(Paris) Karim Oussanaa aimait le soccer, mais il n’a pas été bien loin dans sa carrière. Il a été recalé par des clubs modestes. Mais le revoici dans les grandes ligues, à 23 ans, comme « transporteur » incontournable des grandes vedettes du soccer européen. Il est désormais l’intermédiaire privilégié dans l’organisation de leurs voyages en jet privé.

Yassine KHIRI
Agence France-Presse

Conciergerie de luxe, préparateurs physiques individuels, diététiciens… les petites mains de l’industrie du foot ne chôment jamais, même en période de crise. Et malgré la chute du transport aérien à cause du coronavirus, les vols en jet n’ont pas vraiment cessé.

A l’image de Thiago Silva, Edinson Cavani ou Keylor Navas, qui a pris place à bord d’un avion privé, contre la somme de 180 000 euros (274 000 dollars canadiens) selon ESPN, pour se réfugier en famille au Costa Rica, plusieurs joueurs évoluant en Europe ont préféré se confiner dans leur pays d’origine durant la pandémie.

PHOTO D’ARCHIVES NOAH K. MURRAY, USA TODAY

Quand la pandémie a frappé, le gardien du Real Madrid Keylor Navas a payé 274 000 dollars canadiens, selon ESPN, pour prendre un avion privé et se réfugier en famille au Costa Rica.

Au grand bénéfice des compagnies spécialisées, qui comptent sur cette clientèle « spécifique » pour limiter les effets d’une crise majeure ayant entraîné une baisse « de plus de 70 % » de l’activité au mois de mars.

« Durant les premières semaines du confinement, c’était très calme. Mais une fois que les clubs ont commencé à libérer leurs joueurs, j’ai fait pas mal de rapatriements. Les seuls vols autorisés étaient pour ceux qui avaient la nationalité du pays de destination », confie à l’AFP Karim Oussanaa, courtier chez Goodwill, l’un des leaders français du marché.

Avec la reprise des grands championnats, l’ouverture progressive des frontières et surtout le coup d’envoi à venir du mercato estival, il espère un rapide « retour à la normale ».

PHOTO FRANCK FIFE, AFP

Karim Oussanaa, assis devant un jet privé le 18 juin 2020, à l’aéroport Le Bourget, près de Paris. L’homme de 23 ans, ancien joueur de soccer amateur, est devenu l’organisateur des voyages –en jet privé– des vedettes du ballon rond.

Comment cet ancien espoir, passé sans succès par Orléans, Tours et Marseilles-Consolat, titulaire d’un BAC S (diplôme d’études secondaires français, avec concentration sciences), a-t-il pu s’imposer comme un acteur incontournable dans ce marché juteux, estimé par un spécialiste du secteur « à un peu plus de 13 milliards de dollars en 2019 » au niveau mondial ?

Portefeuille de 300 joueurs

Après avoir échoué à devenir joueur professionnel, « il fallait que je trouve une alternative pour mon avenir : soit retourner à l’école, soit trouver du travail. J’ai commencé à envoyer des CV aux boîtes d’intérim, je me voyais même travailler à l’usine ! »

« Par l’intermédiaire d’un proche qui voyageait énormément en jet privé », le jeune homme toujours tiré à quatre épingles rencontre en 2017 une responsable d’une entreprise d’aviation d’affaires, souhaitant développer sa clientèle de gens fortunés.

« Au culot, je leur dis : "Écoutez, je connais tous les footballeurs, je pense pouvoir faire quelque chose de solide avec eux" », raconte-t-il. « Après un test de deux semaines, cela s’est avéré payant ».

Disponible sept jours sur sept avec un vol tous les deux jours en moyenne, et des « pics » d’activité lors des grandes compétitions, Karim Oussanaa accroît très vite son réseau grâce à un profil singulier n’hésitant pas à « casser les codes » dans ce milieu select.

Du champion du monde Florian Thauvin, son ami d’enfance, aux joueurs francophones de Bundesliga, le bouche-à-oreille fonctionne à plein. Au point d’avoir aujourd’hui un portefeuille de 300 joueurs évoluant dans tous les grands championnats européens.

PHOTO D’ARCHIVES PHILIPPE DESMAZES, AFP

Karim Oussanaa est ami d’enfance du milieu de terrain français Florian Thauvin (à gauche), de l’Olympique de Marseille. Avoir des contacts aide dans ce milieu.

« La plupart des footeux, pour les plus jeunes, sont des gars avec ou contre qui j’ai joué, explique-t-il. Comme ce monde est très petit, tous les footballeurs se font passer le message. Et avec les réseaux sociaux, je me suis fait vite une réputation ».  

« Gain de temps »

Comment expliquer leur attrait croissant pour ce mode de transport « bling-bling » ? Avec des horaires « plus flexibles » et une « tranquillité » assurée, le jet offre surtout « un gain de temps » inestimable dans un calendrier infernal, estime un agent de joueur.

« Il y a des villes comme Leipzig, où il n’y a pas de lignes directes vers les capitales. Quand tu n’as que deux jours de repos, tu ne peux pas te permettre de faire des escales », rappelle Karim Oussanaa.

Avec des prix variant entre 5000 (7600 dollars canadiens) et 100 000 euros (152 000 dollars canadiens), ce nouveau signe extérieur de réussite n’est même pas réservé aux grands joueurs richement payés.

« J’ai des joueurs de Ligue 1 qui n’ont pas des salaires exorbitants, mais qui vont, de temps en temps, se faire un kiff », dévoile-t-il. De quoi élargir le spectre d’une clientèle déjà fournie.