Thierry Henry est promis à « une belle carrière d’entraîneur », mais il faut avant tout « lui laisser le temps » de s’exprimer et de trouver son style après sa première expérience à Monaco, où il est arrivé « au mauvais moment ».

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Celui qui parle, c’est l’entraîneur adjoint de l’équipe de France, Guy Stéphan, arrivé à Montréal hier soir, en vue du stage des entraîneurs de L’Après-Match Soccer Québec.

« Thierry a eu une carrière exceptionnelle comme joueur, un début d’expérience comme numéro 2 avec l’équipe nationale belge et une expérience de numéro 1 qui a, malheureusement, tourné court à Monaco. Mais je suis persuadé qu’il fera une belle carrière d’entraîneur. Il faut lui laisser le temps et être patient. Montréal a fait un bon choix. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Thierry Henry, entraîneur-chef de l’Impact de Montréal

Du temps, justement, Henry n’en a pas eu à Monaco, où il n’est resté qu’une petite centaine de jours à la tête de l’équipe. Il a sans doute fait quelques erreurs durant ce court mandat, mais la situation n’était pas forcément idéale pour un entraîneur-chef en début de parcours.

« Il est arrivé au mauvais moment avec de nombreux blessés et a été obligé d’utiliser beaucoup de jeunes joueurs qui n’étaient pas prêts pour le haut niveau. Maintenant, il part pour une nouvelle expérience. Avec du recul, il a certainement beaucoup appris à Monaco. À partir de janvier, il va apporter tout son savoir ici. »

« Un passionné »

Le bras droit de Didier Deschamps a croisé le nouvel homme fort de l’Impact au début du siècle avec les Bleus. À l’époque, « Titi » n’était certes qu’un jeune professionnel d'une vingtaine d'années, mais il était déjà champion du monde et venait de découvrir la Premier League en se joignant à l’Arsenal.

« Il avait l’insouciance de sa jeunesse, même s’il avait déjà accompli beaucoup de choses et qu’une suite de carrière exceptionnelle l’attendait. C’est quelqu’un de passionné qui adore le soccer et qui connaît les résultats, peu importent les divisions et les joueurs. Ce n’est pas le cas de tout le monde dans le soccer français. »

Dans le vestiaire de l’équipe de France, qui a remporté l’Euro 2000, Guy Stéphan avait déjà détecté quelques joueurs capables de faire la transition vers le poste d’entraîneur. Il pense à Didier Deschamps, dont il est l’adjoint depuis plus d’une décennie, ou à Laurent Blanc. Zinédine Zidane ? « Ce n’était pas forcément évident, mais c’est venu progressivement après. » Et il y avait donc le jeune Thierry Henry, déjà mordu du ballon rond, qui était loué pour sa maturité et son intelligence.

Aujourd’hui entraîneur, le quadragénaire doit maintenant apprivoiser un rôle dans le cadre duquel la réflexion est permanente, poursuit Guy Stéphan. Réflexion sur la prochaine séance d’entraînement, le prochain adversaire ou la gestion humaine du groupe… La force d’un bon entraîneur, surtout lorsque l’on commence, est de bien s’entourer pour couvrir tous les aspects.

À ce chapitre, l’Impact confirmera bientôt que Wilfried Nancy et Rémy Vercoutre resteront dans le personnel d’entraîneurs. Patrice Bernier jouera également un rôle dans sa garde rapprochée. Y aura-t-il un autre adjoint plus expérimenté ? À voir.

« Il ne faut pas forcément beaucoup de monde autour de soi, mais des gens compétents. C’est indispensable pour avancer. »

Je crois qu’il va garder des éléments du club parce que c’est important que quelqu’un connaisse l’historique du club. Il faut surtout des adjoints loyaux, avec qui il entretient une complicité.

Guy Stéphan

La victoire du collectif

Invité par Soccer Québec, Guy Stéphan donnera deux conférences demain à Saint-Hyacinthe. En matinée, il reviendra sur le sacre français à la Coupe du monde disputée l’an dernier, en Russie. Il abordera le choix des joueurs et du camp de base ou les mises en place tactiques.

« C’est le collectif qui a fait la différence avec Didier Deschamps à sa tête. C’est lui qui a insufflé cet état d’esprit et cette cohésion, affirme Guy Stéphan. Un élément fondamental, selon moi, a été le choix des joueurs. Ils étaient tous très bons, mais ce n’était pas forcément les meilleurs. Surtout, ils avaient été vus lors des regroupements précédents, et on avait perçu l’état d’esprit et la cohésion du groupe. Il y a aussi cette culture de la gagne que Didier apporte et une certaine exigence dans le travail, qui n’empêche pas d’avoir du plaisir. »

Samedi après-midi, il dirigera une séance d’entraînement sous le thème de l’amélioration du jeu collectif. Près de 1000 personnes sont attendues lors de cette deuxième édition de L’Après-Match Soccer Québec, qui débute ce vendredi.

« Je sais que la Fédération québécoise de soccer travaille beaucoup. Il y a beaucoup d’échanges avec la Direction technique nationale sur le plan de la formation des entraîneurs, des joueurs et des arbitres. C’est comme ça que l’on construit. »

Âgé de 63 ans, Guy Stéphan a notamment dirigé l’Olympique lyonnais, les Girondins de Bordeaux et la sélection nationale du Sénégal. Avant de suivre Didier Deschamps dans l’équipe de France, en 2012, il a été son adjoint à l’Olympique de Marseille pendant trois saisons.