Les rêves anglais sont brisés… une fois de plus. L’Italie a remporté l’Euro 2020 (1-1, 3-2 aux tirs au but) face à l’Angleterre, à Londres, dimanche.

Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

L’euphorie des festivités d’avant-match autour de Wembley laisse donc place aux larmes anglaises… et à l’attente d’un premier titre international depuis 1966.

Ça avait pourtant si bien commencé pour les Three Lions.

Dès la 2e minute, un coup de pied de coin accordé mollement par le défenseur anglais Harry Maguire a finalement permis à son équipe de mener une contre-attaque dévastatrice. Luke Shaw marquait ainsi son tout premier but en sélection anglaise.

Et quelle façon de le marquer ! Une belle montée de Harry Kane au centre, une passe rapide en profondeur vers Kyle Walker, une remise vers Kieran Trippier au coin droit de la boîte, puis un super lob vers le défenseur Luke Shaw à la gauche du filet. Son tir, pris avec une confiance surprenante pour un joueur qui n’en tente pas souvent, a frappé l’intérieur du poteau avant de franchir la ligne. Il s’agissait du but le plus rapide jamais marqué en finale de l’Euro.

PHOTO ANDY RAIN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Luke Shaw

On croyait alors la machine anglaise bien partie. Les belles passes du milieu vers les ailes ont écarté la défense italienne à plusieurs reprises en début de match, sans que l’Azzurri ne trouve de réponse immédiate.

Mais Roberto Mancini est un entraîneur d’expérience, et l’Italie, dans son histoire, en a vu d’autres. Malgré le but concédé, elle a contenu cette poussée hâtive des Anglais.

Et dès que l’Italie a pu s’installer dans la rencontre, autour de la 30e minute, elle n’a plus regardé en arrière. Sa première vraie occasion est venue à la 35e, lorsque Federico Chiesa a gagné sa longue bataille contre Maguire pour prendre un bon tir frôlant le poteau droit du gardien Jordan Pickford.

La réplique

En début de deuxième mi-temps, on sentait que le vent avait tourné pour de bon.

Les Anglais ont semblé laisser tomber la possession pour défendre à 10 derrière le ballon. L’Italie n’était que trop contente d’en profiter.

Des coups francs en zone dangereuse, des frappes stoppées in extremis par Pickford, de la possession de ballon efficace : la Squadra Azzurra était en parfait contrôle.

Et à la 67e minute, la récompense : Leonardo Bonucci a profité du chaos dans la boîte de réparation après un coup de pied de coin et s’est emparé d’un retour malchanceux de Pickford. C’était 1-1.

PHOTO ANDY RAIN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Leonardo Bonucci

À partir de ce moment, c’était une guerre de tranchées. Du jeu serré. Aucune des deux équipes ne semblait vouloir jouer son va-tout.

Les 30 minutes supplémentaires ont prolongé cette tangente.

Le théâtre des tirs au but

Peu de scènes dans le sport sont aussi dramatiques et tendues qu’une séance de tirs au but. C’est toutefois ce qui nous attendait en cette finale de l’Euro.

Les réussites anglaises sont venues de Kane et de Maguire, tandis que Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka ont été les tireurs malchanceux.

Du côté des Italiens, Domenico Berardi, Leonardo Bonucci et Federico Bernardeschi ont frappé dans le mille, mais Andrea Belotti et Jorginho ont raté leurs occasions.

Finalement, le gardien Gianluigi Donnarumma a été le héros des Italiens dans cette séance, bloquant les tirs de Saka et de Sancho.

Pour compléter le triomphe, Donnarumma repart aussi de Londres avec le trophée du meilleur joueur de l’Euro 2020.

Jubilation et déception

« C’est un rêve, jubilait Donnarumma après la rencontre. C’est exceptionnel, on a écrit l’histoire. On mérite ce qui nous arrive. On a un groupe exceptionnel, on s’aime les uns les autres, on sait d’où l’on vient. Personne ne croyait en nous, mais on est là aujourd’hui. Avant la séance de tirs au but, j’étais tranquille, je sais ce que je suis capable de faire. »

PHOTO LAURENCE GRIFFITHS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Gianluigi Donnarumma, au centre

Même son de cloche chez le sélectionneur italien Roberto Mancini.

« Ces garçons ont été formidables. Nous avons été courageux, vraiment courageux. On a encaissé ce but rapidement, cela nous a mis en difficulté, mais après, on a dominé la rencontre. »

Ce soir, nous sommes heureux, c’est important pour tout le monde, pour tous les supporteurs. J’espère qu’ils font la fête [en Italie].

Le sélectionneur italien Roberto Mancini

Pour l’Angleterre, cette dure défaite aux tirs au but s’ajoute aux autres malheurs qu’elle a vécus au cours de son histoire en compétitions internationales. Bien qu’une première finale internationale en 55 ans soit matière à célébration, la déception de ne pas avoir fermé les livres à Londres est vive. Entre autres pour le capitaine, Harry Kane.

PHOTO CARL RECINE, ASSOCIATED PRESS

Harry Kane

« Je n’aurais pas pu donner plus que ça, les gars n’auraient pas pu donner plus que ça, a-t-il dit. Les tirs au but sont la façon la plus désagréable de perdre au monde. »

Ce n’était pas notre soir, mais ç’a été un tournoi fantastique, et on doit être fiers et garder la tête haute. Ça va faire mal sur le moment, mais on est sur la bonne voie et on bâtit. J’espère qu’on pourra progresser grâce à cela l’an prochain.

Harry Kane

« L’Italie est une grande équipe, a-t-il enchaîné. On avait parfaitement démarré et peut-être qu’on a un peu trop reculé […]. Pour être honnête, on avait plutôt le contrôle, mais ils ont égalisé sur un coup de pied arrêté. Et les tirs au but, c’est les tirs au but. Ce sont des choses qui arrivent. Tout le monde peut rater un pénalty. On gagne ensemble ou on perd ensemble. Cela doit aider les garçons à grandir et nous donner de la motivation pour le Mondial l’an prochain. »

Si le sélectionneur anglais Gareth Southgate avait eu la main heureuse avec ses substitutions jusqu’ici dans le tournoi, les critiques seront difficiles à éviter pour ses choix en finale, notamment en vue des tirs au but.

PHOTO CARL RECINE, REUTERS

Gareth Southgate

« J’ai choisi les tireurs, a assumé Southgate auprès de la chaîne britannique ITV. C’était ma décision de lui donner ce pénalty », a-t-il expliqué au sujet du dernier tireur anglais, le jeune Saka (19 ans), dont la frappe a été arrêtée par Donnarumma.

« On a travaillé ça avec eux à l’entraînement. C’était un pari. Nous avons décidé de faire les changements à la fin du match. Mais nous gagnons ou nous perdons ensemble, en équipe. »

« Je suis incroyablement déçu de ne pas avoir franchi cette marche supplémentaire », a également déclaré Southgate.

L’Italie succède donc au Portugal en tant que championne en titre du championnat européen. Il s’agit de son deuxième titre à ce tournoi, le premier ayant été remporté en 1968. La Squadra Azzurra est aussi détentrice de quatre Coupes du monde.

Rappelons que les Italiens n’avaient pas réussi à se qualifier pour le Mondial de 2018.

Avec l’Agence France-Presse