On savait que Sylvain Bruneau avait reçu un diagnostic positif à la COVID-19 le lendemain de son arrivée en Australie, il y a deux mois. Or, il s’agissait du variant britannique. Et il était le tout premier cas en territoire australien.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

C’est ce qu’on lui a confirmé, de source médicale, précise-t-il.

Il apprendrait plus tard que les autres rares cas avérés à bord du vol, en provenance d’Abou Dabi, étaient également porteurs du variant britannique, mais que leurs lignées étaient différentes de la sienne. Bruneau n’était donc pas responsable de la transmission dans le vol EY8004. Tous sont arrivés à bord avec leur propre infection. Un soulagement, d’une certaine façon.

« C’est un peu plate à dire, mais j’avais l’impression de partager le fardeau », admet l’entraîneur de Bianca Andreescu.

Le 6 février, en visioconférence avec les médias québécois à deux jours du début des Internationaux d’Australie, Sylvain Bruneau n’avait pas voulu apporter de précisions sur sa mésaventure.

« J’ai quelques commentaires à faire à ce sujet, mais je vais les garder pour plus tard, avait-il laissé tomber. J’ai été chanceux de ne pas être très malade. J’ai eu de la fièvre une nuit, et ça a été tout. Mais ça a été une expérience très difficile quand même. »

Ce diagnostic positif a été « une grande surprise » pour lui, souligne-t-il, en entrevue avec La Presse. Il avait obtenu un résultat négatif 72 heures avant de partir du Moyen-Orient pour l’Australie, comme l’exigeait l’organisation du tournoi. Et continué à faire très attention après ledit résultat.

À peine a-t-il foulé le tarmac de l’aéroport de Melbourne, le vendredi 15 janvier, qu’il subit un autre test pour la COVID-19. En attendant le verdict, il est confiné à sa chambre du Grand Hyatt Hotel. À ce moment, Bruneau se sent « parfaitement bien ».

Puis, durant la nuit, il est frappé par un épisode de fièvre. Ce sera son seul – et court – symptôme. Le lendemain, bien qu’il se demande ce qui est arrivé, il se sent de nouveau bien.

Mais l’appel d’un médecin, le samedi après-midi, lui apprend la mauvaise nouvelle. Le résultat de son test est positif.

Comme le veut la politique du tournoi, le coach sera donc transféré vers un health hotel. On lui explique que l’état de santé peut se compliquer dans la deuxième semaine et qu’il sera bien suivi par le corps médical sur place.

Sylvain Bruneau apprend bientôt qu’un vol en provenance de Los Angeles est arrivé transportant deux personnes déclarées positives – dont un agent de bord – et que tout l’avion est placé en isolement complet pendant 14 jours.

« Alors, je comprends, par ricochet, que tout mon avion, parce que j’ai eu un test positif – à ce moment-là, j’étais le seul dans l’avion – va avoir droit aux mêmes conséquences. »

Trois ou quatre heures après que Bruneau a reçu son diagnostic, le samedi soir donc, le directeur du tournoi, Craig Tiley, joint tous ceux qui étaient dans le même vol. « Il y a un cas, malheureusement, vous êtes donc tous considérés comme des close contacts », explique-t-il.

« Je suis sur l’appel, tout le monde est un peu anonyme, c’est un Zoom, j’écoute et j’entends les réactions. Rien de personnel vis-à-vis de l’individu – que personne ne connaît – qui a la COVID-19, mais contre le tournoi. “On ne savait pas, c’est impossible, c’est incroyable. Comment pouvez-vous nous faire une telle chose ? Vous n’avez jamais dit que tout l’avion serait placé en quarantaine, c’était juste l’équipe.”

