(Londres) Dans les rues de Londres, les pubs ou autour de Wembley, la température a grimpé de plusieurs degrés dimanche pour la finale de l’Euro (21 h), entre manifestations d’enthousiasme et premiers débordements de partisans avant le brûlant choc entre l’Angleterre et l’Italie.

Jérémy TALBOT et Frédéric HAPPE Agence France-Presse

Sans grand respect des gestes barrières, l’ambiance était survoltée devant l’enceinte mythique du nord-ouest de la capitale britannique, avec des chants entonnés par des fans vêtus de maillots, drapeaux et chapeaux aux couleurs de la sélection des Three Lions.  

Les débris de verre étaient nombreux au sol et des partisans lançaient en l’air bouteilles en plastique, pierres, canettes de bière, sacs à dos ou encore cônes de signalisation. Un drapeau de l’Italie a même été brûlé par des partisans dans le centre de Londres, a constaté l’AFP.

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Selon des images diffusées sur les réseaux sociaux, des dizaines de fans sans billet ont renversé des barrières et submergé le personnel de sécurité pour tenter de rentrer dans le périmètre rapproché du stade de Wembley.

Dans un communiqué, la société qui gère l’enceinte a reconnu un « incident » ayant nécessité l’intervention de la police mais a assuré qu’aucune personne sans billet n’était « entrée dans le stade ».

Selon l’UEFA, 67 500 spectateurs étaient attendus pour cette finale, dont 7500 supporters italiens et des personnalités comme le prince William, David Beckham, le triple buteur anglais de la finale du Mondial 1966 Geoff Hurst, l’acteur Tom Cruise et la mannequin Kate Moss.  

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L’allée menant au stade de Wembley

Pour ce jour historique en Angleterre, où la sélection espère décrocher un premier trophée depuis 55 ans et son unique sacre mondial, la presse s’est déchaînée : « La fierté de l’Angleterre », a titré le Sunday People sur sa une où apparaissent le sélectionneur Gareth Southgate, ses joueurs et un lion rugissant.

Des écoles à travers le pays ont même annoncé qu’elles toléreraient une arrivée plus tardive des enfants lundi, pour leur laisser le plaisir de voir le match.

Variant Delta

Dans un pays rattrapé par le variant Delta du coronavirus, les Anglais vivent une parenthèse sportive enchantée que certains espéraient prolonger dans la nuit londonienne, sans forcément se préoccuper des impératifs sanitaires, malgré les mises en garde des autorités.

En Italie aussi, le bel Euro des Azzurri a fait ressurgir le doux parfum des « Nuits magiques », ces soirées du Mondial 1990 à domicile restées dans la mémoire collective.

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Impossible de prédire sur quelles joues couleront les larmes de joie et de tristesse, tant l’issue du sommet apparaît incertaine.

Ce qui est sûr, c’est que l’Angleterre s’avance à Wembley poussée par une armée surchauffée de plusieurs milliers de voix, prêtes à s’époumonner sur les tubes « Football is Coming Home » (« Le football revient à la maison ») ou Sweet Caroline.  

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Rassemblement avant la finale à Leicester Square

Et la marée rouge et blanche de l’Angleterre rêve de chavirer pour une sélection sevrée de titre depuis le Mondial 1966 remporté contre l’Allemagne, déjà à Wembley.

Gareth Southgate n’était pas né à l’époque et n’a donc jamais célébré le moindre titre anglais. Les Three Lions n’ont même jamais atteint de finale continentale auparavant et il est bien placé pour le savoir, après son tir au but raté en demi-finale de l’Euro 1996 à domicile.

Depuis la fin du premier tour, « on a eu l’opportunité d’écrire une page d’histoire à chaque match, a-t-il déclaré samedi. On est impatients, c’est un match génial à préparer face à un adversaire brillant, techniquement très bon, très organisé ».

« Ça fait si longtemps »

« Ça sera une nuit fantastique si l’Angleterre gagne, ça fait si longtemps », s’est extasié David Durant, retraité anglais de 74 ans, rencontré par l’AFP aux abords de Wembley plusieurs heures avant le coup d’envoi.

Redevenue séduisante après des années noires, l’Italie espère aussi garnir son armoire à trophées, quinze ans après son succès à la Coupe du monde de 2006 et neuf ans après l’échec en finale de l’Euro 2012.

Roberto Mancini a remis les Azzurri sur les rails de la victoire en préservant une défense solide avec le duo Bonucci-Chiellini et en bâtissant une équipe joueuse qui se présente à Wembley avec une invincibilité s’étirant sur 33 matchs.

En face, l’Angleterre a encore renforcé sa défense en préférant le latéral Kieran Trippier à l’ailier Bukayo Saka à côté de son axe de fer incarné par John Stones et Harry Maguire. Elle peut aussi compter sur son milieu accrocheur avec Kalvin Phillips et Mason Mount et son attaque redoutable avec Raheem Sterling et Harry Kane.

Chiellini prévient : « Heureusement, c’est un sport d’équipe : l’important n’est pas que Bonucci ou Chiellini gagne contre Kane ou Sterling, mais que l’Italie gagne contre l’Angleterre ». Les Anglais espèrent le résultat inverse, au bout d’une soirée qui s’annonce comme une des plus longues et éprouvantes de leur existence.