Il y a des mythes qui sont difficiles à supprimer. Dans un club aussi superstitieux que l'Impact de Montréal, le poste d'arrière latéral gauche est devenu un gage d'instabilité depuis le départ de Mauricio Vincello à la fin 2007. Alors que se dessine une bataille intéressante entre Maxim Tissot et Dennis Iapichino pour occuper cette position dans l'édition 2013 du onze montréalais, revenons sur les circonstances qui font décupler les attentes par rapport au successeur de l'emblématique défenseur argentin.

Patrick Leduc, collaboration spéciale LA PRESSE

D'abord une chose, Vincello était un personnage singulier avec son visage hirsute aux allures de Christ et ses expressions faciales digne de Sol le clown. En dehors du terrain, l'homme avait un côté spirituel assez prononcé. Préférant de loin les pâturages de la Pampa aux pelouses artificielles du Complexe Catalogna, le légendaire numéro 6 argentin a choisi de se retirer du monde - pas seulement sportif - alors qu'il était un rouage indélogeable de la défense montréalaise. Adepte du soliloque, Vincello a opté pour un style de vie plutôt monastique. Ne comptez pas trop sur Facebook pour le retrouver.

Obnubilé par «saint Mauricio», l'Impact n'est jamais parvenu à remplacer le héros de la finale de 2004, auteur du but vainqueur dans des circonstances miraculeuses alors qu'un virus l'avait contraint à passer la veille du match sous intraveineuse à l'hôpital.

Beaucoup d'appelés

Bien des candidats ont été engagés pour suppléer au latéral perdu: Lyssand, Zanzan, Surprenant. Mais rares sont ceux dont le passage fut mémorable. Mis à part le Jamaïcain Steven De Roux, brillant épisodiquement le temps d'une saison, aucun n'a montré l'étoffe et la constance nécessaires pour faire oublier Vincello.

Le passage en MLS n'a guère changé la situation. Tyson Wahl et Josh Gardner n'ont fait que passer. Pris pour dépanner sur le côté, ni Jeb Brovsky ni Matteo Ferrari n'ont démontré d'aptitudes naturelles pour combler les lacunes qui persistent à cette position du onze montréalais.

L'acquisition de Dennis Iapichino durant la saison 2012 se voulait donc une énième tentative pour remédier au problème. Mais le Suisse a encore à prouver sa valeur après quelques performances en dents de scie l'an passé. Iapichino participe bien à l'effort offensif, mais il ne s'est pas montré le plus fiable dans les tâches défensives.

On comprend donc que l'occasion est assez belle pour le jeune Maxim Tissot, produit de l'Académie qui semble le plus susceptible d'être promu chez les pros en 2013. Avant même sa passe décisive à Andrew Wenger lors du premier match amical en Floride, le potentiel de Tissot semblait faire l'unanimité parmi le personnel technique montréalais.

Là où le doute subsiste - et c'est le lot de chaque jeune joueur de l'organisation -, c'est sur la capacité qu'aura le jeune Tissot à composer avec la pression de jouer au niveau professionnel à Montréal. Si les attentes du public sont élevées, elles devraient toutefois être tempérées face à un joueur recrue, produit local de surcroît.

Par contre, celles de la direction risquent de ne pas être modulées de la sorte. Surtout à un poste qui reste marqué par le passage du mythique Vincello. À vrai dire, ce n'est peut-être pas un joueur en particulier qui permettra d'exorciser le spectre qui hante le flanc gauche de la défense montréalaise. Un peu moins d'idéalisme et un peu plus de réalisme contribueraient sans doute à atténuer un phénomène qui n'a rien de paranormal. On a beau avoir un club aux racines italiennes, je ne crois pas à la malédiction, car la position de latéral gauche à l'Impact de Montréal n'a rien de sinistre.