Pour la deuxième fois en l'espace de quatre ans, après les Jeux olympiques d'hiver de Sotchi en 2014, le monde aura les yeux rivés sur la Russie dans le cadre d'un rendez-vous sportif majeur. Et comme toujours avec Moscou, l'organisation d'un tel évènement dépasse largement le simple domaine du sport.

Mis à jour le 12 juin 2018
Pascal Milano LA PRESSE

«Ça fait partie d'une politique d'affirmation nationale et internationale du régime pour montrer sa grandeur et son retour à l'avant-plan», affirme Mathieu Boivin-Chouinard, professeur d'histoire au cégep André-Laurendeau et spécialiste des fondements politiques, sociaux et culturels du sport soviétique russe.

«Est-ce que Sotchi a été à la hauteur des attentes avec tous les scandales [de dopage]? Ça dépend beaucoup des points de vue. Le soccer et le Mondial, par rapport aux Jeux d'hiver, possèdent un écho plus international que [Vladimir] Poutine ne doit pas détester.»

À Sotchi, la Russie avait remporté 33 médailles avant que les révélations de dopage institutionnalisé ne fassent chuter ce nombre au cours des deux dernières années. Ce qui était originellement une réussite sportive, et politique par extension, s'est transformé en un scandale à très grande échelle.

Durant cette Coupe du monde, il serait fort étonnant que la Russie soit l'auteure d'un grand parcours. Prendre l'une des deux premières places dans un groupe A, par ailleurs plutôt faible, serait déjà un bel accomplissement.

«Le sport est un couteau à double tranchant, résume Boivin-Chouinard. Je ne sais pas comment ils ont tourné ça au niveau national afin de contrôler les attentes et d'éviter que ça ne devienne un échec au niveau politique. C'est sûr que si l'équipe fait un bon tournoi, ils vont utiliser ça à des fins politiques.

«Mais le fait d'accueillir le monde et d'avoir accès à du soccer de ce niveau, c'est déjà un succès en soi. Les Russes sont des gens fiers, ajoute-t-il. Il faut mettre ça en parallèle avec les années [Boris] Eltsine où la Russie avait atteint le fond du baril et où l'orgueil national a été piqué au vif. Les Russes associent cet évènement à un certain retour en force.»

Des problèmes à gommer

En Russie, cela fait longtemps que le hooliganisme - les partisans anglais semblent avoir été ciblés - et les actes à connotation raciste font partie du paysage.

Au mois de mars, par exemple, les Français Ousmane Dembélé et Paul Pogba avaient été la cible de cris de singe lors d'un match amical à Saint-Pétersbourg. Depuis cet incident, d'autres sanctions sont tombées dans le championnat national : huis clos partiel pour un match du Spartak Moscou, amende au Zénit Saint-Pétersbourg, dont les partisans ont lancé des slogans néonazis. La liberté de mouvement de certains partisans virulents sera restreinte durant le Mondial.

«Ça va être un enjeu important parce qu'ils ne veulent pas perdre la face. Ils ne veulent pas que ce soit cet aspect qui soit spinné à l'international, précise Boivin-Chouinard. Si la violence et les cris racistes dans les estrades prenaient le dessus, ce ne serait évidemment pas quelque chose de positif pour les organisateurs.»

L'enjeu sécuritaire, comme c'est maintenant le cas lors de chaque événement majeur, sera également important dans chacune des 11 villes hôtes. Boivin-Chouinard se souvient d'avoir assisté à un match de Ligue des champions avec une sécurité omniprésente.

«Il y avait des cordons policiers qui faisaient un corridor complètement hermétique entre la station de métro et l'entrée du stade. J'ai hâte de voir comment ils vont gérer ça parce que ce sont les fans internationaux qui vont être là. Les Russes sont habitués à des mesures considérées comme contraignantes vues de l'Occident. Comment les standards habituels de sécurité seront-ils appliqués dans un évènement comme celui-là?»

La réponse tombera d'ici quelques jours...