« Ce n’est pas parce que tu ne vas pas aux Jeux olympiques que tu es un échec », lance l’ex-skieuse acrobatique Audrey Robichaud au bout du fil.

Publié le 2 février
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Le 25 janvier, Audrey Robichaud s’est « vidé le cœur » dans une courte, mais poignante publication sur sa page Facebook. « Même si tu ne vas pas aux JO, t’es quand même un bel être humain qui, je l’espère, pratique ton sport parce que t’aimes ça, tout simplement », a-t-elle notamment écrit.

Lisez la publication d’Audrey Robichaud sur sa page Facebook

Tous les quatre ans, un nombre limité d’athlètes se qualifient pour la plus grande compétition internationale au monde. Pendant des semaines, les amateurs de sports n’ont d’yeux que pour eux. On en parle partout, tout le temps. « Mais on oublie ceux qui étaient à un poil d’y aller », déplore Robichaud.

La femme de 33 ans a donc décidé de s’adresser à ces athlètes qui n’iront pas à Pékin, mais qui ont aussi investi temps, énergie et argent dans leur sport au cours des quatre dernières années.

Robichaud a vécu l’euphorie des Jeux à trois reprises, en 2006, en 2014 et en 2018. Mais elle a également connu l’immense déception de ne pas se qualifier en 2010.

« À ce moment-là, je me suis retournée vers les personnes que j’aimais le plus, ma famille et mes amis. Ils ont vraiment été là pour moi, ils m’ont changé les idées. Quand j’étais prête, je me suis dit : je vais aller m’entraîner. »

Ça ne m’a pas empêchée de regarder les Jeux olympiques. Ça reste mon sport préféré et ma passion.

Audrey Robichaud

La native de Québec, encore jeune, a redoublé d’ardeur pour aller aux Jeux suivants. Mais ce ne sont pas tous les athlètes qui peuvent se permettre d’attendre quatre autres années, évoque-t-elle.

« Il y en a plein que je connais sur l’équipe canadienne qui n’ont pas été soutenus par le gouvernement pendant quelques années. Ils devaient travailler, ils n’avaient pas le choix. Ils ne pouvaient pas s’entraîner. Et pour eux, quand tu arrives à un mois des Jeux olympiques, que tu as une blessure ou que tu n’es pas sélectionné… Tu te dis : est-ce que j’ai fait ça pour rien ? »

Les athlètes de sports amateurs ont-ils l’impression qu’il n’y a que les Jeux qui comptent ? lui demande-t-on. « Mets-en ! », s’exclame-t-elle.

Il n’y a pratiquement aucune médiatisation des Coupes du monde ou des Championnats avant [les Jeux], donc c’est sûr que les athlètes s’appuient sur le fait qu’ils vont aller aux Jeux pour avoir une certaine notoriété.

Audrey Robichaud

« On a des commanditaires, mais à moins d’avoir une photo récente dans le journal, ils n’ont presque pas de reconnaissance. Ce sont eux qui nous donnent de l’argent, qui nous aident à continuer. Et là, quand tu arrives aux Jeux olympiques, tu ne peux pas montrer tes commanditaires. C’est un peu nono, quand on y pense. »

Le plaisir

Dans sa publication Facebook, Audrey Robichaud rappelle aux athlètes que leur « sport ne [les] définit pas ». Elle-même se souvient de ce sentiment d’avoir laissé tomber son entourage qui l’a habitée en 2010, quand elle ne s’est pas qualifiée pour les Jeux.

« Mais avec le recul, ce n’est pas ça pantoute ! lance-t-elle. Maintenant, je m’en rends compte, mais c’est parce que j’ai vieilli et que j’ai pris de l’expérience. »

La Québécoise a pris sa retraite du ski de compétition en 2018. Aujourd’hui, elle est l’entraîneuse-chef de l’équipe de ski acrobatique du Centre de ski Le Relais, composée de jeunes de 6 à 18 ans. Leçon numéro 1 : avoir du plaisir.

« Je ne mentionne pratiquement jamais les Jeux olympiques, dit-elle. C’est plus que ça. Je vais leur enseigner comment faire du ski, c’est mon job, c’est pour ça que je suis là. Mais en même temps, pour moi, c’est plus important de leur enseigner à être de bons athlètes et de bons humains. Si la finalité au bout de ça, c’est qu’ils vont aux Jeux olympiques dans 10 ans, tant mieux ! »

Audrey Robichaud n’a jamais été du genre à carburer aux médailles pendant ses années sur le circuit de la Coupe du monde. Elle carburait plutôt au plaisir et à la fierté qu’elle ressentait en arrivant au bas de la piste après une descente.

« Quand on est un athlète de haut niveau, c’est comme un job et on est pris dans l’engrenage. On est [réglé] au quart de tour. On se fait dire quoi faire et quand. On se fait corriger. Des fois, ça fait beaucoup d’informations et on veut tellement réussir qu’on s’éloigne un petit un peu trop de ce but-là qui est d’avoir du plaisir. »

« Depuis l’année passée, j’ai vraiment compris c’était quoi, avoir du fun en ski. C’est la seule chose que je souhaite à tout le monde qui fait du sport : d’être capable de trouver le plaisir dans tout ça et de ne pas trop se faire prendre au jeu de la haute performance. Mais en même temps, je dis ça et j’étais dedans il y a quatre ou cinq ans. Je sais à quel point c’est difficile de faire la séparation. »

Une nouvelle expérience

Pendant les Jeux olympiques de Pékin, Audrey Robichaud sera analyste à Radio-Canada pour les épreuves de ski de bosses. « C’est vraiment une belle opportunité et je suis bien accompagnée de Guy D’Aoust [à la description], précise-t-elle. […] J’ai bien hâte, mais je suis quand même un peu nerveuse. J’espère que ça va bien se passer pour tous les athlètes. »