« Quand tu arrives là-bas, le travail ne fait que commencer. »

Jean-François Téotonio Jean-François Téotonio
La Presse

C’est ainsi que Patrick Leduc, nouveau directeur de l’Académie de l’Impact, présente les défis de taille qui attendent les joueurs issus de ce centre de formation.

« Là-bas », c’est la première équipe de l’Impact de Montréal. Malgré tous les efforts de ces jeunes, dont certains évoluent au sein du club depuis la Pré-Académie (U8 à U12), la signature du contrat professionnel ne signifie pas l’arrivée à destination.

« Ça peut avoir l’air effrayant pour un jeune d’entendre ça, parce qu’ils font beaucoup de travail à l’Académie pour qu’on les remarque et qu’on ait envie de les suggérer avec les pros, explique Patrick Leduc. Mais quand tu arrives, tu fais partie d’un effectif de plus de 25 joueurs. Il n’y a que 11 places sur le terrain. Il faut que tu trouves des façons de créer et de saisir ton opportunité. »

Dans l’effectif actuel du Bleu-blanc-noir, huit joueurs sont issus de l’Académie. Anthony Jackson-Hamel et Ballou Tabla en sont les têtes d’affiche, en plus de Mathieu Choinière, qui a pris part à 22 matchs MLS depuis 2018. Et d’autres roulent leur bosse ailleurs, dont le gardien Maxime Crépeau (Whitecaps de Vancouver) ou le défenseur Karl Ouimette (Eleven d’Indy, en USL). En tout, 20 joueurs issus de l’Académie de l’Impact ont signé un contrat professionnel avec le club depuis 2012.

Est-ce que ce bilan est synonyme de succès ? Patrick Leduc voit plus loin que les signatures de contrat.

Je pense qu’on a montré qu’on avait de hauts standards, que ce soit avec les performances d’équipe ou le nombre de joueurs qui ont été en équipes nationales. Je pense que notre curriculum en soi est solide.

Patrick Leduc

« Mais on doit toujours se poser des questions, nuance-t-il. Tu pourrais en quelque sorte avoir des équipes qui ne gagnent pas grand-chose ou qui ne sont pas sur le podium chaque année, mais si tu as des jeunes qui réussissent à percer ton alignement chez les professionnels, tu as sûrement réussi ton travail. »

« Cette académie devrait être meilleure »

PHOTO JUSTIN TANG, THE CANADIAN PRESS

Le Fury FC d’Ottawa a suspendu ses activités à la fin de l’année 2019.

Évidemment, on ne peut imputer les résultats actuels de l’Académie à son nouveau directeur, en poste depuis le 7 juillet dernier en remplacement de Philippe Eullaffroy, congédié le 3 juillet. Mais selon le journaliste du Philadelphia Inquirer Jonathan Tannenwald, observateur assidu du soccer nord-américain depuis 17 ans, l’Académie de l’Impact n’a toujours pas atteint son plein potentiel.

« Étrangement, je crois que cette académie devrait être meilleure qu’elle ne l’est, avance le journaliste. Il y a tellement de talent à Montréal, tellement de diversité, on s’attendrait à ce que l’Impact soit en train de développer parmi les meilleurs joueurs locaux de la ligue. Et ce n’est pas le cas. »

Et pour cet analyste, qui dit connaître « assez bien » le nouveau directeur de l’Académie, la solution est, du moins en théorie, très simple.

« C’est l’évidence même, et je sais que Patrick le sait : ils ont besoin d’une équipe de la United Soccer League (USL). Ils doivent s’engager à dépenser de l’argent, ce qui a été un problème historiquement. Ils ne feront pas de profit, et ne vendront probablement pas 5000 billets par match, surtout pas dans le contexte actuel. […] Avant ils en avaient une, mais plus maintenant. »

Cette équipe de la USL, c’était le FC Montréal, club-école de l’Impact créé en 2015, puis dissous en 2016. Au même moment, l’Impact a annoncé un partenariat avec le Fury FC d’Ottawa dans la USL, qui a lui aussi cessé ses activités en 2019.

Notre collègue Pascal Milano écrivait dans nos pages en janvier 2017 que pour justifier sa décision de dissoudre le FC Montréal, Joey Saputo disait préférer se concentrer uniquement sur des joueurs proches de la MLS plutôt que sur un groupe complet d’une vingtaine d’éléments. Cela faisait donc passer les moins de 18 ans à la première équipe sans transiter par la USL.

La structure actuelle de l’Académie de l’Impact consiste donc en quatre équipes, soit les U14, U15, U17 et U19, en plus de la Pré-Académie. Elle est jumelée à un programme de sports-études reconnu et sanctionné par le gouvernement du Québec.

Toutefois, l’analyste de TVA Sports Vincent Destouches révélait cette semaine que l’Impact prévoit modifier l’organigramme de son Académie. En somme, les U19 disparaîtraient, au profit d’une équipe U23 dirigée par l’entraîneur Jason Di Tullio. Par courriel, l’Impact n’a pas voulu confirmer ou infirmer cette information.

Lors de l’entretien de Patrick Leduc avec La Presse, il voyait d’un bon œil la création d’une division U23 qui serait en train d’être développée par la MLS.

« Comme club, on veut aller de l’avant avec ça. C’est souhaitable. Il y a du pour et du contre à chaque structure, mais on pense que c’est quelque chose qui peut aider l’Impact de Montréal. »

« Bien comprendre » les attentes de Thierry Henry

PHOTO ERIC BOLTE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Thierry Henry

Un orpailleur qui trouve une pépite d’or s’attire la convoitise d’autres prospecteurs. Et lorsque le joyau est affiné, vaut-il mieux le garder ou le revendre à profit ?

« Comme formateurs à l’Académie, notre priorité, c’est d’avoir des joueurs qui vont jouer pour l’Impact, assure Patrick Leduc. Mais c’est sûr que si c’est un joueur qui est convoité, qui attire l’attention, […] il pourrait faire partie du mercato. On voit Alphonso Davies, on voit des joueurs américains qui font leur chemin. Ce serait un gage de réussite si ça arrivait. Mais je ne voudrais pas qu’on travaille dans cet objectif-là. »

Quelle sera la relation entre le directeur de l’Académie et l’entraîneur de la première équipe, Thierry Henry ?

« Il s’agira surtout de bien comprendre ses attentes. Si on a un groupe qui devient une équipe réserve, en quelque sorte, il faut qu’il y ait une certaine proximité. Quand ils arrivent et jouent en MLS, il ne faut pas que ce soit une autre acclimatation. Il faut qu’ils puissent entrer et tout de suite contribuer. »

Si Patrick Leduc ne souhaite pas établir de seuil minimum de joueurs atteignant la première équipe, exercice qu’il considère comme un « piège », il aimerait néanmoins voir « une bonne fraction de l’effectif » être issue de l’Académie.

« C’est sain et bon à plein d’égards. »