(Montréal) Rarement un verdict nul aura été reçu avec autant de positivisme et d’optimisme que celui de l’équipe masculine de soccer du Canada jeudi soir à Mexico dans le cadre du tournoi de qualification de la Concacaf en vue de la Coupe du monde de la FIFA de 2022. Au point où Patrice Bernier n’hésite pas à parler d’un grand moment pour le soccer canadien.

Michel Lamarche La Presse Canadienne

« C’est un grand moment pour le Canada parce qu’en Concacaf, c’est connu, il faut que tu gagnes tes matchs à domicile et il faut que tu essaies de prendre des points à l’adversaire sur la route », a précisé l’ancien capitaine de l’Impact de Montréal en entrevue à La Presse Canadienne vendredi matin.

« Dans la tête de tout le monde, le Mexique était supposé prendre trois points. C’était la logique d’avant-match. Là, le Canada a pris un point et il en a enlevé deux à son adversaire », a-t-il ajouté.

Ce score final de 1-1 a également laissé un bon goût à la bouche des joueurs du CF Montréal Mathieu Choinière et de Joel Waterman. Pas seulement à cause de la qualité du rival et parce qu’ils comptaient quatre de leurs coéquipiers montréalais au sein de l’équipe nationale, jeudi soir, mais aussi pour le bien-être du soccer canadien en général.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Mathieu Choiniere

« On n’a pas été déclassé. Je pense même qu’on a eu beaucoup plus d’occasions concrètes qu’eux. Ça prouve que le foot canadien est vraiment en progression et qu’on n’a plus à avoir peur de contre qui on joue », a déclaré Choinière lors d’une visioconférence du CF Montréal vendredi après-midi.

« Ce n’est pas comme si nous avions obtenu un verdict nul chanceux. J’ai trouvé que le Canada a mieux joué en première demie. Nous avons eu trois ou quatre bonnes chances de marquer », a estimé Waterman, tout en reconnaissant que les Mexicains avaient offert une meilleure performance lors de la deuxième mi-temps.

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Joel Waterman

C’est un résultat significatif pour le pays par rapport au futur. Il reste encore beaucoup de travail à faire, mais c’est un pas gigantesque vers l’avant

Joel Waterman, joueur du CF Montréal

Comme le Forum d’antan

Plusieurs raisons peuvent expliquer la logique à laquelle Bernier fait allusion. Les positions respectives des deux nations-le Mexique est 9e et le Canada, 51e au classement de la FIFA-en est une.

Aussi, il y a le fait que dans le passé, chaque périple de l’équipe masculine de soccer du Canada au Mexique, et tout particulièrement au stade Azteca, était perçu comme une formalité pour « el Tri ».

Avant que Jonathan Osorio n’égale le score vers la fin de la première demie, jeudi soir, le Canada n’avait pas marqué au stade Azteca depuis novembre 1980.

Selon Bernier, le stade Azteca peut créer un effet psychologique semblable sur les clubs visiteurs à celui qu’ont pu engendrer des enceintes sportives comme le Forum de Montréal, le Yankee Stadium ou des stades de soccer comme le Camp Nou, à Barcelone, et Old Trafford, le château fort de Manchester United dans la Premier League.

« C’est un stade qui a accueilli la Coupe du monde de 1970, la Coupe du monde de 1986. Les Pelé, les Maradona ont fait leur marque sur ce terrain-là. On le sait, quand tu parles du Mexique, tu parles du stade Azteca. Il est connu mondialement », note Bernier.

« Il y a un historique, il y a un pesant, un facteur psychologique. Quand tu arrives au match, tu te dis’on s’en vient jouer ici, ça va être dur’ », ajoute-t-il.

Croyance et culture

Avant d’aller chercher ce résultat sur la pelouse de ce stade contre un rival de cette envergure, le Canada avait aussi obtenu un match nul contre les États-Unis à Nashville, le 5 septembre dans le cadre de ce même tournoi

Or, ces deux verdicts nuls en terrain hostile ont possiblement permis à la formation canadienne de compenser pour le score de 1-1 contre le Honduras le 2 septembre dernier à Toronto, estime Bernier.

« Le match nul contre le Honduras, on pourrait dire que c’est une mission pas accomplie. Mais là, après que l’on a eu enchaîné avec un match nul avec les États-Unis, on a battu le Salvador (3-0 à Toronto), et là, on fait match nul avec le Mexique. Ç’a saveur de victoire. »

Bernier est de ceux qui croyaient aux chances du Canada d’arracher un point au Mexique jeudi soir. Il voit du potentiel à l’intérieur du groupe et une attitude positive chez les joueurs.

« L’équipe canadienne, avant tout, elle a de la qualité. Ils sont jeunes, ils sont conquérants. Mais le facteur’’x’’, c’est que je crois que mentalement, leur croyance est très élevée », a observé Bernier.

« Ce que (l’entraîneur-chef) John Herdman a inculqué, je pense, c’est une culture de vouloir performer match après match sans jamais être satisfait », a-t-il poursuivi.

Troisième au classement du tournoi après quatre matchs, le Canada (1-0-3 -6 points) a fait un grand pas jeudi soir. Le plus important reste cependant à faire, avise Bernier.

« Ce que John Herdman et ce jeune groupe font, c’est de nous avoir éveillés et de nous faire réaliser qu’il y a du talent et qu’ils sont bons. Pour le concrétiser et le confirmer, il faut aller à la Coupe du monde. C’est ça qui va changer comment le monde perçoit le soccer canadien », croit Bernier.

« C’est ce qui est arrivé aux États-Unis. On ne croyait pas que les États-Unis étaient un pays de soccer. Depuis 1994, ils sont là régulièrement, au point où s’ils ne vont pas à la Coupe du monde, c’est un échec national. Nous, on doit se rendre à la Coupe du monde et ensuite, si on le fait, c’est d’y aller de façon régulière. C’est ça qui va changer la perception des gens », a conclu Bernier.