Le volcan du BMO Field risquait d’entrer en éruption à tout moment. Il fallait que ce soit Alphonso Davies qui le fasse exploser.

Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Et les répercussions de ce but magistral, marqué à la 66minute, se feront sentir encore longtemps.

Le Canada l’a emporté 4-1 face au Panamá, mercredi soir, à Toronto. Cette victoire lui a permis de reprendre le troisième rang dans la phase finale des qualifications de la Coupe du monde de 2022, avec 10 points. Les trois premiers se qualifient directement, tandis que le quatrième doit passer par un match de barrage.

Mais au moment où Alphonso Davies a couru ses 80 verges à l’aile droite pour soutirer le ballon au Panamá, puis se diriger vers le but, c’était encore 1-1. Les Canadiens avaient dominé outrageusement la rencontre, malgré le but concédé en début de match. Mais ce n’était pas encore le résultat attendu.

PHOTO CHRIS YOUNG, LA PRESSE CANADIENNE

Alphonso Davies

Davies s’empare habilement du ballon à l’aile droite, donc, après une course sensationnelle entamée loin dans sa propre zone. Ce revirement inattendu crée un deux contre un à l’orée de la surface de réparation. Il fait face au défenseur panaméen. Davies remet le ballon vers son pied gauche. Il tire…

Et le volcan pétarade.

C’est 2-1, et le Canada vient de compléter sa remontée.

« Je considérais courir pour le ballon, puis j’ai vu que le défenseur semblait un peu confus, alors j’ai commencé à prendre de la vitesse, a expliqué Alphonso Davies après la rencontre. Après cela, j’étais engagé. Je savais qu’il était plus imposant que moi, mais j’ai simplement tenté de garder le ballon en jeu. Ensuite, c’était une situation de deux contre un. J’ai regardé vers mon coéquipier, mais dans ma tête, je me disais "frappe le ballon !". Je l’ai envoyé à côté du gardien. J’étais content qu’il entre dans le filet. »

Cette analyse, Davies l’a faite presque comme s’il s’agissait d’un jeu de routine. C’était pourtant tout sauf le cas. Parlez-en à Maxime Crépeau.

C’était vraiment impressionnant, je dois avouer. […] On a de vrais diamants dans cette équipe.

Maxime Crépeau, gardien de but titulaire du Canada

« C’était vraiment cool. Il croyait qu’il pouvait se rendre et garder le ballon en jeu, et il l’a fait. J’ai été témoin de beaux buts, mais c’était un grand moment pour le pays et pour faire exploser cette équipe. Ça a changé le cours du match. »

Tajon Buchanan en a rajouté à la 71e, avec une belle frappe de la tête lobée issue d’un brillant service de Richie Laryea. À 3-1, il s’agissait d’un score qui reflétait beaucoup mieux l’allure du match.

Mais le Canada n’avait pas dit son dernier mot. Jonathan David faisait 4-1 à la 78e, ce qui fermait les livres pour de bon sur une soirée magique à Toronto.

Parce que la foule, bruyante et énergique du début à la fin, a permis aux Rouges d’imposer massivement leur jeu.

« L’ambiance était superbe, s’est réjoui le sélectionneur John Herdman en visioconférence. On l’a vraiment ressentie ce soir.

« Les partisans étaient vraiment derrière nous. Les gars m’ont dit en sortant du terrain qu’ils n’avaient jamais ressenti ça auparavant dans un chandail du Canada. »

Ça n’a pas empêché le Panamá de frapper en premier dans ce match. Dès la 5minute, Michael Murillo, après une féroce montée à l’aile droite, a servi un centre bas parfait à Rolando Blackburn. Ce dernier n’avait qu’à faire dévier le ballon doucement derrière Crépeau.

Mais visiblement, les Canadiens étaient conscients de l’importance du moment. Et le sélectionneur John Herdman ne pouvait demander une meilleure réponse de ses troupes. La pression canadienne était si forte en première mi-temps qu’on sentait qu’un but était inévitable.

Et but il y eut.

C’était le troisième coup de pied de coin consécutif du Canada. Le Panamá était dans les câbles depuis de longues minutes. À la 28e, c’en était trop. Le corner de Davies a atterri dans la masse humaine devant le filet de Luis Mejia. Le ballon est dévié sur le défenseur Michael Murillo, qui est crédité d’un but contre son camp. C’était 1-1, et le sélectionneur canadien ne se pouvait plus sur les lignes de côté.

PHOTO CHRIS YOUNG, ASSOCIATED PRESS

Jonathan Osorio festoie après avoir marqué lors de la première demie.

La première période s’est terminée avec une échauffourée au drapeau de coin gauche canadien. Le substitut Doneil Henry, agenouillé hors de la ligne de touche, ne voulait pas laisser sa place au joueur panaméen pour qu’il prenne son corner. Les esprits se sont échauffés, tous les joueurs des deux équipes, substituts inclus, se sont mis de la partie. Même John Herdman s’en est mêlé.

« C’est un cas de vie ou de mort pour nous, a imagé Herdman. On va se battre jusqu’à la fin pour notre pays. […] Notre mission est plus grande que n’importe laquelle des équipes en CONCACAF. Nous n’avons pas été à la Coupe du monde depuis 1986. Les autres équipes, si. Elles veulent nous en empêcher ? On va avoir notre mot à dire. »

Ce résultat devenait d’autant plus important après la victoire des Américains face au Costa Rica par la marque de 2-1, mercredi. Le Mexique et les États-Unis sont respectivement premier et deuxième avec 14 et 11 points chacun. Il reste encore huit matchs à jouer dans cette phase finale des qualifications.

Le Canada reprendra le flambeau le 12 novembre à Edmonton contre le Costa Rica. Il conclura cette séquence importante de matchs à domicile contre le Mexique le 16 novembre, encore à Edmonton, la ville d’adoption d’Alphonso Davies.

Ce dernier a reçu un message spécial ce soir, par ailleurs.

« Il vient de recevoir un texto de Drake, a révélé Herdman en souriant. Drake veut rencontrer les gars. »