Championne des Internationaux des États-Unis, un premier titre en simple en Grand Chelem pour le tennis canadien, Bianca Andreescu a aussi été la première Canadienne en 50 ans à gagner la Coupe Rogers. La joueuse de 19 ans s’était également imposée en début de saison au prestigieux tournoi d’Indian Wells et elle a ajouté une autre « première » lundi avec le prix Lou-Marsh décerné à l’athlète de l’année au Canada.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

« Cela me procure énormément de fierté, a souligné Sylvain Bruneau, le responsable de l’élite féminine à Tennis Canada, qui est aussi l’entraîneur personnel d’Andreescu. Il y a tellement de bons athlètes au pays dans les sports d’été, les sports d’hiver ; que Bianca remporte ce titre, qu’elle soit la première joueuse de tennis à le faire, c’est incroyable. »

Il s’en est pourtant fallu de peu pour qu’Andreescu rate son rendez-vous avec le destin.

Blessée à une épaule en début de saison, Andreescu a tenté un retour à Roland-Garros, à la fin mai. Après une victoire durement acquise en première ronde, la douleur est revenue et elle a dû déclarer forfait pour la suite du tournoi. Plusieurs scénarios étaient sur la table, mais sa saison semblait bien compromise…

« C’est imprévisible parfois le sport, a rappelé Bruneau, lors du bilan annuel de Tennis Canada. Après son forfait à Roland-Garros, aucun scénario ne permettait de prédire ce qui allait arriver un peu plus de deux mois plus tard à Toronto et à New York, bien au contraire. Bianca était tenue à l’écart des terrains, elle ne pouvait pas s’entraîner et on se retrouvait avec une préparation très raccourcie avant la Coupe Rogers.

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« Ce n’était certainement pas ce qu’on aurait souhaité et on a dû y aller rapidement, parce que c’était justement notre tournoi à la maison. Mais en étant ainsi à l’écart des terrains, le tennis a tellement manqué à Bianca. Elle a vraiment eu peur, moi aussi, mais quand elle a senti que les choses revenaient graduellement à la normale, elle a eu un surplus de motivation et d’énergie.

« Cela dit, obtenir de tels résultats avec la préparation minimale que nous avions eue cet été, c’était complètement inimaginable. »

De gros défis en 2020

Encore blessée à la fin de la saison, Andreescu, n’a pas frappé une balle depuis son forfait au Championnat de la WTA, à la fin octobre, et ne reprendra l’entraînement que la semaine prochaine en Californie. Sylvain Bruneau estime d’ailleurs que la santé de sa protégée sera la priorité absolue en 2020, avec l’objectif qu’elle puisse disputer un calendrier un peu allégé, mais complet.

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Bianca Andreescu a demandé l'aide du soigneur lors du Championnat de la WTA

La Canadienne amorcera la saison à Auckland, là où elle a explosé la saison dernière, et elle jouera peut-être aussi un autre tournoi avant les Internationaux d’Australie, le premier tournoi du Grand Chelem de la saison.

« J’aborde la saison avec confiance, a assuré l’entraîneur. Ce sera évidemment très différent de la saison dernière ce que Bianca va vivre maintenant et nous allons devoir en tenir compte dans notre préparation. »

Passée du 150e au 5e rang mondial, Andreescu doit notamment composer avec les exigences liées à son statut de vedette. « C’est vraiment impressionnant de voir à quel point elle a été sollicitée de toutes parts par des offres qui peuvent paraître très alléchantes pour une fille de 19 ans, constate Sylvain Bruneau. J’imagine que ça fait partie de l’éducation d’une joueuse de tennis, quelque chose qu’elle doit apprendre à gérer.

« Ce sera important d’avoir des gens autour d’elle qui sauront faire les interventions au bon moment pour s’assurer qu’elle garde toute sa concentration. Je suis toutefois convaincu que Bianca ne perdra jamais cette rage de vaincre qui la caractérise sur les courts.

« C’est très difficile, même pour les plus grandes championnes, de rester au sommet toutes les semaines, tous les matchs, mais ce feu qu’elle a en elle pour être toujours la meilleure et qui lui permet de croire toujours en elle, je sais qu’il sera toujours là. »

Une grande satisfaction personnelle pour Bruneau

Responsable de l’élite féminine à Tennis Canada, Sylvain Bruneau est aussi l’entraîneur de Bianca Andreescu depuis un peu plus d’un an. Son travail lui a valu une place parmi les trois finalistes au titre d’entraîneur de l’année sur le circuit de la WTA, remis lundi à l’Australien Craig Tizzer.

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Sylvain Bruneau et Bianca Andreescu à l'entrainement au Stade IGA, en septembre

« Au plan personnel, cette année a vraiment été extraordinaire, a concédé Bruneau. J’ai eu plusieurs belles années à Tennis Canada, mais 2019 est vraiment exceptionnelle en raison des résultats de Bianca, de ses performances à Indian Wells, Toronto, New York. »

Et l’entraîneur ne sera pas trop déçu d’avoir laissé le titre de la WTA à un collègue : « J’ai fait un peu de recherche quand j’ai appris ma nomination et j’ai constaté que la plupart des entraîneurs qui ont gagné ou ont été finalistes ne travaillent plus avec la même joueuse ! »