« C’est sûr que je me suis vraiment, vraiment senti mal à l’aise. Ça a ajouté au fait que je n’étais pas trop heureux d’avoir la COVID-19 parce qu’on entendait toutes sortes d’histoires. Je me sais en bonne santé, mais tu n’es pas chez toi, à l’étranger, même si l’Australie est un pays développé. Et là, j’ai ce poids de me dire : “Oh boy, je mets je ne sais combien de personnes dans le pétrin.” Par inadvertance, ça peut arriver à tout le monde, mais peut-être à cause de ma nature, de ma personnalité, c’est quand même quelque chose qui pèse sur moi. Je n’ai pas aimé ça. »

Patient zéro

Le dimanche, avec des mesures de précaution extrêmes, il passe du Grand Hyatt Hotel au health hotel, où on lui attribue une chambre dans laquelle il passera les 15 jours suivants.

Et là, ce que j’ai trouvé difficile, c’est qu’éventuellement, dans un appel de groupe, j’ai appris que j’avais le variant britannique et que j’étais le premier cas en Australie.

Sylvain Bruneau

Aucune communication directe d’un responsable de la santé, au préalable, pour l’aviser de la situation avant que l’information soit larguée ouvertement. Une façon de faire que déplore le principal intéressé.

« J’ai appris ça par le directeur du tournoi qui s’adressait à tout le monde dans un appel… »

Bien que Craig Tiley ne l’ait pas nommé, l’état de santé de Sylvain Bruneau était désormais de notoriété publique, en raison de sa courte déclaration par communiqué.

« Je n’avais pas à le faire, mais je trouvais que c’était juste correct de jouer fair », note-t-il.

À ce moment, on lui dit qu’une prudence exceptionnelle sera de mise. Avec raison, convient le coach. Et, également, que son confinement sera prolongé parce qu’il est atteint du variant britannique, méconnu.

« J’ai trouvé ça difficile, cet isolement », résume-t-il.

Sa seule « compagnie » : l’infirmière qui passait rapidement pour les examens de routine.

« Et j’avais aussi une pensée, que j’essayais de chasser. Je me disais : “Ma foi, s’il arrive quelque chose à ma famille, ils ne me laisseront jamais sortir” », confie Bruneau.

Il a été « vraiment déçu » par la façon dont les communications ont été menées à l’interne. Il voulait savoir ce qui en était, la feuille de route, quand il pourrait quitter sa chambre, mais on ne lui donnait aucune information.

Sans compter qu’au fil des tests pour suivre son état, il a eu l’impression d’avoir été un peu « utilisé ».

« C’était mon sentiment. On essayait d’apprendre sur ce variant-là. Peut-être que les médecins là-bas diraient que je rêve, je parle de ma perception. Qu’on voulait en savoir plus. »

Andreescu dans un avion pour Miami

Après avoir déclaré forfait au tournoi d’Adélaïde, Bianca Andreescu a regagné la maison où elle s’est acquittée de sa quarantaine avant de se rendre à Montréal, cette semaine, pour quatre jours d’entraînement avec son coach, au Centre national de tennis. Ce vendredi, elle s’envolera pour Miami. Elle participera, comme prévu, à ce tournoi WTA 1000, à compter du 23 mars. Sa blessure à la jambe gauche était tout ce qu’il y a de plus mineur, assure Sylvain Bruneau. En fait, il s’agissait même davantage d’une pause avant cette portion très chargée de la saison. Après le tournoi, elle demeurera à Miami une semaine de plus pour s’entraîner, puis il la rejoindra en Europe pour la suite de la saison. La joueuse a travaillé « très, très fort » sur sa condition physique depuis septembre, affirme Bruneau. Quant à la qualité et à la régularité dans son jeu, « pas exactement les mêmes » qu’en 2019, elles reviendront au fil des matchs, dit le coach.

PHOTO VINCE CALIGIURI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Bianca Andreescu

Successeur de Louis Borfiga ? « Non »

Louis Borfiga, vice-président au développement de l’élite chez Tennis Canada, quittera son poste à l’automne. Il a évoqué la force de la relève potentielle à l’interne. Sylvain Bruneau, entraîneur-chef du programme national féminin, affirme ne pas être sur les rangs. « Je travaille avec Bianca, c’est ma mission, c’est ma priorité en ce moment et ça ne change pas, ça, c’est sûr. Mon cœur est complètement là. Il y a encore plein de choses à accomplir et c’est à ça que je pense. »