(Bruxelles) Les athlètes qui auront complété leur suspension pour dopage au cours de la prochaine année auront la possibilité de participer aux Jeux olympiques de Tokyo, un effet involontaire de la pandémie de coronavirus qui ne fait pas l’unanimité.

Ken Maguire
Associated Press

La spécialiste des courses de demi-fond turque Gamze Bulut, par exemple, aura désormais amplement le temps de se qualifier pour des Jeux qu’elle aurait probablement ratés s’ils s’étaient déroulés comme prévu.

« Cela ne semble pas être une punition juste, a déclaré Brendan Boyce, marcheur athlétique irlandais, à l’Associated Press lors d’une entrevue téléphonique. Ils n’ont pas vraiment raté les évènements qu’ils étaient censés manquer. »

Les Jeux olympiques de 2020 ont été officiellement reportés à l’année prochaine, la cérémonie d’ouverture étant désormais fixée au 23 juillet 2021.

Bulut avait initialement remporté l’argent au 1500 mètres aux Jeux olympiques de Londres en 2012, mais elle a été privée de sa médaille en raison d’irrégularités dans son passeport biologique, qui surveille le profil sanguin de l’athlète. Elle a reçu une suspension de quatre ans qui a commencé en 2016 et expire le 29 mai, ce qui lui donne une année complète inattendue pour se qualifier pour Tokyo.

« Je fais de mon mieux pour (participer) aux Jeux olympiques, a déclaré l’athlète de 27 ans. J’espère que je pourrai y être. »

Protestation

L’unité d’intégrité de l’athlétisme estime qu’environ 40 des 200 athlètes suspendus qui ont tout à gagner du report olympique sont des concurrents de niveau international. L’AIU tient une liste mondiale des athlètes suspendus pour violation des règles antidopage.

Plus de 11 000 athlètes devraient participer aux 33 sports au programme à Tokyo, dont environ 2000 en athlétisme.

Boyce, double olympien qui s’est qualifié pour Tokyo, a confié que les quotas sur le nombre de concurrents pourraient rendre plus difficile aux athlètes propres d’obtenir leurs places.

« Je ne serais pas trop content si je perdais ma qualification olympique à cause d’une anomalie du genre », a mentionné Boyce.

L’Irlandais a protesté sur les réseaux sociaux, mais n’a pas déposé de plainte officielle. La coureuse de fond britannique et espoir de médaille à Tokyo Lily Partridge est du même avis.

« Je ne crois pas aux secondes chances en ce qui concerne les délits de dopage graves, sauf si vous offrez une collaboration entière aux autorités antidopage et, même dans ce cas, je ne pense pas que vous devriez avoir le privilège de pouvoir concourir et gagner de l’argent grâce au sport », a dit Partridge à l’AP.

Le président de l’Agence mondiale antidopage, Witold Banka, a toutefois déclaré que la crise sanitaire ne signifie pas que les autorités peuvent « choisir » le moment où les athlètes ont terminé leur suspension.

« S’il est vrai qu’un athlète ne peut pas choisir quand il ou elle souhaite être inadmissible, une (organisation antidopage) ne le peut pas non plus, a avancé Banka. Cela est entièrement conforme aux principes de justice et à d’autres domaines du droit en ce qui concerne les sports ou même les activités criminelles. Lorsqu’un délinquant a purgé sa peine, la peine est considérée comme purgée. »

Sebastian Coe, un Olympien qui est maintenant président de la Fédération internationale d’athlétisme, a été moins catégorique dans ses commentaires peu de temps après le report des jeux.

« C’est quelque chose que nous devrons examiner, a-t-il dit. Je sais que c’est une question sur laquelle l’Unité d’intégrité de l’athlétisme, et je suis certain que toutes les autres agences là-bas de concert avec nos sports, devront se pencher. Et ce ne sera qu’une autre question parmi de nombreuses soulevées en ce moment. »

Les athlètes qui se sont déjà qualifiés pour Tokyo sont assurés qu’ils conserveront leur place alors que les épreuves de qualification se poursuivront.

Parmi les athlètes connus qui doivent terminer leur suspension de dopage figurent l’haltérophile polonais Tomasz Zielinski et le boxeur irlandais Michael O’Reilly.

Boyce a noté qu’il serait difficile pour un athlète irlandais de concourir après une suspension de dopage.

« Une suspension de dopage en Irlande, c’est bien plus que purger une peine loin de votre sport, a-t-il précisé. C’est vraiment paralysant pour votre vie parce que vous êtes fondamentalement considéré comme un criminel. C’est une forme de fraude. Dans d’autres pays, vous voyez des athlètes qui sont suspendus pour dopage s’entraîner normalement et ils attendent juste de revenir et personne dans ce pays ne semble trop déranger. »