À quand une ligue de soccer professionnelle féminine au Canada ? La réponse, vous vous en doutez, est plus compliquée que la question.

Publié le 15 août
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

En mai dernier, Soccer Canada annonçait avoir confié à Breagha Carr-Harris le mandat de développer le soccer professionnel féminin au pays. Un peu plus de trois mois plus tard, elle a entamé la première phase de sa nouvelle mission : elle a effectué des recherches, notamment en rencontrant différents intervenants, amateurs et joueuses à travers le pays.

« J’ai écouté beaucoup. J’écoute encore. Et je dois encore écouter », lance-t-elle d’entrée de jeu en entrevue avec La Presse, dimanche midi, en marge du Championnat interprovincial féminin inaugural de League 1 qui se tenait à Laval tout le week-end.

« Ce que j’ai appris, c’est qu’il y a tellement de gens qui se passionnent pour ça. Beaucoup d’entre eux, ils attendent ça depuis longtemps. »

Les opinions sur le développement du soccer féminin au Canada divergent. Mais fondamentalement, dit-elle, tout le monde veut la même chose : « Voir le sport grandir, pour les femmes. » Maintenant, l’objectif est de trouver comment créer un « écosystème professionnel canadien ».

Le mandat de Carr-Harris, ancienne joueuse elle-même, est de deux ans. C’est donc la date cible pour la mise sur pied d’une ligue, ou « autour de ça ».

PHOTO TIRÉE DU SITE DE SOCCER CANADA

Nick Bontis, président de Soccer Canada, et Breagha Carr-Harris, responsable du soccer professionnel féminin

Je ne veux pas dire [officiellement dans] deux ans. Mais ça s’en vient absolument ! C’est important pour nous de bien faire les choses. Ce doit être durable et pouvoir grandir.

Breagha Carr-Harris, responsable du soccer professionnel féminin

Au cours des derniers mois, Carr-Harris a passé beaucoup de temps à examiner les stratégies mondiales qui ont été déployées dans le monde du soccer féminin.

Elle cite notamment les pays « historiques », comme les pays européens, chez qui « le soccer fait partie du mode de vie depuis toujours ». On pense notamment à la victoire de l’Angleterre devant plus de 85 000 spectateurs en finale de l’Euro féminin 2022. Carr-Harris évoque aussi les ligues australienne et mexicaine, ou encore la ligue féminine nord-américaine (NWSL).

« Ça va nous aider à grandir, mais nous ne sommes pas ces marchés et ces pays, rappelle Carr-Harris. Nous avons un énorme et superbe pays, alors nous allons utiliser les meilleures pratiques et essayer de trouver comment s’y prendre, en combinaison avec qui nous sommes, notre identité canadienne, pour bâtir ce que nous voulons bâtir. »

« Tu regardes des équipes comme l’Angel City FC [le club de la Québécoise Vanessa Gilles] qui font des choses extraordinaires, et tu regardes en Europe, et tu ne peux pas t’empêcher de te dire : quel monde extraordinaire ! Mais quelque part, au milieu de tout ça, il y a notre monde. Ce sera canadien, c’est notre tâche. »

Équité salariale

Cette année, la Fédération de soccer américaine a conclu un accord historique en assurant l’équité salariale entre les équipes nationales masculine et féminine.

Au sujet de l’équité salariale pour une future ligue professionnelle féminine canadienne, Breagha Carr-Harris affirme que « c’est le but ».

L’équité [salariale] est importante. Si tu bâtis pour les femmes, ça doit faire partie de la conversation. Il n’y a pas grand-chose de plus à dire.

Breagha Carr-Harris

« Si nous voulons professionnaliser ce jeu, nous devons le faire à tous les niveaux, continue-t-elle. Nous voulons non seulement retenir nos meilleurs talents, mais aussi les faire revenir. »

« Si nous voulons faire tout ça, nous devons être honnêtes et authentiques dans ce que nous sommes. Nous devons prendre soin des joueuses. Nous devons créer un environnement où elles sont respectées et traitées correctement. »

« La deuxième division »

C’est la première édition du Championnat interprovincial féminin de League 1, qui avait lieu sur le terrain du Centre sportif Bois-de-Boulogne de Laval, ce week-end. On y retrouvait les deux équipes championne et vice-championne de la Première Ligue de soccer du Québec (PLSQ), l’équipe championne de la League 1 de la Colombie-Britannique et celle de la League 1 de l’Ontario. On parle ici de circuits semi-professionnels.

Selon Breagha Carr-Harris, ce championnat est un pas vers l’avant pour le développement du soccer féminin.

« Ce tournoi est tellement important parce qu’il démontre la collaboration, soutient-elle. La plupart du temps, nous vivons isolés. Nous sommes tellement concentrés sur ce que nous faisons dans notre propre espace. »

La League 1 Canada est un exemple parfait de ce que ça donne quand nous travaillons ensemble.

Breagha Carr-Harris

Selon Sonia Denoncourt, directrice des programmes à Soccer Québec, l’idée est de développer la League 1 à travers le Canada afin d’en faire « la deuxième division pour le niveau professionnel ».

« Si on a notre ligue professionnelle dans deux ans, ce championnat canadien là peut devenir un peu la plateforme pour atteindre les ligues professionnelles, explique-t-elle. On espère avoir plusieurs Canadiennes, leur donner la visibilité, la possibilité de se faire valoir dans un championnat canadien. »