Habitant en Alberta depuis quelques années, le marcheur olympique Mathieu Bilodeau revient vivre à Québec à moins d’un an des Jeux olympiques de Tokyo afin de s’entraîner sous la gouverne de Félix-Antoine Lapointe. Portrait d’un athlète aux capacités hors-norme qui a atteint les Jeux olympiques en seulement deux ans.

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Jusqu’au printemps dernier, David Gagnon a supervisé la préparation physique de Mathieu Bilodeau pendant près de deux ans. Celui qui entraîne notamment sa conjointe Maghalie Rochette, championne canadienne de cyclocross, avait décidé d’accompagner son bon ami à réaliser un défi bien particulier pour 2020 : participer aux Jeux olympiques de Tokyo et au triathlon Ironman d’Hawaii chez les Élites, quelques semaines plus tard.

« C’était une idée de fou, mais la personne qui allait pouvoir m’aider, c’était David. Nous avons la même mentalité et c’est qu’il n’y a pas de limite. On a commencé l’entraînement pour finalement voir que ce n’était pas l’idéal pour arriver à Tokyo avec des objectifs élevés », indique Bilodeau.

« Il voulait avoir un entraîneur qui le remette à sa place et qui l’aide à garder le cap », renchérit Gagnon, qui le connaît depuis 20 ans. « Mathieu est ultra intelligent, mais cela peut faire en sorte qu’il se pose beaucoup de questions, réfléchit et analyse trop. Je connaissais les défis et c’était vraiment stimulant de travailler avec lui. »

Mathieu Bilodeau a butiné de sport en sport, allant du triathlon au ski de fond, en passant par la natation ou le vélo de montagne. David Gagnon n’est pas surpris de l’avoir vu gravir les échelons de la marche olympique aussi rapidement.

« Peu importe le sport d’endurance dans lequel il aurait décidé de s’investir, il aurait pu être de calibre mondial. Il a un méga moteur et une compréhension de son corps qui est au-dessus de la moyenne, c’est clair, mais c’est au début de la trentaine qu’il a accroché sur la marche. »

En 2014, Bilodeau pensait en avoir terminé avec son sport de prédilection à l’époque, le triathlon. Alors qu’il s’entraînait à la course à pied à l’anneau olympique de Calgary, il a rencontré la triple Olympienne Janice McCaffrey qui lui a parlé de la marche.

« J’ai vu sa bague olympique et nous avons commencé à jaser. […] Quelques semaines plus tard, elle m’a montré comment faire. Ça m’a pris quinze minutes et elle m’a dit qu’elle n’avait jamais vu quelqu’un l’avoir aussi rapidement. Quand elle m’a dit que je devais maintenant faire ça pendant 50 kilomètres, ça m’a mis au défi », explique-t-il en riant.

Un an plus tard, il était de l’équipe canadienne aux Championnats du monde et l’année suivante, de celle des Jeux olympiques de Rio.

Envers et contre tous

En s’entraînant dans les rues de Calgary ou de Canmore, Mathieu Bilodeau devait se sentir comme le marcheur Marcel Jobin qui se faisait traiter de « fou en pyjama » en préparation des Jeux olympiques de Montréal. Presque 50 ans ont passé et même si la discipline est aujourd’hui plus connue, Bilodeau a eu droit à sa part d’insultes au fil des ans lors de ses entraînements sur la voie publique.

« (Au début), j’avais peur du regard des autres. Aller me dandiner comme ça dans la rue était une pulsion de défi. Je ne l’ai pas dit à mes parents et je n’étais pas à l’aise. Ils ont su que je faisais de la marche quand je me suis qualifié pour les mondiaux. Mon père capotait et il était tellement content ! […] Depuis que je suis revenu au Québec, jamais je n’ai reçu autant d’encouragements et ça fait du bien ! En deux mois, il n’y a qu’une personne qui m’a ridiculisé. Je comprends pourquoi un jeune déciderait de ne pas faire ce sport. C’est plus cool de courir ou de faire du vélo. »

À Québec, le marcheur pourra compter sur l’équipe de soutien du club Rouge et Or et des conseils de Félix-Antoine Lapointe qui a mené le coureur de 1500 m Charles Philibert-Thiboutot aux Jeux de Rio.

« Au début (de ma carrière), j’étais un peu cocky et je me disais que je n’avais pas besoin de ça. Avoir une structure plus encadrée, mais aussi, et c’est niaiseux, voir du monde, ça va me pousser », croit celui qui pourra suivre à l’entraînement certaines coureuses à un rythme de 3 minutes 45 secondes au kilomètre sur de plus courtes distances. « Je pense que ce sera bénéfique pour tout le monde. »

L’avantage d’une année de plus

Au 50 kilomètres des Jeux olympiques de 2016, Bilodeau a été victime d’un coup de chaleur où il est « tombé comme une mouche » au 38e kilomètre de l’épreuve. « Je ne me souviens plus ce qui s’est passé après. Depuis 2018, je suis bien meilleur à la chaleur. »

Pour preuve, dans la fournaise des Championnats du monde de Doha l’an dernier, il a réalisé sa meilleure course à vie : une 14e place.

« Il faisait 52 degrés au départ avec le facteur humidex et ç’a descendu à 39. J’ai vu que j’étais dans les meilleurs au monde et je n’avais plus peur. »

L’athlète de 36 ans était officieusement qualifié pour Tokyo en raison de son classement mondial, mais il tentera d’obtenir sa place par la grande porte, c’est-à-dire en réalisant un temps sous les 3 heures 50 minutes au 50 kilomètres des Championnats de France, le 15 novembre prochain.

« C’est cette année que j’ai commencé à aimer la marche. Je veux être bon là-dedans et au diable ce que les gens en pensent ! Le corps va super bien et cette pause m’a donné encore plus faim. Mon but est de me rendre jusqu’à Paris en 2024 ! »