais 6 Waves.

Le succès des studios chinois sur Facebook incite désormais des concepteurs étrangers à s'installer en Chine pour y trouver des programmeurs talentueux.

L'entreprise Zynga, basée à San Francisco, s'est ainsi installée en mai à Pékin après avoir racheté la société locale XPD Media. Trois mois plus tard, Zynga lançait une version chinoise de «Texas Poker», un jeu au troisième rang mondial sur Facebook en terme de popularité.