L’Impact a confirmé l’évidence, lundi. Les quatre jeunes issus de l’Académie embauchés vendredi dernier seront parmi les 23 joueurs à la disposition de Thierry Henry contre le CD Olimpia, la semaine prochaine. Entretien avec Patrick Leduc, directeur de l’Académie du club montréalais.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Jean-Aniel Assi, Nathan-Dylan Saliba, Rida Zouhir et Sean Rea sont âgés de 16 à 18 ans seulement. Ils ne seront pas forcément appelés à l’action, mardi, à Orlando, à l’occasion de ce match retour quart de finale en Ligue des champions de la CONCACAF.

Mais si tel est le cas, Patrick Leduc assure qu’ils sont aptes à relever le défi.

« S’ils signent un contrat, c’est parce qu’on pense qu’ils sont déjà capables de jouer au prochain niveau, fait valoir celui qui a été nommé à la tête de l’Académie l’été dernier. C’est vrai qu’ils sont jeunes, mais ils montrent un très, très fort potentiel. Est-ce qu’ils seront capables de contribuer ? Je pense que oui. On a vu à travers la MLS des joueurs qui, d’une certaine façon, aident leur équipe même à 16, 17 ans. On l’a vu à KC, New York. Auparavant avec Vancouver. »

Leduc croit donc à un apport immédiat intéressant de l’un ou l’autre, s’ils étaient lancés dans la mêlée. Bien qu’on ait pu avancer, à juste titre, que ces signatures avaient été précipitées uniquement en raison du manque de jambes alors qu’approche le duel contre le club hondurien.

« Ce n’est pas un coup de tête », affirme-t-il, appuyant ses dires sur le fait que leurs contrats sont potentiellement valides pour quatre ans (un an et trois années d’option). « Ce ne sont pas des contrats de quatre jours. »

Assi, Saliba, Zouhir et Rea, tous des milieux de terrain, sont les 49e, 50e, 51e et 52e joueurs provenant de l’Académie à signer des contrats professionnels, à Montréal ou ailleurs. À 16 ans et 115 jours, Assi est le plus jeune à passer pro avec l’Impact. À seulement 15 ans, il avait participé au camp d’entraînement du grand club en janvier dernier.

L’exemple d’Alphonso Davies

Leduc insiste. Il ne faut pas brûler les étapes. Le fait qu’ils puissent tenir leur bout ne signifie pas que les jeunes sont arrivés à destination.

« Ce n’est pas parce qu’ils sont prêts à jouer quelques minutes qu’il n’y a plus de travail et de développement à faire. On appelle ça la post-formation. Un joueur de soccer continue à se développer jusqu’à 21, 22, 23 ans, et même plus dans certains cas », rappelle l’ex-défenseur de l’Impact.

Leduc veut modérer les espoirs à court terme. Pour ce faire, il y va toutefois d’un exemple qui ne manquera pas de titiller le supporter du bleu-blanc-noir.

« Alphonso Davies, c’était excitant quand il a commencé. Il avait un grand potentiel, les attentes étaient élevées. Mais ses premiers matchs n’étaient pas fracassants. Il a marqué son premier but à sa deuxième saison professionnelle. Et peu à peu, on a vu un progrès. »

PHOTO CHRISTOF STACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Alphonso Davies

Chaque cas est unique, relève-t-il par ailleurs. Et les quatre diplômés de l’Académie ne font pas exception.

« Parmi eux, on a des joueurs qui sont explosifs et qui pourraient faire une différence très rapidement. Et d’autres qui ont une progression plus graduelle, qui s’adaptent aux conditions à leur rythme, mais qui ont jusqu’à maintenant toujours surpassé les attentes », résume Leduc.

Ces signatures ont-elles également pour but l’ajout de potentiel local ? Ce que déplore si souvent, par exemple, une partie des fans du Canadien…

« Je retiens une phrase qu’Olivier Renard [le directeur sportif de l’Impact] a dite. Si on cherche un deuxième ou un troisième gardien… On pourrait parler d’un premier gardien, mais disons qu’on l’a déjà. Pour un deuxième ou troisième, plutôt que de demander aux dépisteurs de commencer à regarder à travers le monde ou même à travers la ligue, commençons par voir ce qu’on a à l’Académie », indique Leduc.

Si on juge que le potentiel est là, ou équivalent, donnons la chance au joueur de chez nous. Ça, oui, je pense que le club fait des gestes en ce sens.

