« Ça m’avait déchiré le cœur de partir de Montréal, je ne vais pas le cacher », nous avoue Saphir Taïder au bout du fil. Le joueur aujourd’hui sans club affirme même qu’il « privilégierait » une offre du CF Montréal avant toute autre.

Publié le 6 janvier
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

La Presse a joint l’ancien milieu de terrain de l’Impact en France, quelques mois après la résiliation de son contrat avec le club saoudien Al-Aïn pour défaut de paiement.

Cette histoire a d’abord fait surface ici mardi dernier, par l’entremise de Nilton Jorge, du média indépendant Kan Football Club. KAN FC a rapporté des propos cités lors d’une entrevue avec Goal Arabia, dans laquelle Taïder révélait que son club ne le payait plus depuis janvier 2021. Soit trois mois après son départ de Montréal.

Le média La Gazette du Fennec a ajouté qu’Al-Aïn n’avait toujours pas remboursé les 6 millions de dollars dus à Taïder pour son contrat de trois ans, même si le joueur avait eu gain de cause auprès de la FIFA.

Ça avait pourtant bien commencé pour Saphir Taïder après son départ de Montréal. Il avait marqué trois buts et ajouté une passe décisive en sept matchs en Arabie saoudite. Mais une blessure l’a tenu à l’écart du jeu à partir de décembre… et il n’a jamais rejoué. Le club a arrêté de le payer, ainsi que d’autres joueurs, peu après.

« Je me suis blessé fin décembre, j’ai essayé de revenir au jeu fin janvier, mais j’avais toujours des douleurs, raconte Taïder. Ce n’est pas forcément à cause de la blessure, parce que je ne suis pas le seul à ne pas avoir été payé. »

Est-ce que le club vous faisait des promesses qu’il ne respectait pas ?

« Dans ces pays-là, ça arrive fréquemment, des retards de salaire. Pour des raisons que j’ignore, il y a souvent des retards de salaire d’un, deux, voire trois mois. »

C’est donc sept mois plus tard, en août, que Taïder prend le taureau par les cornes.

« J’ai quitté le club parce que j’ai eu des défauts de paiement à mon égard, justifie-t-il. Je n’ai pu le faire que fin août parce qu’il y a des règles mentionnées par la FIFA qui ne permettent pas de faire tout et n’importe quoi. »

« Forcément, fin août, c’était la fin du mercato, donc tous les mercatos étaient fermés, ajoute-t-il. J’ai dû attendre jusqu’en janvier pour que les nouveaux mercatos ouvrent. »

D’où les récentes entrevues, donc.

« Condamner les clubs comme le mien »

Mais autant Taïder souhaite donner un nouveau souffle à sa carrière, autant il veut « condamner » les clubs qui agissent de la sorte.

« Dieu merci, je n’ai pas à me plaindre », souligne le milieu de terrain algérien qui a aussi joué en Italie et en Angleterre avant la MLS. « Mais il y a des cas où des joueurs se trouvent en difficulté. Des membres du staff, aussi. »

« À la base, mon interview avec Goal, c’était pour condamner les clubs comme le mien qui ne respectent pas leurs engagements financiers et professionnels. C’était pour lancer un message à la fédération et au ministère des Sports saoudien de contrôler ce genre de choses, parce que c’est très grave. Ce sont les premiers à vouloir organiser des compétitions à l’international, et ce sont les premiers à ne pas respecter les règles. Tout cela peut avoir des conséquences sur plein de joueurs. Moi ça va, mais il y en a que c’est autre chose. »

La conséquence qui lui fait le plus mal, aujourd’hui, est cette inactivité qui l’écarte de la sélection algérienne.

« Pour être en sélection, il faut être compétitif, explique-t-il. Quand je parle de rêve, je parle de ça. Retrouver la sélection pour un Algérien, c’est le rêve de tout le monde. Forcément, quand on est inactif, pas à cause de soi mais à cause d’un manque de professionnalisme, il faut condamner ce club-là parce qu’on ne joue pas. »

Vers un retour à Montréal ?

Taïder a marqué 20 buts et récolté 21 passes décisives en 76 matchs avec l’Impact en MLS, de 2018 à 2020. Arrivé en prêt de Bologne en tant que joueur désigné sous l’ère Rémi Garde, son transfert officiel au Bleu-blanc-noir avait été confirmé en novembre 2019.

L’ancien de l’Impact a quitté Montréal alors que le club était en pleine course aux séries, en octobre 2020. Conséquent avec ses propos du jour, il disait à l’époque partir « le cœur déchiré ». Le directeur sportif Olivier Renard parlait aussi d’une « opportunité » pour Taïder et disait « satisfaire son désir » d’être transféré à Al-Aïn.

Regrette-t-il sa décision, aujourd’hui ?

« Moi, quand je pars de Montréal, j’ai une discussion avec Olivier Renard, se souvient-il. Je ne veux pas partir de Montréal. C’est moi qui ai décidé de partir, mais j’avais envie de rester. Pour différentes raisons, j’ai fait le choix de partir et je ne le regrette pas. J’ai toujours dit qu’à Montréal, je me sentais super bien. »

À ce moment-là, il me restait une année de contrat. Forcément, renouveler là-bas n’était pas facile parce qu’on était en pleine période COVID. J’avais une offre importante en Arabie saoudite. C’était un tas de choses, et j’ai fait le choix de partir.

Saphir Taïder 

On le soulignait plus tôt, le marché des transferts de janvier est ouvert. Si Montréal lui faisait une offre, l’accepterait-il ?

« Je pense que oui, affirme Saphir Taïder. Je privilégierais Montréal à toutes les autres offres que je peux avoir parce que ma famille s’y sent tellement bien, et moi aussi. Quand tu as une famille, tu privilégies vraiment l’aspect familial plus qu’autre chose. »

Il est difficile de connaître le niveau actuel de Saphir Taïder, symptôme de son inactivité. Son acquisition hypothétique ne cadrerait pas non plus avec la philosophie d’Olivier Renard, qui cherche à acquérir de jeunes joueurs à bon prix, les faire progresser pour ensuite tenter de les revendre à profit.

Le CF Montréal a pour l’instant fait savoir à La Presse que le club ne commenterait pas la situation.