Il n'est pas rare qu'on la confonde avec la fille de Bruny Surin, dont elle partage une partie du prénom. Mais contrairement à Kimberley-Ann Surin, sa cadette de cinq ans, Kimberly Hyacinthe ne joue pas au tennis. Comme Bruny, son terrain de jeu est la piste d'athlétisme. Son épreuve: le 200 mètres, où la Montréalaise espère se qualifier pour les Jeux olympiques de Londres.

Mis à jour le 16 mai 2012
Simon Drouin LA PRESSE

«C'est mon but, il faut que j'y aille», lance avec conviction la jeune femme de 22 ans, rencontrée début avril dans un restaurant du Plateau Mont-Royal, quelques jours avant son départ pour la Guadeloupe, où elle lançait sa saison à l'extérieur.

Hyacinthe était accompagnée de ses coéquipiers Hank Palmer, olympien en 2008 au relais 4 X 100 m et Clémence Paiement, jeune sprinteuse prometteuse, et de leur vétéran entraîneur Daniel St-Hilaire, celui qui a découvert Bruny Surin.

La sprinteuse a commencé à penser aux JO lors des derniers Championnats du monde de Daegu, en Corée, fin août. Elle était qualifiée dans l'équipe canadienne comme «étoile montante». De son propre aveu, cette première expérience aux Mondiaux seniors s'est «très mal» déroulée *. Ralentie par une blessure à un genou, elle a été éliminée en première ronde avec le sentiment de n'avoir pu se faire justice.

Ragaillardie par l'une de ses meilleures saisons en salle à vie, remise sur pied à l'exception d'une légère tendinite à l'autre genou, Hyacinthe a jusqu'au 30 juin pour atteindre les minima pour Londres.

Son plus grand défi

Cette fois, elle ne pourra pas se faufiler par la catégorie «étoile montante», un privilège accordé une seule fois au même athlète. Elle doit donc réaliser une fois le standard A, une fois le standard B et terminer parmi les trois premières aux championnats canadiens de Calgary, à la fin juin.

Vice-championne nationale, Hyacinthe sait que le troisième critère est à sa portée, même si elle se méfie de l'émergence soudaine de jeunes rivales encore inconnues en cette année olympique.

Son plus grand défi sera d'atteindre le critère A de 23,10 secondes. Sa marque personnelle est de 23,15 sec, réussie aux Jeux de la Francophonie de Beyrouth, en 2009.

Depuis, elle s'est approchée de cette marque - 23,24 sec à Toronto l'été dernier - sans parvenir à la surpasser. Cette apparente stagnation ne la préoccupe pas outre mesure. Les blessures ont hypothéqué ses deux dernières saisons. Et en 2009, elle n'avait pas fait mieux que 23,48 sec avant de se surprendre elle-même au Liban, une compétition de fin de saison qui ne l'attirait guère, sinon que «pour le voyage et voir ce que ça allait donner».

Globalement, Hyacinthe sent qu'elle s'améliore. Pour la première fois de sa carrière, elle bénéficie d'un suivi systématique en musculation. «Je me sens plus forte, plus puissante», dit celle qui a ouvert sa saison en 23,69 sec en Guadeloupe avant d'enchaîner en 23,53 sec en Californie. «Quand je cours, je me sens plus solide techniquement. Et je suis moins souvent blessée.»

Grande et élancée, Hyacinthe ressemble plus à une joueuse de basketball qu'à une sprinteuse. C'est d'ailleurs le sport qu'elle pratiquait à ses débuts à l'école secondaire Jean-Eudes. «On n'avait pas le choix de pratiquer l'athlétisme pour se garder en forme l'été», explique-t-elle quant à ses débuts sur une piste.

Elle a été remarquée par un surveillant qui était aussi entraîneur, Franco Di Battista. Ce dernier lui a fait rencontrer St-Hilaire, qui l'a d'abord initiée au saut en hauteur avant de la prendre sous son aile.

Rapidement, Hyacinthe a préféré l'esprit de camaraderie de l'athlétisme aux rivalités internes d'une équipe de basketball. «Au basket, j'étais juste avec des filles, souligne-t-elle. Il y avait beaucoup de blablabla. Durant toute mon enfance, j'ai toujours été un petit tom-boy. Et en athlétisme, tu ne peux compter que sur toi. Il n'y a personne pour venir te dire que tu ne lui as pas fait la passe. Il n'y a pas de passe en athlétisme...»

En se joignant au groupe de St-Hilaire, elle a pu côtoyer des athlètes de renom comme Nicolas Macrozonaris, le fantasque sprinter lavallois qui venait de courir 10,03 sec au Mexique. Bien qu'elle n'ait jamais vu courir Surin, elle se souvient aussi de rencontres occasionnelles avec le champion olympique, ce qui l'impressionnait.

Elle s'est rapidement découvert un talent, terminant troisième à ses premiers championnats canadiens jeunesse (17 ans et moins) avec «zéro entraînement». Par la suite, elle a participé aux Mondiaux jeunesse et à deux Mondiaux juniors, où elle a fini neuvième en 2008.

Sérieuse et adorable

St-Hilaire rêve d'une demi-finale à Londres, mais pense davantage aux Jeux de Rio de Janeiro, en 2016, où Hyacinthe devrait atteindre son apogée. «Elle est sérieuse à l'école, dans son sport, très ordonnée, systématique, détaille le coach. Elle est adorable à coacher. Elle a les habitudes et l'attitude pour aller loin.»

Avec un oeil sur Rio, Hyacinthe rêve de devenir professionnelle en Europe. Sinon, elle poursuit un baccalauréat en gestion et commerce de la mode à l'UQAM... et a déjà commencé à discuter d'un stage dans la compagnie de vêtements de Bruny Surin.

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* Hyacinthe était substitut au 4 X 400 m aux Mondiaux de Berlin en 2009.