Patrick Leduc

« Mais on ne veut pas se contenter de joueurs de soutien. On ne veut pas juste avoir des joueurs qui font le nombre. On veut des joueurs qui font une différence. Je comprends que les partisans disent qu’ils ont hâte d’avoir leur version d’Alphonso Davies ou de Busio [avec Kansas City], mais on l’aura quand l’organisation dans son ensemble va décider de faire un pari sur un de ces joueurs-là. Et on vient d’en faire un avec ces quatre jeunes. »

Du temps de jeu

Un pari ne paie pas couramment à court terme. Plus souvent, à moyen terme. Dans certains cas, jamais.

Chose certaine, pour mettre les chances de son côté, le dirigeant-parieur doit s’assurer de garder son investissement actif. C’est ce que permet désormais la structure de l’Impact, qui s’est doté d’une formation U23 en septembre.

Ainsi, davantage d’options s’offriront à l’organisation montréalaise l’an prochain. Les jeunes pourront jouer en MLS ou en U23, sans oublier la possibilité d’un prêt. Leduc cite en exemple le cas du gardien québécois James Pantemis.

« Il a été envoyé en CPL, a joué dans le tournoi à l’Île-du-Prince-Édouard, est revenu en cours de saison et a joué cette année. Il a continué à se développer et quand on avait besoin de lui, il était prêt », note le directeur de l’Académie.

Les quatre jeunes pourraient aussi participer aux entraînements du grand club tout en disputant leurs matchs en U23.

« Il n’y a pas de décisions prises par rapport à ça pour l’instant. Je pense que le camp d’entraînement de 2021 va orienter ces décisions, dit Patrick Leduc. Mais ce qui est certain, c’est qu’on a cette plateforme, qu’on n’avait pas il y a un an, qui nous donne plus de marge de manœuvre. »

Avec la première équipe, en U23 ou ailleurs, les jeunes devraient donc voir beaucoup d’action l’an prochain. Dès que la situation sanitaire sera rentrée dans l’ordre, à tout le moins.

Les quatre espoirs dans l’œil de Patrick Leduc

PHOTO FOURNIE PAR L’IMPACT DE MONTRÉAL

Jean-Aniel Assi

Jean-Aniel Assi
Âge : 16 ans
Taille : 5 pi 10 po
Lieu de naissance : Adzopé, Côte d’Ivoire
Points forts : « Jean-Aniel est un ailier très rapide avec des qualités physiques impressionnantes. En plus d’avoir beaucoup de vitesse lui permettant de dribbler et de déborder son défenseur au duel, il possède une bonne frappe. »
Principal défi : « Doit prendre conscience de la puissance de ces armes qu’il a pour déséquilibrer l’adversaire. Je ne veux pas qu’il s’en prive, je veux qu’il s’en serve. Donc, c’est plus dans la mentalité. »

PHOTO FOURNIE PAR L’IMPACT DE MONTRÉAL

Nathan-Dylan Saliba

Nathan-Dylan Saliba
Âge : 16 ans
Taille : 5 pi 8 po
Lieu de naissance : Longueuil
Points forts : « Nathan-Dylan peut jouer à toutes les positions en milieu de terrain. Il a démontré une progression très constante à l’Académie. Joueur complet, c’est un athlète capable de s’adapter à toutes les situations grâce à sa mentalité de gagnant. »
Principal défi : « Il va devoir apprendre à faire ce qu’il fait contre des adultes. Il n’a pas une faiblesse en particulier à travailler parce qu’il est complet. Il doit simplement tout faire un peu mieux et un peu plus vite. »

PHOTO FOURNIE PAR L’IMPACT DE MONTRÉAL

Rida Zouhir

Rida Zouhir
Âge : 17 ans
Taille : 5 pi 10 po
Lieu de naissance : Montréal
Points forts : « Rida a le caractère et la personnalité lui permettant de s’imposer. Bon des deux pieds, il s’affirme de plus en plus par son attitude professionnelle. Il a une bonne frappe, il peut centrer. Et il a de l’initiative. »
Principal défi : « Son caractère l’a amené là, mais il doit aussi le maîtriser. Il ne doit pas s’enflammer sur le terrain. Chez les pros, il va constater que le dribble ou la touche de trop peut le mettre dans le trouble. »

PHOTO FOURNIE PAR L’IMPACT DE MONTRÉAL

Sean Rea

Sean Rea
Âge : 18 ans
Taille : 5 pi 5 po
Lieu de naissance : Montréal
Points forts : « Sean est créatif et peut apporter une étincelle offensivement. Capable de faire la dernière passe, il a aussi cette capacité de dribbler. Il a fait face à l’adversité dans la dernière année et a réagi de façon exemplaire. »
Principal défi : « Rester lui-même. Ne pas essayer de se formater à un autre type de joueur. Et maintenant, ce qu’on a vu en lui, offensivement, il doit réussir à le faire à un plus haut niveau. »